Rêve laïque au Liban

lundi 14 mai 2012
par  federation nationale
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Au Pays du Cèdre et des milices religieuses, la laïcité est inscrite dans la constitution.

Début avril, un colloque international, tenu à Beyrouth, l’a opportunément rappelé.

(Article paru sur le site internet Bakchich du 13 mai 2012, publié sous la signature de Jacques-Marie Bourget)

Secoué et tremblant des contre coups venus du chaos syrien, au-delà de la frontière, le Liban continue d’attendre des lendemains meilleurs. Comme toujours. Pourtant une idée en forme de paratonnerre commence à progresser dans l’opinion : « Et si nous laissions la religion dans nos chambres à coucher pour devenir un peu plus laïcs … ». Moins de religion affichée, dans un pays qui s’est entretué derrière les différentes bannières de dieu, c’est le moyen de ne pas insulter la paix dont, à part quelques matamores, chacun rêve ici. De laisser les armes pourrir au vestiaire.
 

Laïque is beautiful

 
De temps en temps le Liban se pique d’un rappel à la laïcité, non seulement salutaire, mais inscrit dans sa Constitution : «  Le Liban est une République démocratique, parlementaire, fondée sur le respect des libertés publiques et en premier lieu la liberté d’opinion et de conscience, sur la justice sociale et l’égalité dans les droits et obligations entre tous les citoyens sans distinction ni préférence »…« La suppression du confessionnalisme politique constitue un but national essentiel pour la réalisation duquel il est nécessaire d’œuvrer suivant un plan par étapes ». Vaste sujet comme aurait dit l’autre, mais ponctué d’initiatives d’utopistes certains de ce que « laïque is beautiful »…
 

« On croit mourir pour Dieu, 
on meurt pour les industriels »

 
 
Début avril quelques uns de ces dingos sans dieu ni maîtres ont débarqué à Beyrouth pour y débattre d’un monde où la religion ne serait pas installée aux commandes. Ce colloque blasphématoire était intitulé de façon discrète et ennuyeuse : « Religion, laïcité et état de droit ». Voyez, pour éviter de se faire trop remarquer, la langue de bois utilisée par des hommes, dont quelques Francs plutôt maçons, qui venaient tout simplement se dresser au milieu des factions pour crier en parodiant Anatole France « On croit mourir pour Dieu, on meurt pour les industriels »… 
 
Bizarrement, et premier succès, aucun fou de dieu n’est venu plastiquer la salle des débats ce qui indique qu’en matière de tolérance le Liban est engagé sur le bon chemin. Dans cette Coupe du monde d’à bas la calotte, Christian Eyschen représentait l’équipe de France de ces « Libres penseurs ». Le camarade qui combat l’assimilation faite par le diacre Onfray de l’athéisme à une religion, a tenu à faire le propre devant lui avant de parler : « Nous ne représentons ici aucune puissance coloniale, nostalgique d’un passé qui n’aurait pas du être… Maximilien de Robespierre l’avait prédit « Les peuples n’aiment pas les missionnaires armés »

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dieu

Bénis soient ceux qui doutent

 
« Missionnaires armés », voilà un attelage entre le sabre et le goupillon bien connu au Liban, et qui a même failli en mourir d’over dose.

Citant aussi Amin Maalouf, qui lui ne porte l’épée qu’à l’Académie, Eyschen enfonce son clou pas christique mais laïc : « Lorsque la foi devient haineuse, bénis soient ceux qui doutent ! ». Pendant deux jours, des mal pensants venus de tous les continents ont donc tranquillement pu débattre avec des Libanais de ce que pourrait être leur pays « multiconfessionnel » si on assigne Mahomet et le Christ à la fumée des encens. Ce colloque d’avril, qui ne découvrait donc pas le fil à couper le religieux, valait plus par la force de symbole que par les propos échangés. Mais il a permis à des intellectuels du pays du cèdre d’indiquer à leurs concitoyens la route de la paix.
 
Ces énergumènes qui refusent de porter le maillot des équipes divines sont de plus en plus nombreux à Beyrouth. Sur un mode parallèle Farid Chehab, qui, mieux que Ségéla parvient à ficeler les mots publicitaire et humaniste, lance un combat. Il passe aussi par la nécessité de mettre son chapelet dans sa poche et non plus autour du front. Dans son livre Pari pour une conscience Nationale [1], le publicitaire Chehab a l’intelligence d’observer et de dire que, derrière l’engagement sous le drapeau de la religion, on trouve surtout un déclassé, un battu, un amoché de la vie ordinaire. Déglingué par le mépris de l’argent tout puissant. Observez que, l’œil fixé sur ses Rolex, Séguéla est incapable de dire une chose comme ça ! 
 
Ces militants de la propagation d’un monde où la foi ne serait que d’usage privé on quand même quelques soucis à se faire. Surtout si, à la prochaine élection aux États-Unis, le dévot Mitt Romney venait à l’emporter. Son ami, son conseiller pour la région n’est autre de Walid Phares un prof halluciné qui milite pour un Liban « exclusivement chrétien aux côtés d’un état d’Israël exclusivement juif » [2].

Si Romney gagne et décide d’épouser la politique de son ami, la pinte de sang frais sera bon marché au marché de Beyrouth. 


[1Éditions de la Revue Phénicienne.

[2Voir R. Labévière dans Afrique Asie de Mai 2012


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