Le congrès mondial esperantiste au Japon

jeudi 18 octobre 2007
par  libre pensee2
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Bonjour, je suis Dominique Simeone, responsable de la commission Esperanto de la Fédération Nationale de Libre Pensée. Et nous avons invité aujourd’hui Claude Nourmont pour vous présenter Ateo et le Congrès mondial d’Esperanto de Yokohama au Japon.

C. Nourmont : Bonjour !
Actuellement je suis vice-présidente de l’UEA, où je suis responsable du secteur culturel, des congrès et de l’enseignement ; et depuis plusieurs années je suis aussi présidente de ATEO.

D. Simeone : Pouvez-vous présenter aussi UEA ?

C. Nourmont : L’UEA, Universala Esperanto Asocio (Association Mondiale pour l’Espéranto) est une association internationale qui va fêter ses cent ans le 28 avril prochain. Pour donner quelques points de repère, l’espéranto, langue internationale, a été créé par le Docteur Zamenhof en 1887, et le premier congrès mondial a eu lieu à Boulogne-sur-Mer donc en France en 1905.
L’ UEA fédère des associations nationales et des associations spécialisées de toutes sortes : il y a une association spécialisée pour les aveugles, des associations selon les affinités professionnelles (médecins, cheminots, enseignants…), selon les passe-temps et les activités de loisir (radioamateurs, amis des chats…) ou encore les convictions politiques ou religieuses. ATEO est l’une de ces associations.

D. Simeone : Quelle est l’histoire d’ATEO ? Et ses buts ?

C. Nourmont : L’acronyme ATEO, (le mot signifie en espéranto « athée ») c’est ATEISTA TUTMONDA ESPERANTO-ORGANIZO, c’est-à-dire l’organisation mondiale des athées espérantophones. L’association est jeune : elle a été créée en 1987, et elle est en relation de collaboration avec l’UEA depuis 1990.
Si ATEO a été créée seulement cent ans après le lancement de l’espéranto, les libres-penseurs ont cependant vu très tôt l’intérêt que pouvait avoir une langue internationale neutre pour le développement de la libre-pensée. On a fêté cette année le centenaire de la première organisation de libres-penseurs espérantistes, association qui a été créée en 1907 au cours du 3e congrès mondial d’espéranto à Cambridge. Mais je crois que vous allez intervenir sur ce sujet ultérieurement.
Revenons sur le but de l’association : rassembler les libres-penseurs et athées espérantophones. L’association publie un bulletin « Ateismo », et organise tous les ans un forum lors du congrès mondial d’espéranto. Et nous allons développer un site internet et une liste de discussion. L’intérêt de ces actions, c’est que puissent se rencontrer, soit lors de réunions, soit virtuellement, des libres-penseurs de différents pays, sans problème de langue.

D. Simeone : Pouvez-vous préciser également ce qu’est un congrès mondial d’espéranto ?

C. Nourmont : C’est une réunion annuelle d’espérantophones, organisée par l’UEA tous les ans dans un pays différent, à laquelle participent plus ou moins 2000 mille personnes, venus de tous les horizons. En 2006, le congrès a eu lieu à Florence et en 2007 au Japon à Yokohama. Le programme est abondant et varié. Programme culturel, réunions statutaires, conférences…Je dirai simplement, que c’est aussi l’occasion pour les différentes associations spécialisées (dont j’ai parlé auparavant) de réunir leurs adhérents et sympathisants, et c’est dans ce cadre qu’ATEO organise tous les ans sa réunion administrative et surtout un forum ouvert à tous, sur un thème actuel ou général, relatif à la libre-pensée. Il faut dire aussi que le lieu de congrès influe sur le choix du thème du forum.

D. Simeone : Quels thèmes ont été abordés aussi par ATEO à Florence et Yokohama ?

C. Nourmont : L’Italie est un pays particulièrement marqué par la religion catholique. Aussi nous a-t-il semblé intéressant de parler de la religion dans l’enseignement. Différents participants ont présenté la situation de l’enseignement de la religion dans les écoles et autres établissements publics de leur pays. Avec évidemment en vedette l’Italie, où deux intervenants ont montré le point de vue de l’élève et celui de l’enseignant.
J’ai moi-même parlé de la situation spécifique en Alsace-Moselle. Et l’on a présenté aussi la situation en Suisse, au Canada, au Japon, en Israël…Il est intéressant de noter par ailleurs que nous avons un nombre important d’adhérents en Israël – pays où la religion est omniprésente et où la séparation entre état et religion est bien difficile…Comment vivre en Israël si l’on est non croyant. Dans toute phase de la vie quotidienne la religion est aussi présente. C’est pour cela qu’ils ont une connaissance accrue du problème.

L’idée de laïcité, de séparation vie publique/vie privée serait–elle purement européenne, voire française ? J’ai trouvé qu’il était difficile d’expliquer le concept de laïcité à des espérantistes non français. Lors d’une rencontre d’enseignants espérantophones en Lituanie, la messe était au programme ! Je m’insurge. Difficile de faire comprendre que la messe ne peut pas être une partie du programme officiel. On me répond : mais on n’oblige personne à y aller ! Encore heureux…
Et en Asie ? Comme le congrès avait lieu au Japon, bonne occasion de connaître le point de vue des Japonais et autres asiatiques présents sur l’athéisme. A Yokohama nous avons donc choisi le thème : l’idée d’athéisme est-elle importante au Japon et dans les autres pays asiatiques ? Ce qui a donné lieu à de fort intéressantes interventions de Japonais, de Chinois, de Coréens. L’athéisme n’est pas perçu comme en opposition au bouddhisme (au même titre que par exemple catholicisme et athéisme). La religion n’est pas ressentie comme une force dominatrice, déterminante. L’idée d’athéisme n’est pas un concept qui semble bien compris au Japon.

En 2007 on commémore les 100 ans de la première organisation de libres-penseurs espérantistes, c’était l’autre thème du forum, dont vous allez nous parler Dominique.

D. Simeone : Comme Courtinat nous le présente lors d’un discours de Zamenhof à l’ouverture du 3ème congrès mondial en 1907 à Cambridge : <>
A l’occasion de ce congrès, Courtinat avait souligné après une dizaine de lignes sur le mouvement religieux que les francs-maçons et les libres-penseurs aussi c’étaient réunis lors de ce congrès en 1907. On peut remarquer par ailleurs, qu’un congrès progressiste en parallèle à ce congrès avait eu lieu près de Cambridge où des membres de partis différents socialistes, révolutionnaires et autres, c’étaient réunis et avaient essayé de marquer cette période de la naissance de l’espéranto.
Mais que c’est-il passé plus exactement pour la Libre pensée ?

C. Nourmont : On peut retrouver dans Langue Internationale en 1907, un petit article qui présentait cette création. Ces libres-penseurs ont indiqué : « La Libre Pensée dont nous avons l’honneur de présenter la création en 1907 »…parmi lesquels on peut retrouver de nombreux noms connus comme Bourlet, Deshays, Essigman, Fi-Blan-Go, Moch également, Papillon. Cette Société Internationale a eu une revue qui s’appelait la Libre Pensée. On peut en retrouver des exemplaires à la Bibliothèque Nationale. J’ai pu les consulter. Et l’on peut y voir à travers les informations présentées dans ce bulletin qu’il y avait un nombre de membres qui oscillait entre 100 et 150. Les présidents ont été par exemple en 1909, Jules Wolf de la Chaux-de-Fonds en Suisse, vice-président Batek de Bohême, Deshays, qui habitait en France et qui était libre-penseur, en était son secrétaire. Dans le comité, on retrouve Helen Fryer de Londres, Oscar Büneman de Hambourg et Guillemin de Houilles. Les membres d’Honneur de cette époque étaient Ferdinand Buisson de la Libre Pensée, Forel, Pelant qui était un tchèque libre-penseur et Tolstoï. Cette Société Internationale a adhéré à l’internationale de la Libre Pensée, à la Fédération Internationale de la Libre Pensée en 1908 à Barcelone. On peut voir que les thèmes qui sont abordés dans sa revue permettent aux espérantistes de différents pays de parler des problèmes qui se posent au niveau de la laïcité et de la Libre Pensée. On peut remarquer qu’un des thèmes abordés est celui de Francisco Ferrer par exemple qui au départ ne veut pas être membre d’Honneur de cette Libre Pensée et veut être un simple membre de cette société. Et plus tard lorsqu’il sera assassiné par les membres de la police espagnole, tout de suite cette société va réagir pour essayer d’informer et collecter de l’argent pour aider à la réalisation d’un monument pour Francisco Ferrer. Je rappellerai que dans peu de temps, l’année prochaine on commémorera cet assassinat. Par ailleurs, on peut voir dans ces bulletins que ces libres-penseurs essayent de présenter tout aspect de la vie qui à l’époque que cela soit en France où la laïcité (je le rappelle en 1905 la Loi de Séparation des Eglises et de l’Etat venait d’être votée) était encore fragile ou dans beaucoup de pays où ce n’était pas du tout le cas, beaucoup de pays avait des gouvernements non démocratiques.
Je voulais vous présenter cette société qui fête son centenaire et pour laquelle on a fait une présentation à Yokohama. Et je pense que nous pouvons voir qu’à travers cette histoire et l’histoire des congrès universels qui durent jusqu’à aujourd’hui. La Libre Pensée a été présente et a voté dès 1904 au Congrès de Rome une motion en faveur de l’espéranto. Que ATEO aujourd’hui au sein de UEA, est aussi dans cet héritage que les espérantistes et que les libre-penseurs doivent soutenir et essayer de développer.

D. Simeone : Claude Nourmont pouvez-nous dire quel est l’avenir pour les athées et libres penseurs espérantistes ?

C. Nourmont : Les forums ont un grand succès. Et j’ai pu constater que beaucoup de participants, beaucoup plus que je ne le supposais, sont intéressés par l’association ATEO. Lors de la dernière exposition, nous avions affiché des citations ayant trait à l’athéisme, et c’était une occasion de dialogue avec les personnes venant, parfois par simple curiosité ou par un intérêt plus marqué.
Je dois souligner aussi que nous travaillons dans un esprit de tolérance. Il nous est arrivé d’avoir comme voisin de stand l’Union Internationale des Catholiques Espérantistes. Dans le mouvement espérantiste, il y a plusieurs associations fondées sur une religion, et à côté de ces associations il y a une place pour une association de libres-penseurs espérantistes. L’opposition entre mouvements religieux et athées ne se produit pas véritablement dans le mouvement espérantiste, où l’on a l’habitude de travailler en bonne entente, même si les opinions ou les modes de vie divergent.
L’opposition est plutôt contre les religions qui imposent avec intolérance aux membres de la société civile des comportements qui ressortent de la sphère privée. On revient au problème de la laïcité.

Ma famille est de tradition athée. Mon père, né en 1901, n’était pas baptisé ; sûrement une attitude exceptionnelle à l’époque (ce qui signifie que son propre père était contre le baptême !). Je ne le suis pas non plus.
Mon père était engagé dans les mouvements libres-penseurs. Mais moi je ne m’y suis engagée que récemment, alors que je m’occupe d’espéranto depuis des décennies. Je me contentais d’être une athée passive…Et dans le mouvement espérantiste on est tolérant, l’espéranto est un ciment qui passe par-dessus les querelles d’idées. Et d’une façon générale, le besoin de marquer sa différence en tant qu’athée au sein du mouvement espérantiste n’était peut-être pas ressenti comme une urgence.
Mais dans la société actuelle les choses ont évolué : le fanatisme religieux, les extrémismes reviennent, voire se développent. Il faut se dresser contre ces fanatismes dangereux. Comme je le disais, ce n’est pas tant à l’intérieur du mouvement espérantiste.
Encore que quelquefois on puisse être agacé par le prosélytisme des mouvements spiritistes et autres groupes qui sont actifs dans le mouvement espérantiste. Moi je ne vois pas l’espéranto comme une émanation d’une providence divine, mais comme une création humaine rationnelle. Lors de certains forums, j’ai entendu des espérantistes (athées ou non) se plaindre d’un risque de confusion, que dans certains pays, l’espéranto à l’air trop liés, par exemple, au spiritisme. Et que cela éloigne les personnes intéressées par l’espéranto, mais qui ne veulent pas se lier à un mouvement religieux. Quand, à l’entrée du congrès, juste à l’extérieur, on reçoit un tract de bienvenue d’un groupuscule parareligieux, quand par le seul fait d’être espérantiste, on trouve dans sa boîte aux lettres (c’était le cas hier) le bulletin d’une association spiritiste, on peut craindre que vu de l’extérieur le mouvement n’apparaisse comme un rassemblement de sectes, voire comme une secte. Cela nous donne une image bien fausse du mouvement espérantiste. C’est un mouvement qui devrait être laïc. D’ailleurs les statuts le montre, l’UEA à pour but de faciliter les échanges entre les hommes malgré les différences de nationalités, de races, de sexes, de religions, d’opinions politiques ou de langues. C’est pourquoi je pense que ATEO a un rôle à jouer : l’espéranto est neutre, et même si certaines religions soutiennent l’espéranto, elles n’en ont pas le monopole. Cela pourrait être une sonnette d’alarme, au cas où il y aurait certaines déviances, une veille pour le respect de la laïcité. Le mouvement espérantiste est aussi pour les athées et libres-penseurs ; ils y trouvent un moyen de rencontre irremplaçable.

D. Simeone : Merci à Claude Nourmont. Et pour toute information sur l’espéranto, UEA, ATEO, veuillez contacter la commission Esperanto de la Fédération Nationale de la Libre Pensée au 10/12 rue des Fossés-Saint-Jacques 75005 Paris ou sur le site internet www.librepenseefrance.ouvaton.org


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