La Libre Pensée sur France culture dimanche 8 décembre 2013

vendredi 13 décembre 2013
par  libre pensee2
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M.B. : Je reçois aujourd’hui Jean-Luc Romero, Président de l’ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité). C’est un homme engagé, qui essaye d’obtenir une législation autorisant le citoyen à se comporter de manière libre. Si la Libre Pensée l’a invité, c’est d’abord parce qu’il s’agit de la défense d’une liberté individuelle et cela fait donc partie de la liberté d’une manière générale.
D’autre part nous nous posons régulièrement la question « sommes-nous libres de notre comportement et de notre corps ? ». L’ADMD est une façon d’y répondre et aujourd’hui, avec Jean-Luc Romero, nous allons essayer de sensibiliser les libres penseurs, d’ores et déjà adhérents de l’ADMD, mais aussi tous ceux qui sont intéressés et veulent essayer de dominer leur vie.
Jean-Luc peux-tu nous présenter ton association ?

JL.R. : L’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité, est une association qui a 33 ans et qui réunit des personnes qui ont beaucoup réfléchi à la fin de vie et aussi beaucoup réfléchi à la question de la liberté. Ce sont des gens qui défendent l’ultime liberté, c’est-à-dire la possibilité de décider pour soi de ce qui est le mieux à la fin. Tu parlais tout à l’heure de la possession du corps, et bien nous disons « notre corps nous appartient et notre fin de vie nous appartient ». C’est un combat pour la liberté et pour qu’il y ait enfin une loi qui mette le patient au centre de la décision médicale, car actuellement ce sont ceux qui sont autour du lit, que se soient les grands mandarins ou les héritiers, qui décident. Nous, on se bat vraiment pour que ce soit le respect de la personne.

M.B. : D’ores et déjà tu nous montres les difficultés et les pesanteurs. Je vais faire le provocateur : est ce que cela ne veut pas dire que d’une certaine façon ton association pourrait encourager les gens au suicide ?

JL.R. : Non. Notre association défend la liberté des gens. D’abord le suicide est autorisé dans notre pays, sauf que les gens qui veulent se suicider ne peuvent le faire que de manière violente car ils n’ont pas accès aux produits. Nous, on défend la liberté individuelle d’une personne qui, en fin de vie ou parce qu’elle a des souffrances insupportables que l’on ne peut pas soulager, demande à être libérée. Je ne vois pas quel est, dans une démocratie, le principe supérieur qui empêcherait une personne d’être entendue. Aujourd’hui qu’est-ce qui se passe ? On se rend compte que des personnes âgées ou très malades sont poussées à se suicider d’une manière prématurée et violente parce qu’ils savent qu’à la fin, personne ne viendra les aider. On voit donc que la société pousse ces gens-là à se suicider prématurément et de manière violente. Il ne faut pas oublier que la majorité des suicides, c’est par pendaison, d’une part ; et, d’autre part, se tirer une balle dans la tête, et pour les femmes se jeter dans le vide. Nous pensons qu’à un moment, dans une société humaniste, dans une démocratie apaisée, on doit permettre aux gens de partir dans d’autres conditions.

M.B. : Comprenons-nous bien. On ne peut pas te faire le procès de vouloir développer le suicide comme étant une solution au problème. Les gens restent libres, individuellement, de leur comportement. Mais comment peut-on s’assurer qu’ils soient libres de ce comportement ? Comment peut-on faire ? Est-ce l’individu seul, sa famille, le corps médical ? Comment peut-on montrer qu’en définitive nous en arrivons là parce que la vie est sans issue ? On sait très bien qu’il y a des pesanteurs notamment dans le domaine spirituel, l’Eglise considérant que nous sommes des enfants de Dieu nous n’avons pas le droit de mettre un terme à notre vie.
Je veux que tu nous permettes de comprendre que tu ne fais pas un travail consistant à vouloir "dégager" de la société des personnes qui seraient malades, handicapées, etc. L’important est de faire comprendre que c’est la volonté de l’intéressé qui doit primer.

JL.R. : On veut sortir en fait de l’hypocrisie dans laquelle on est et de ce qui se passe. Aujourd’hui on sait. L’année dernière, l’INED (Institut National des Études Démographiques) nous a dit qu’il y avait en France 0,8% d’euthanasies dans un pays où c’est illégal ! Cela veut dire environ 4 500 euthanasies par an dans notre pays. Quand on regarde de près, on se rend compte qu’à peine 0,2% des gens l’ont demandée. C’est-à-dire qu’en fait à peine 1 000 sont réellement euthanasiés, c’est-à-dire avec une aide à mourir demandée par les personnes. Aujourd’hui il y a des médecins qui libèrent des personnes qui n’ont rien demandé. Dans mon dernier livre, dans une adresse au Président de la République, je sors une citation de M. Léonetti, qui m’a beaucoup choqué, dans laquelle il dit qu’il a débranché des respirateurs pour libérer des lits ! Et bien c’est ce qui se passe aujourd’hui ! A ceux qui nous disent « attention si demain il y a légalisation de l’euthanasie il va y avoir des dérives » : non. Les dérives, c’est aujourd’hui où l’on ne respecte pas la volonté de la personne. Quand on met comme premier principe la volonté de celui qui meurt, pas celle de ceux qui sont autour du lit, il ne peut pas y avoir de dérives. Les dérives sont comme celles que M. Léonetti a au moins osées avouer, mais pour quelqu’un qui veut donner des leçons en disant que ce que l’on demande est scandaleux, que c’est tuer les gens. Qu’a-t-il fait lui ? Il l’a fait contre la volonté de la personne alors que nous nous demandons d’accompagner des gens qui l’ont demandé et eux seuls.

M.B. : Comment l’ont-ils demandé ?

JL.R. : Dans la majorité des cas, lorsque l’on regarde les pays qui ont légalisé l’euthanasie, 95% des cas sont des personnes qui sont tout à fait conscientes. Deux médecins vérifient qu’ils sont dans les conditions de la loi. Les autres s’expriment à travers des directives anticipées.

M.B. : Ils le disent préventivement ? Est-ce que tes adhérents prennent de telles décisions ?

JL.R. : Oui ils écrivent des directives anticipées, ce qui est possible dans la loi, mais malheureusement les médecins ne sont pas obligés de les appliquer. Tu peux écrire des choses en avance, mais tu peux toujours les changer jusqu’au bout. C’est cela qui est important. Quand tu es conscient, et c’est 95% des cas, jusqu’à la dernière minute c’est toi qui décide. Avec les directives anticipées, tu peux nommer des personnes que tu connais, des amis, avec qui tu auras longuement parlé de tes convictions personnelles sur cette question, qui vont, au moment où tu ne seras plus en capacité de le faire, pouvoir parler à ta place.
C’est pour cela qu’il ne peut pas y avoir de dérives. Il y aura peut être des personnes qui ne respecteront pas la loi, il y en a toujours une minorité ; c’est bien pour cela qu’il y a des prisons dans un pays, mais 99% des gens la respecteront et on sortira des dérives dans lesquelles nous sommes actuellement, parce qu’il n’y a pas de loi, avec des gens, comme M. Léonetti l’a fait lui-même, qui débranchent des gens qui n’ont rien demandé. Des gens qui veulent peut-être, par conviction religieuse ou personnelle, être là.
Je dis à ceux qui sont contre cette loi qu’ils devraient la vouloir car elle va les protéger, car c’est leur volonté qui compte, parce que cela évitera les dérives économiques que l’on commence à voir en Allemagne et en Angleterre.

M.B. : L’un de vos membres, le sénateur Caillavet, qui a passé son temps à plaider et expliquer cette question, a vécu suffisamment longtemps, y compris avec des difficultés physiques, et il n’avait pas du tout envie de se faire disparaître ! Il était comme ça, mais il défendait le principe.
Est-ce que tu peux nous donner une ou deux orientations sur les pays qui ont déjà adopté ce genre de choses et quel effet cela a pu avoir sur les éléments statistiques ? Pour éviter les arguments idiots.

JL.R. : Le premier pays a été les Pays-Bas, ensuite la Belgique et le Luxembourg. La Suisse permet le suicide assisté et également certains États aux États-Unis.
Au Pays-Bas, premier pays à avoir légalisé l’euthanasie, le taux de suicide est inférieur de moitié au taux de suicide français. On voit que les personnes très âgées, les personnes très malades n’ont pas besoin de commettre des suicides violents. Ils savent qu’elles vont être aidées et au fina,l qu’est ce que l’on voit ?
Plusieurs études ont montré que 50 à 60% des gens qui demandent à un moment de bénéficier d’une euthanasie ne vont pas jusqu’au bout parce qu’ils sont rassurés. Finalement, leur fin de vie n’est pas aussi difficile que ce qu’ils imaginaient. C’est pour cela que cette loi est non seulement une vraie loi de santé publique, parce qu’elle évite ces suicides prématurés, mais c’est aussi une loi qui rassure les gens. C’est tout le contraire de la législation que l’on a aujourd’hui qui fait peur aux gens car ils savent qu’ils peuvent avoir une fin de vie difficile. Ils ont simplement envie d’avoir une loi qui va les rassurer.

M.B. : C’est ce point que nous allons maintenant tenter d’expliquer. Certains parlent de la loi Léonetti, d’autres parlent des soins palliatifs. Les pressions hostiles sont, bien entendu, la religion mais aussi le corps médical. C’est très curieux parce que, tu as raison, s’il y avait une loi, le corps médical serait dégagé de cette espèce de responsabilité qu’il s’est octroyée lui-même : donner la vie ou la mort.
Comment combattre les pesanteurs ? Comment faire que par la loi on écarte tout cela et faire que l’homme soit un peu plus libre ?

JL.R. : Comme tu l’as bien dit on a deux adversaires qui sont très bien représentés au Parlement. C’est pour cela que ça n’a pas avancé jusqu’à aujourd’hui. C’est-à-dire que ces mandarins parlementaires, ces députés qui sont en même temps des grands médecins, qui quelque part sont dans la toute puissance et ont du mal à comprendre. Quand on est un patient, dès que l’on rentre à l’hôpital ils nous infantilisent, on n’est plus un citoyen. Moi je pense que l’on est un citoyen jusqu’au bout. Si l’on ne veut pas décider, on en a le droit, mais si on veut décider on doit en avoir le droit.
A coté c’est l’Eglise catholique, avec la basilique Ste Clotilde à coté de l’Assemblée nationale, qui a organisé des parlementaires à l’Assemblée et au Sénat. Eux ont été organisés mais le clan laïque en face ne s’est pas organisé. La conjonction de ces mandarins parlementaires et de ces députés et sénateurs « anti choix » fait que jusqu’à présent ils ont gagné la bataille. Sauf que maintenant nous nous sommes beaucoup battus et je remercie la Libre Pensée qui nous a beaucoup soutenu dans ce combat là.
On a quand même un Président de la République qui nous a dit pendant la présidentielle « j’ai une proposition 21 sur le droit de mourir dans la dignité ». Il y a une majorité de parlementaires, députés et sénateurs, qui nous ont dit qu’ils étaient favorables à cette loi. Je pense donc qu’il serait peut-être quand même temps qu’on soit entendu et qu’on arrête d’avoir peur de ceux qui crient fort. Il y a eu le mariage pour tous, ce grand débat qui a fait beaucoup peur à un certain nombre de politiques, et ils se disent "oh la la, l’Eglise va encore nous embêter, faisons attention."
Moi je leur dis que dans une démocratie laïque, je respecte les gens qui ont des convictions religieuses. Avec cette loi ils seront respectés s’ils veulent mourir le plus tard possible, voir dans la souffrance ! Ils le seront ! Mais on ne peut pas obliger, dans une démocratie laïque, les gens qui n’ont pas ces convictions ou qui ne veulent pas respecter ces préceptes là, à rester dans un espèce de moyen-âge où l’on on se demande si la démocratie, la République française n’est pas une théocratie.

M.B. : Les soins palliatifs, ce n’est pas un substitut ?

JL.R. : Je suis pour les soins palliatifs, mais ce n’est pas obligatoire. Ce n’est pas l’alpha et l’oméga. Les soins palliatifs ne répondent pas à toutes les situations. Il faut que l’on arrête de nous mentir là-dessus. Au Pays-Bas, tout le monde peut accéder aux soins palliatifs : 3% des gens demandent l’euthanasie.
En France, si on avait la même loi et des soins palliatifs, 3% représenteraient 18 000 euthanasies par an, comparées à nos 570 000 morts par an.
Cette loi placerait la volonté du patient au centre et dans une démocratie, c’est important.

M.B. : Merci Jean-Luc.

Jean-Luc Romero a écrit un livre « Laissez nous mourir dans la dignité », qui est une interpellation du Président de la République, un plaidoyer pour le droit à « l’ultime liberté ». Vous pouvez bien entendu vous le procurer auprès de l’ADMD, dans les librairies et à la librairie de la Libre Pensée.
Ce livre est intéressant car JL. Romero est quelqu’un qui soigne son travail. La loi est déjà pratiquement écrite, il a fait tous les attendus, toutes les analyses et il répond avec un certain courage, il rend publique des affirmations, notamment du corps médical. Je ne suis pas sûr que cela aurait fait plaisir à tous le monde mais il faut convaincre et pour convaincre il faut utiliser les arguments.
Jean-Luc merci de nous avoir aidé.

Je voudrais avant de terminer, indiquer que nous avons fait une émission sur les fusillés pour l’exemple il y a un mois. Nous avions quelques espoirs d’une décision du Président de la République pour le 11 novembre pour l’ouverture du 100ème anniversaire de la guerre de 1914/1918. Cela n’a pas été le cas. Nous publions donc une carte postale, disponible partout où il y a la Libre Pensée. Carte postale de protestation qu’il faut envoyer directement à l’Elysée au Président de la République.
Je vous rappelle qu’il n’est pas nécessaire de timbrer lorsque l’on écrit à la Présidence de la République. Allez y faites vous entendre ! A bientôt.



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