La Libre Pensée sur France Culture - 10 juillet 2011

jeudi 22 septembre 2011
par  libre pensee2
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La Libre Pensée sur France Culture
Emission du 10 juillet 2011

Bonjour,
Je suis Olivia Payan et je reçois aujourd’hui Annie Lacroix-Riz* pour traiter du sujet suivant : Le Vatican et les criminels de guerre.
Pouvez-vous nous expliquer ce sujet ?

Annie Lacroix-Riz  : Je crois que les auditeurs doivent connaître un petit peu parce qu’ils ont vu une émission ou bien le film de Costa Gavras "Amen" et ont donc entendu parler de son que l’on appelle "les filières des rats" qui ont consisté à soustraire les criminels de guerre les plus endurcis, qui avaient à leur actif des milliers et jusqu’à des centaines de milliers de morts, à l’action de la justice et à les faire fuir de l’endroit où ils auraient pu être châtier dans le cadre d’une procédure qui supposait de très gros moyens fournis par divers pays mais principalement par les Etats-Unis. Ça été fourni par les Etats-Unis dans la mesure où, comme après la première guerre mondiale, le Vatican apparaissait comme la grande force de stabilisation et de maintien du statu quo. La situation était même beaucoup plus urgente qu’après la Première Guerre Mondiale, parce que l’on avait maintenu toutes les choses telles quelles étaient après la Première Guerre Mondiale, sauf en Russie, mais là la question se posait de savoir si la fin de la guerre ne se caractériserait pas par une importante zone d’influence soviétique. Il s’agissait donc de mener en même temps plusieurs tâches : essayer de limiter cette victoire en particulier les lendemains de cette victoire c’est-à-dire la fameuse sphère d’influence (ça avait été le cas après la première G.M. pour les puissances victorieuses, on pouvait penser que ce serait la même chose pour la Deuxième G.M.), et d’autre part conserver à titre de réserve utile des gens qui s’étaient montré particulièrement qualifiés pour faire face à la crise et à la radicalisation qui aurait pu résulter de la crise c’est-à-dire des gens qui avaient mené le plus activement la lutte antisoviétique, anticommuniste qui avait caractérisé les années 20 et 30.
Cela veut dire que le sauvetage des criminels de guerre s’est inscrit dans toute une procédure qui a amené le Vatican et les Etats-Unis à resserrer des liens qui étaient extrêmement étroits depuis la fin première guerre mondiale.

OP : Comment ça commence ces opérations en lien avec la position des Etats-Unis ?

ALR : Dans un premier temps je dirais que l’initiative est avant tout vaticane, parce que le Vatican est très lié avec le Reich, pas moins, plutôt plus, à l’époque Hitlérienne. Dès que le Vatican perçoit que l’Allemagne sera vaincu, fin de l’été 1941, il cherche à prendre des mesures diverses pour sauver la mise de l’Allemagne comme lorsqu’elle était menacée en 1916/1917. A ce moment là, il prend langue avec des complices ou des gens très contrariés de la perspective d’une défaite allemande et notamment avec les responsables hitlériens et ceux qui soutiennent hors d’Allemagne, le régime hitlérien. En particulier en 1942, du coté Vatican s’organise le contact avec les pays qui pourraient devenir des pays d’accueil. Un nazi argentin très important, personnalité imminente du régime de Peróne, est envoyé en Europe à partir du printemps 1942 pour négocier les lendemains de la guerre. Il rencontre Pacelli (Pie XII) et Montini, futur Paul VI, en août 1942, qui lui demandent de ménager des lois d’émigration qui seront propices au lendemain de l’après-guerre. Cela veut dire que dès l’été 1942 le Vatican met en place un système d’exfiltration massive des criminels de guerre et ce qui se passe en Argentine se passe également au Brésil et partout.
Comme c’est en 1942 que les Etats-Unis préparent plus que jamais l’après-guerre qui sera forcément un après-guerre de maintien du statu quo. C’est-à-dire maintient d’une Allemagne quoi que vaincue dans des circonstances proches de celles de la fin de la Ière GM : une Allemagne où se trouvent réunis beaucoup de capitaux américains donc une Allemagne dans laquelle il faut récupérer la mise qui c’est largement développer avec l’économie de guerre.

OP : Se sont les Etats-Unis qui financent en fait ?

ALR : Se sont eux qui financent par ce que les Etats-Unis ont décidé de préparer un avenir européen qui sera essentiellement un avenir américain et donc antisoviétique, autrement dit faire en sorte que la sphère d’influence américaine soit aussi considérable que possible pour que dans l’idéal il n’y ait pas de sphère soviétique du tout. Pour cela il est évidemment indispensable de négocier les conditions éventuelles d’un retournement des Fronts car depuis l’été 1942 il est question d’essayer de s’allier avec une Allemagne que l’on débarrasserait seulement d’Hitler et de faire la coalition contre l’Union Soviétique, rêvée par tous les pays depuis 1917.
Dans ce cadre le Vatican joue un rôle très important. Le nouvel ambassadeur au Vatican est un personnage extrêmement important avec lequel sera négociée cette sortie de guerre dans les conditions les plus favorables.
Deuxième aspect : il s’agit de sauver les criminels de guerres allemands mais pas seulement, les criminels nazis dans lesquels les nazis ont trouvé des alliés pendant toute la période. Parmi ces criminels il y en a d’établis plus massivement qu’ailleurs et je pense en particulier à la Croatie.

OP : Vous pouvez nous donner un exemple précis ?

ALR : La Croatie est un Etat Oustachis c’est-à-dire qui est peut être l’Etat idéal du Vatican. Le mouvement Oustachis s’est constitué en Yougoslavie, en l’occurrence en Croatie, dès 1929 et en liaison étroite à toutes les étapes avec le Vatican. Or cet Etat chéri est un état criminel, d’une criminalité qui bât tous les records car dans les 6 premiers mois de son installation, du printemps 1941 à la fin 41, il a déjà liquidé à peu prés 600 000 serbes et presque autant de juifs. Il est dirigé d’une part par Ante Pavelic et d’autre part par Stepinac, l’archevêque de Zagreb qui a été béatifié et canonisé par Jean Paul II.
Sachant que les négociations de retournement des fronts n’aboutissent que partiellement, qu’on ne pourra pas empêcher les soviétiques de vaincre mais seulement les gêner une fois la victoire acquise, il s’agit donc dans cette Europe orientale qui sera une zone d’influence soviétique, soit de maintenir à l’intérieur soit de faire partir vers l’extérieur car ils seraient menacés, tous une série de criminels de guerre que l’on pourra réutiliser. C’est dans ce cadre que dès 1945, et les années suivantes, sont exfiltré notamment grâce à Draganovic (grand criminel de guerre, ancien colonel Oustachis et devenu clerc) et en liaison direct avec le Vatican (Pie XII, Montini, le cardinal archevêque de Gènes et d’Alois Hudal un prélat autrichien) plus de 30 000 croates dont Ante Pavelic lui-même. Ante Pavelic suit donc cette filière modèle financée par les Etats-Unis : on passe de Croatie à Autriche par les couvents, passage d’Autriche à Italie et à partir de l’Italie on est gardé ici où là dans des institutions, des asiles etc. Après on passe vers l’extérieur lorsque cela est nécessaire. C’est la filière croate et allemande (exfiltration de Klaus Barbie par Draganovic vers l’Argentine).

OP : Ces opérations vont durer environ une dizaine d’année c’est ça ?

ALR : Moi je considère et je l’ai expliqué dans la réédition de mon ouvrage, que c’est l’activité la plus importante de l’Eglise catholique entre 1943 et à peu près 1955 car en 1955 tout était bouclé.

OP : Je vous remercie. Au revoir.

* Annie Lacroix-Riz – Auteur de "Le Vatican, l’Europe et le Reich – Armand Colin – disponible à la Librairie de la Libre Pensée


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