La Libre Pensée sur France Culture - janvier 2013

mardi 15 janvier 2013
par  libre pensee2
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Chers auditrices et auditeurs bonjour,

Au micro David Gozlan, Secrétaire Général de la Libre Pensée.
Je reçois aujourd’hui Jean-Marc Schiappa, Président de l’IRELP (Institut de Recherches et d’Etudes de la Libre Pensée).
Avant de lui donner la parole je souhaite à toutes nos auditrices et tous nos auditeurs une bonne année.

Bonjour Jean-Marc,
Tu vas nous parler aujourd’hui des banquets. Nous avons au niveau de la FNLP deux perspectives :
-  d’une part le banquet dit « tête de veau » autour du 21 janvier qui rappelle la décollation de Louis XVI
-  d’autre part un banquet que nous avons l’habitude de nommer le banquet « du vendredi dit saint » et cette année nous avons opté pour un autre nom : le banquet « du vendredi dit malsain ».

Jean-Marc peux-tu nous parler de ces banquets ?

JMS. : Les banquets et la Libre Pensée, pour parler comme Saint Augustin c’est un peu « consubstantiel ». La question qu’il faut se poser d’abord c’est pourquoi la Libre Pensée s’intéresse autant aux banquets et pourquoi elle a comme une des formes d’activités - certainement pas la seule mais la plus joyeuse - les banquets ?
Il y a plusieurs réponses à cette question. Comme toujours, plus la question est simple et plus la réponse est compliquée.
Un des aspects, incontestablement, c’est qu’en tant qu’êtres humains, libres nous refusons la volonté dictatoriale des religions de nous imposer quelques volontés que se soient. A propos des banquets et notamment celui du « vendredi malsain », nous n’acceptons pas les interdits religieux en matière alimentaire.
Plusieurs raisons mais d’abord une raison méthodologique, quasiment éthique : quelle est cette prétention des religions, des appareils cléricaux, au nom d’une très hypothétique vie future, de vouloir régenter notre vie actuelle, notre vie quotidienne ? Nous libres penseurs, sommes totalement d’accord avec le grand poète Jacques Prévert qui disait : « Notre Père qui êtes aux cieux, restez-y et laissez nous la terre qui est parfois si jolie. » On ne demande pas aux religions de nous préparer la vie future, on ne leur demande pas non plus d’organiser notre vie actuelle, et on le voit avec les discussions qu’ouvre la question des différentes formes de mariage. Ce que nous voulons c’est le droit pour l’humanité de s’organiser comme elle l’entend.

DG. : Très bien. Là tu nous as parlé des interdits religieux mais quel est le sens profond des banquets ? Commençons, si tu veux bien, par la perspective historique.

JMS. : Il y a un livre relativement récent, extrêmement important, qui justement met la question des banquets dans une perspective historique et politique. C’est un ouvrage du Professeur Vincent Robert, qui s’appelle « Le temps des banquets », important en termes de volume (plus de 400 pages), mais surtout en termes politiques et sociaux.
Le problème est le suivant : très souvent quand on parle des banquets on prend les choses par le petit bout de la lorgnette et on considère les banquets comme quelque chose de prosaïque, d’anecdotique, voire même de vulgaire. Or, avec les banquets il s’agit de toute autre chose. Il s’agit d’une forme de sociabilité, il s’agit d’une forme de sociabilité républicaine, d’un certain point de vue il s’agit même de la meilleure forme de sociabilité républicaine qui puisse être.
Je vais donner quelques éléments sur l’opposition que les libres penseurs de manière générale, et l’humanité, peuvent exercer contre la manière dont les repas sont décrits dans le Nouveau Testament. Je ne parle pas de l’Ancien Testament car comme on le sait il y a à boire et à manger si vous me permettez !
Regardons le banquet ou le dîner ou la cène telle qu’elle est présentée dans le Nouveau Testament, c’est extrêmement intéressant d’un point de vue symbolique :
-  premièrement il s’agit toujours d’un banquet considérablement pauvre, les représentations picturales du Moyen-âge l’indiquent. Or, dans le Nouveau Testament on voit bien que le nommé Jésus Christ multiplie les pains, transforme l’eau en vin etc. comme si la nourriture ne pouvait être que le produit d’une intervention divine et en aucun cas le produit d’une activité humaine.
-  Deuxièmement il y a une dimension sacrificielle qu’il faut bien souligner. Il va y avoir dans quelques heures l’exécution de quelqu’un comme si tout repas devait obligatoirement aboutir à cette exécution.
-  Il y a enfin dans cette cène la dimension de la trahison, la trahison de Judas, comme si obligatoirement dans toute forme d’organisation humaine il devait y avoir un traitre, un Judas.

Pour les libres penseurs, pour l’humanité, nous sommes dans l’exacte contre poids. Pour nous, pour les républicains, pour l’humanité, le banquet c’est d’abord l’abondance, c’est d’abord le partage, c’est d’abord la camaraderie au sens de la citoyenneté partagée. C’est quelque chose que nous ne pouvons concevoir que comme la meilleure expression de l’humanité partagée.

DG.  : Nous libres penseurs, nous avons l’habitude de parler de « banquets gras ». Tu as commencé à esquisser le contenu social, est ce que sur la nature de ces banquets tu peux aller plus loin ? Tu as dit c’est un partage, d’accord, c’est une camaraderie, ok, mais est-ce que ces banquets ne sont pas aussi les moyens pour nous de se retrouver et est-ce qu’il n’y a pas un tissu social républicain, beaucoup plus profond ?

JMS. : Absolument ! Et c’est notamment ce qu’explique Vincent Robert dans son ouvrage, il donne une dimension qui me semble très intéressante : il oppose le banquet royal comme étant le moment le plus symbolique de la souveraineté royale, notamment au moment de la monarchie absolue, et à cette souveraineté royale dans les banquets, notamment de Versailles, il oppose la souveraineté populaire telle qu’elle s’incarne, et cela tout au long du 19ème siècle et pas seulement, se concrétise, dans les banquets.
C’est une forme d’organisation de la société qui a pour objectif et pour expression le partage, l’abondance et la solidarité. Ça va prendre la forme des banquets, c’était le seul moment où il pouvait y avoir une forme d’organisation politique d’ailleurs, pendant la monarchie de juillet et avant pendant la Restauration. Il ne faut pas oublier que c’est l’interdiction du banquet de février 48, celui du 12ème arrondissement, qui va aboutir à la Révolution.
Mais ça prendre aussi la forme par exemple du très célèbre, ou pas assez célèbre (question de point de vue), banquet communiste à Belleville en 1840, où c’est la première fois que de manière publique, à l’occasion des différents « toasts » les intervenants pouvaient donner leurs opinions politiques.
Le banquet populaire, le banquet républicain, le banquet tel que le conçoit la Libre Pensée, c’est la forme d’organisation de la société, de la république avec les deux aspects : la forme d’organisation explicite des convives, et la forme d’organisation implicite car c’est la métaphore, c’est la préparation de la société future, de la société égalitaire, de la société où les hommes seront à égalité.

DG. : Banquet social, banquet républicain, banquet politique, tu esquisses tout cela comme des « contre banquets » à la monarchie. Aujourd’hui quelle est l’actualité des banquets dans le sens où aujourd’hui on nous explique que nous sommes quelques milliards sur la planète et, si on peut reprendre Malthus, « tous le monde ne pourra pas manger au grand banquet de la nature ». Comment nous, libres penseurs pouvons-nous répondre à cela ?

JMS. : C’est très intéressant que tu évoques Malthus car justement l’ouvrage de Vincent Robert fait référence à ces discussions autour de Malthus et du fait de la restriction, du malthusianisme mal conçu à l’austérité récente pour la France de 2012 et 2013, plus ancienne pour un certain nombre de peuples européens et encore plus ancienne pour un certain nombre de peuples de par le monde, chacun voit bien que la frontière est très simple.
Mais je voudrais attirer l’attention sur un problème : il ne s’agit pas d’un contre banquet, il ne s’agit pas d’un contre rite, il ne s’agit pas de quelque chose qui serait fait par la Libre Pensée par opposition au mode de pensée ou au mode d’organisation antérieurs. Tout au contraire il s’agit de l’affirmation d’une humanité libérée, d’une humanité libérée de toute entrave, de toute contrainte, de toute oppression, de toute exploitation. Et la première de ces oppressions, la première de ces contraintes, chacun l’aura bien compris, c’est l’oppression cléricale. Aujourd’hui c’est dimanche et nous allons voir et entendre des gens qui ont fait vœux de célibat qui vont nous parler de mariage ; nous allons voir et entendre des gens qui ont fait vœux d’abstinence qui vont nous parler de sexualité ; nous allons voir et entendre des gens qui professent le jeune et qui veulent l’imposer aux gens qui ne pensent pas comme eux.
Nous, Libre Pensée, nous disons : le problème, la victime, le coupable n’est pas l’humanité. L’humanité c’est au contraire le point de départ et le point d’arrivée de toute chose.
Pour reprendre une formule de ce grand révolutionnaire qui s’appelait Gracchus Babeuf : « Le seul Dieu du genre humain c’est le genre humain lui-même ». C’est ce que, sous une forme bien évidemment adaptée, nous voulons démontrer dans les banquets du 21 janvier et du vendredi malsain : il n’y a pas d’autres Dieux pour l’humanité que l’humanité elle-même. Les problèmes de l’humanité, seule l’humanité pourra les régler et seule l’humanité doit les régler.

DG. : Pour poursuivre sur cette question là, et tu as raison de l’aborder, aujourd’hui il va y avoir un certain nombre de gens qui vont descendre dans la rue pour s’opposer au mariage pour tous. Ils ont le droit de s’exprimer, c’est normal nous sommes en démocratie, en République.
Tu es revenu sur l’aspect républicain des banquets. Dans l’histoire, en quoi les banquets ont homogénéisés la République, en quoi l’ont-ils aidé ?

JMS. : J’ai parlé du banquet de février 1848 dans le 12ème arrondissement, on pourrait prendre le banquet de 1832 à Lyon qui est contemporain des émeutes des canuts à Lyon, qui va d’ailleurs être interdit l’année suivante.
C’est une pérennité dans le sens où la République veut montrer qu’elle n’a rien à cacher ! C’est la différence avec toute sorte de secte religieuse ou non.
La République n’a rien à cacher ! La preuve : elle organise des banquets. La Libre Pensée organise des banquets et d’ailleurs je ne serais trop vous recommander de vous rapprocher de vos groupements et fédérations de la Libre Pensée pour savoir comment dans vos départements, villes ces banquets sont organisés et préparés.

DG. : Merci Jean-Marc, auditrices, auditeurs merci. Je vous invite à consulter le site de la fédération pour voir les communiqués et informations publiées et vous abonner à notre mensuel « La Raison ».



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