Contribution écrite de l’UNSA Education

mardi 5 juillet 2011
par  libre pensee2
popularité : 62%

"Quelle instruction avec quelle pédagogie pour quelle émancipation ?"

La question est vaste. La polémique s’y niche facilement et sans doute tout aussi facilement l’incompréhension. La question est complexe. Les réponses ne peuvent que l’être aussi.

Eduquer ou instruire ?

L’affrontement autour de ces deux termes est récurrent. La création des IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres) aura ainsi vu, en 1989, s’opposer « républicains » auto-proclamés et « pédagogues » dénoncés par ces mêmes « républicains ». Pétitions alarmistes, pamphlets virulents, rien n’aura été épargné aux IUFM, coupables de tous les maux avant même d’exister. Au moment où la formation des enseignants est supprimée par le gouvernement avec l’appui des groupes de pression les plus conservateurs, le débat entre éducation et instruction peut paraître aujourd’hui dérisoire. Les « républicains », avec parfois un peu de nostalgie, les opposaient. Seule, à leurs yeux, la seconde avait de la valeur, la première portant le risque d’assimiler le métier d’enseignant à un métier du « social ». La caricature, au fil des mois, ne fit qu’enfler et diviser les camps politiques. La question que les IUFM avaient pourtant essayé de régler était simple : enseigner est-il un métier ? Si oui, il s’apprend. Si non, la connaissance de la discipline peut suffire. Si oui, la pédagogie est un élément majeur de la transmission et de l’évaluation des savoirs. Si non, la pédagogie n’est qu’un bagage encombrant.
Dans ce débat, l’UNSA Education avait clairement pris position pour une conception égalitaire (les enseignants doivent être rémunérés au même niveau, ce sera « l’égale dignité ») et professionnalisée des métiers de l’enseignement. Pour la fédération, l’éducation ne se limite pas au seul enseignement et aux disciplines : elle est aussi un apprentissage de la vie en société, un apprentissage de la citoyenneté et de la laïcité.

L’école de la réussite

L’école de Jules Ferry a souvent été idéalisée et sortie de son contexte. Pour les républicains de la Troisième République, l’école est émancipatrice et doit, selon la formule d’Antoine Prost, « instaurer une nouvelle humanité ». Il s’agit d’affranchir les individus de l’ignorance et de former des citoyens égaux en droits. Mais cette école, à ses débuts, ne remet pas en cause les inégalités sociales, la hiérarchie des structures scolaires (écoles fin de parcours pour les uns, lycées et universités pour une minorité). Ce n’est qu’au lendemain de la Première guerre que vont être débattus le thème de l’école unique et des niveaux qui la composent et celui de la démocratisation. Ce n’est que progressivement que le thème de la réussite pour tous et non pour quelques-uns va occuper le devant de la scène. La question de l’émancipation prendra alors un sens plus plein : il s’agit de faire progresser l’égalité réelle. Le collège unique, la démocratisation du lycée, la création du bac professionnel, la progressive démocratisation de l’enseignement supérieur en seront les étapes marquantes. L’émancipation demeure un objectif social majeur. Pour l’UNSA Education, l’Ecole et ses personnels, malgré de fortes contraintes, ont su faire évoluer le système éducatif. Des défis importants restent posés : les sorties sans qualification demeurent à un niveau préoccupant, le taux d’échec en licence reste important. L’éducation doit redevenir un projet de société.

La pédagogie est aussi émancipatrice

Le système éducatif français, malgré des évolutions, reste sélectif et élitiste, piloté par les classes prestigieuses des grands lycées : la réussite individuelle se jugeant par ce filtre. L’élitisme accompagne les inégalités. Il en est le reflet. Les échecs frappent plus fortement les milieux populaires les plus éloignés de l’Ecole. L’émancipation passe par des changements dans l’Ecole. Elle passe aussi par la pédagogie qui associe l’élève à la construction de ses connaissances avec, par exemple, des démarches qui privilégient, dès le plus jeune âge, la constitution d’hypothèses, les travaux expérimentaux, la participation des élèves. Les instructions officielles de 1887 sont rarement citées par les nostalgiques de l’école de Jules Ferry. Le refus des « procédés mécaniques », les méthodes actives, la diversité des activités montrent pourtant que, dès ses débuts, l’école a lié pédagogie et formation du citoyen. Une pédagogie passive ne pouvait qu’engendrer des citoyens passifs.

Patrick Gonthier
Secrétaire général de l’UNSA Education


Agenda

<<

2019

 

<<

Novembre

>>

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
28293031123
45678910
11121314151617
18192021222324
2526272829301
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Annonces

RETROUVEZ LA LIBRE PENSEE SUR TWITTER