Mariage pour tous :
Dialogue entre un Vicaire et un Libre Penseur

mercredi 9 janvier 2013
par  federation nationale
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Article paru dans La Marseillaise


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Lettre d’un vicaire au président de la Libre Pensée 04

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réponse de la Libre Pensée

Cruis, le 7 janvier 2013

A monsieur Christophe Disdier-Chave
Évêché de Digne

Monsieur le ministre du culte catholique,

Nous avons bien reçu votre longue lettre, datée du 3 janvier 2013, et nous vous remercions d’avoir pris la peine de nous écrire. Il nous semble qu’il n’y a rien d’insultant pour la démocratie d’échanger des propos contradictoires, même sur un ton un peu vif. Cela s’appelle le débat d’opinion, garantie de la liberté d’expression et de pensée.

Vous vous faites volontiers donneurs de leçons, fidèle en cela à une longue tradition inquisitoriale au sein de votre Eglise, ne prétendez-vous pas que vous détenez la Vérité ? Ceci explique sans doute cela. Vous vous présentez comme républicain, vous admettrez donc que nous puissions nous revendiquer de cette qualité.

Vous citez abondamment la loi de 1905 en l’intitulant « Loi de Séparation de l’Église et de l’État ». Au risque de vous déplaire quelque peu, il s’agit de Séparation DES Églises et de l’État. On sent bien chez vous, cette tentation un peu totalitaire de croire qu’il n’existe qu’une seule Église, catholique, bien sur, la vôtre.

Cette loi a clairement séparé la sphère publique et la sphère privée. Dans cette dernière, chacun est libre de professer telle ou telle conception philosophique et/ou religieuse. Mais cela est banni par la loi de 1905 et des lois laïques scolaires dans la sphère publique. Vous parlez d’une donnée « espace public » qui n’existe nullement en regard de la Loi. Qu’est-ce qu’un espace public : une rue, un jardin, une piste cyclable ? Dans ce cas, sous réserve d’une autorisation dûment accordée par les autorités, les croyants peuvent manifester comme bon leur semble. Vous voudrez donc bien nous donner une définition juridique et législative d’un « espace public ».

Mais dans la « sphère » publique (Administration, services publics, écoles et hôpitaux publics, par exemple), tout prosélytisme religieux est interdit. Cela s’appelle la laïcité des Institutions. Nous sommes d’accord avec la formule de Victor Hugo : « L’État chez lui, l’Église chez elle ». Mais dans l’appel de l’Évêque Loizeau, s’agit-il de cela ?

Non, quand il s’adresse à ses paroissiens (ce qu’il a totalement le droit de faire), il en appelle à la mobilisation pour faire échec à un projet législatif qui lui déplaît. Il entend faire en sorte que l’Église catholique interdise par son action l’adoption du mariage pour tous. On n’est plus dans « L’Église chez elle », mais plutôt (si les pouvoirs publics plient devant l’injonction de l’épiscopat catholique, ce qui est l’objectif de tous les Évêques) « L’Église dans l’État ». Ce qui est la définition historique du cléricalisme.

Vous dites que nous « méconnaissons l’évolution de l’Église ». Si on parle de bioéthique, de recherche scientifique sur l’embryon humain, sur l’IVG, le Planning familial et l’homosexualité ; nous avouons que cette « évolution » nous a échappé. Vous citez ensuite « les hauts faits de Résistance de nombreux prêtres et laïcs de l’Église catholique ». Pourquoi ne citez-vous pas les Évêques ? Parce que, peut-être, pour quelques curés qui étaient dans les maquis, tous les Évêques étaient à Vichy et soutenaient le Régime réactionnaire de Philippe Pétain qui a tant donné à l’Église catholique ?

Vous contestez ensuite que le gouvernement n’organise pas de vastes consultations en mettant en place des commissions, qui, dans votre grande largesse d’esprit, pourraient même entendre la Libre Pensée. Merci, monsieur. Il fut un temps, pas si éloigné que cela, où cela aurait senti le fagot pour vous. Pour sa part, la Libre Pensée n’est pas demandeuse de ces commissions. Pour nous, la seule commission qui vaille, c’est l’Assemblée nationale qui incarne à nos yeux, quelque soit sa composition politique, la représentation de la Nation.

Cette mode des « commissions » et des « experts » ne viendrait-elle, par hasard, notamment du Régime de Vichy, où l’on exécrait le Parlementarisme et toute l’œuvre de la Révolution française ? L’Histoire est toujours cruelle pour ceux qui l’oublient.

Nous avouons aussi avoir souri quand vous indiquez que « L’égalité Homme/Femme est inscrite dès la première page de la Bible ». Vous devez avoir une version bien curieuse de cet ouvrage. Ne vous a-t-on pas appris au séminaire que si les femmes de confession juive allumaient les bougies le soir de shabbat, quand les hommes se reposent, c’est pour expier le péché originel d’Ève ?

Mais peut-être ne vouliez vous parler que du Nouveau Testament et non de l’Ancien ? Dans ce cas, il n’aurait pas du vous échapper que l’Épitre de Paul aux Romains dit « L’esclave doit obéir à son maître, comme la femme à son mari ». Plus récemment, l’encyclique Rerum novarum de 1891 prescrit une soumission totale de la femme, qui n’a rien à envier aux pires pages du Coran, le voile y compris, en se référant à saint-Paul. Même avec une grande largesse d’esprit et un gros effort d’imagination, il ne nous a jamais semblé que la misogynie oppressive et ancestrale de l’Église catholique pouvait s’apparenter à l’Égalité Homme/Femme.

Vous poursuivez : « Qui a commencé à s’occuper des pauvres, des malades, des orphelins ? L’Église ». Ce temps béni, dont la nostalgie semble percer dans vos propos, était le produit d’une société moyenâgeuse où les pouvoirs de l’État étaient réduits aux fonctions régaliennes et que tout le reste à faire était principalement confié à l’Église, pour son plus grand profit. C’était, avant l’heure, l’application du principe canonique de « subsidiarité », si bien mis en œuvre par l’Europe vaticane actuellement. Faut-il vous rappeler qu’à la veille de la Révolution française, par le biais des biens de mainmorte, l’Église catholique possédait le tiers du Royaume. Son action « pour les pauvres, les malades et les orphelins » n’était nullement désintéressée.

Vous nous répondez que le droit romain était « païen ». Avez-vous oublié vos leçons du séminaire sur la « grandeur de Constantin et de Théodose » qui ont fait du christianisme, la religion d’État. Et que le paganisme fut purement et simplement interdit, pourchassé et persécuté ? A propos de Napoléon, ne vous souvient-il pas du Concordat de 1801 et des prières obligatoires pour l’Empereur et l’obligation pour les prêtres de signaler le contenu des confessions des fidèles, si cela allait à l’encontre des intérêts du petit Corse ? Tout cela est quand même très catholique pour un « païen » ? Vous avez une étrange lecture de l’Histoire.

Votre argumentation sur le mariage des personnes de même sexe est quelque peu jésuitique. En résumé, le mariage ne doit être réservé qu’aux hétérosexuels, le PACS c’est déjà beaucoup pour les homosexuels, qu’ils s’en contentent ! Et l’égalité des droits dans tout cela ? Vous dites être contre la discrimination envers les homosexuels, mais vous les considérez comme des citoyens de seconde zone qui n’ont pas à avoir les mêmes droits que les autres citoyens. Ce sont les « intouchables » et les parias de l’Église catholique.

Pour la Libre Pensée, au contraire, tous les citoyens doivent avoir strictement les mêmes droits dans tous les domaines. Nous sommes pour l’union libre, le mariage pour tous, le droit d’adopter pour tous, la Procréation Médicale Assistée et la Gestation pour Autrui pour tous les couples, de quelque manière qu’ils soient composés.

Nous refusons toutes les discriminations et l’interdiction du mariage pour tous, de l’adoption, de la Procréation Médicale Assistée et de la Gestation pour Autrui pour tous ; cela s’appelle une discrimination. Et cela est intolérable dans une société républicaine qui proclame l’Égalité en droit et des droits. Nous comprenons pourquoi le Pape de l’époque et ses successeurs ont toujours condamné la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 . Et pourquoi aussi, le Vatican n’a jamais ratifié la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 .

Pour terminer, vous avouez que l’Église catholique « réinvestit l’arène politique », mais pas « l’arène politique-politicienne ». En êtes-vous si sûr ? Savez-vous que lors de la révision des lois bioéthiques, le Vatican a littéralement troqué, avec François Fillon, le soutien de l’Église catholique pour la réélection de Nicolas Sarkozy (pas de chance, décidément !) contre le refus d’un texte qui faisait avancer la liberté en matière de recherche scientifique sur les embryons ?

Les Évêques ont contacté chaque sénateur de la majorité d’alors pour qu’ils ne votent pas ce texte. Cela, est-ce de la politique « au sens noble du terme » ou de la « politique-politicienne » ? Posez la question, c’est y répondre.

La Libre Pensée ne reproche pas à l’Église catholique de faire de « la politique » et d’essayer d’influencer le pouvoir politique. Elle l’a toujours fait quand elle marchait sur la tête des rois et des empereurs, c’est dans sa nature. Mais nous dénonçons son hypocrisie quand elle dit que sa démarche est « éthique » et non politique. Nous condamnerons toujours le cléricalisme qui est la soumission des pouvoirs publics aux desiderata des religions.

C’est contre cela que la loi de 1905 a été faite. C’est pourquoi, nous continuerons à la défendre pour qu’elle soit enfin respectée sur tout le territoire de la République.

Recevez, monsieur le ministre du culte catholique, l’expression de notre profond attachement à la République, la Démocratie et à la Laïcité.

Marc Pouyet
Président de la LP-04


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