La Libre Pensée sur France Culture - 8 mai 2011

lundi 23 mai 2011
par  libre pensee2
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Bonjour,
La Libre Pensée reçoit aujourd’hui Jean-Marc Schiappa, Président de l’IRELP (Institut de Recherche et d’Etude de la Libre Pensée).

JM Schiappa  : Bonjour David,

D. Gozlan  : La Libre Pensée et l’IRELP ont organisé les 30 avril et 1er mai un Week-end pour le 140ème anniversaire de la Commune. Peux-tu nous dire comment c’est déroulé ce week-end ?

JM Schiappa  : Le premier aspect c’est : quel intérêt pour des gens vivant en 2011 d’interroger un événement qui a eu lieu il y a 140 ans et qui a duré aussi peu de temps : 72 jours très exactement ? L’interrogation est brève mais la réponse est longue et complexe. La commune de Paris sur énormément d’aspect est la matrice non seulement du monde dans lequel nous vivons mais y compris des aspirations, des questionnements, des espérances auxquelles nous sommes confrontés les uns et les autres. Voilà pourquoi il nous a semblé utile à l’occasion du 140ème anniversaire de la Commune de Paris d’essayer de prendre le temps de réfléchir sur les messages, les aspirations, les problèmes de la Commune de Paris.

D. Gozlan  : Le colloque s’est déroulé le samedi 30 à l’Hôtel de ville et la manifestation le 1er mai. J’imagine qu’il ne s’agit pas simplement de la part de l’Hôtel de ville d’un prêt de salle ?

JM Schiappa  : Lorsque nous nous sommes interrogés sur la nécessité et les modalités de ce colloque il nous a semblé important qu’il se tienne dans un lieu fort. Or un lieu fort pour la Commune de Paris, cela à notre sens ne pouvait être que l’Hôtel de ville pour plusieurs raisons : des raisons symboliques d’abord et de notre point de vue la Commune de Paris ne peut s’expliquer et ne prendre tous son sens que dans la Maison commune. Je l’ai dit à l’occasion de ce colloque, ce n’est pas une fioriture, ce n’est pas une répétition de parler de la Commune dans la Maison commune avec tous les aspects de la démocratie, qu’il convient d’appeler démocratie communale, ce n’est pas une chose secondaire. Nous nous sommes donc adressés à la Mairie de Paris …

D. Gozlan  : Vous avez été bien reçu je suppose ?

JM Schiappa  : Nous avons été très bien reçu et j’allais justement remercier une nouvelle fois la municipalité de Paris de cet accueil car c’est pour nous quelque chose d’important. Ce n’est pas secondaire ni anecdotique ce qui ne veut pas dire que sur tous les aspects divers et variés des uns et des autres nous soyons en symbiose parfaite, mais il était important pour nous que le colloque sur la Commune ait lieu à l’Hôtel de ville de Paris.

D. Gozlan  : Vous avez causé de quoi dans ce colloque ? Quelles ont été les diverses interventions ?

JM Schiappa  : Pour nous, IRELP et plus largement la Libre Pensée, à la différence d’un certain nombre d’autres, nous n’avons pas une conception impérialiste dirais-je de la Commune de Paris. C’est pour cela que nous avons ouvert très largement la tribune de ce colloque à toute sorte d’intervenants, ce qui a d’ailleurs provoqué des échanges d’intervenant à intervenant avec des désaccords, des nuances, des appréciations divergentes mais qui convergeaient toutes dans une direction : la Commune de Paris est la matrice des problèmes actuels au sens que si on les énumère on peut se rendre compte non pas que la réponse est dans la Commune de Paris mais la méthode de fonctionnement, la méthode d’interrogation est dans la Commune de Paris.
Il y a eu des centaines, voir des milliers d’ouvrages sur la Commune de Paris et le seul journal officiel regroupe plusieurs centaines de pages. Il y a donc énormément de choses à dire et ce n’est certainement pas dans un colloque d’une journée et à fortiori dans une émission radio d’une dizaine de minutes que l’on peut résumer tous ça. Quels sont les différents thèmes ?
Le premier message de la Commune de Paris je dirais que c’est ne pas accepter ce qui existe. On nous présente partout, toujours l’ordre existant comme étant un ordre auquel il faudrait se soumettre. La Commune de Paris a montré que ce n’était pas la destination de l’Humanité. L’Humanité, pour nous libres penseurs a toujours une dimension Prométhéenne, au sens qu’il faut toujours arracher le feu sacré. Le feu sacré n’appartient pas à je ne sais quelle divinité mais il appartient à l’Humanité. On n’est pas obligé d’accepter quelque chose que l’on ressent comme étant inacceptable.
Après, lorsque l’on regarde comment les Communards et les Communardes ont cherché à répondre à ce questionnement dans les problèmes politiques, économiques, sociaux, culturels, moraux de Paris en 1871 ils ont apporté un certain nombre d’éléments. Christian Eyschen, secrétaire général de la LP, a fait une communication à ce sujet reprenant les relations entre la Commune de Paris, la laïcité et la liberté de conscience, rappelait le décret du début avril 1871 qui pour moi est le premier acte de la séparation des Eglises et de l’Etat et qui anticipe beaucoup sur la loi de 1905 à laquelle, nous libres penseurs, sommes extrêmement attachés. Que dit le décret du 2 avril 1871 ? Il dit : La première des libertés dans une République est la liberté de conscience. Comment ne peut-on pas mesurer l’actualité de ce message ?
A partir du moment où la première des libertés est la liberté de conscience, toutes les autres, de notre point de vue, découlent de cela. Si il y a liberté de conscience il est bien évidemment impossible, inconcevable d’interdire les religions ou les cultes. Personnes ne proposent cela. Du moins dans la Commune et dans la Libre Pensée. Que d’autres ici ou là prétendent interdire toute forme d’expression religieuse, de liberté de culte, de tenue religieuse, c’est leur droit mais ce n’est pas notre conception. A partir du moment où la liberté de conscience est affirmée cela implique une chose extrêmement nette, pour reprendre la bonne vieille formule de Victor Hugo : il faut que l’Eglise soit chez elle et que l’Etat soit chez lui.
C’est quelque chose qui est l’un des multiples éléments de la Commune de Paris, bien évidemment pas le seul, mais sur lequel, nous libres penseurs, il nous semblait judicieux d’attirer l’attention du public, des auditeurs et futurs lecteurs des actes du colloque.

D. Gozlan  : Mis à part être libre penseur et t’occuper de l’IRELP tu es aussi professeur d’Histoire-Géographie. J’imagine que revenir sur la Commune de Paris pour un historien c’est important. En quoi revenir chaque année sur la Commune de Paris se n’est pas seulement une commémoration pour une commémoration ? Est-ce que cette dimension a été donnée durant ce week-end ?

JM Schiappa  : Si je répondais oui et que je m’arrêtais à cette réponse je s’en serais extrêmement heureux mais elle mérite bien évidemment quelques développement. Ce n’était pas une commémoration. Le terme commémoration a un côté passéiste, nostalgique. Nous avons employé le terme de « célébrer » le 140ème anniversaire de la Commune de Paris ce qui est totalement différent.
Quel est le mystère de la Commune de Paris ? Quand on regarde bien, tous les actes, toute l’action, toute la réalité de la Commune de Paris tient en une chose : la démocratie. La démocratie est un terme tellement galvaudé que l’on ne sait plus vraiment à quoi cela correspond. La démocratie dans la Commune de Paris c’est une chose extrêmement simple : l’éligibilité et la révocabilité de tous. On ne peut pas concevoir la Commune de Paris si on oublie que les élus étaient élus et révocables à tout instant. Il ne peut pas y avoir démocratie sans imaginer que les mandants est « la main mise » sur les élus. Ce n’est pas quelque chose qui vient de la Commune de Paris mais de la Révolution Française. Le mot même de la Commune de Paris vient de la Révolution Française.
Robespierre, par exemple, après avoir été élus aux Etats Généraux, puis à l’Assemblée Constituante rédigeait ce qu’il appelait « Les lettres » à ses commettants, il rendait compte de ce qu’il avait fait, de ce pourquoi il avait été élu.
La Commune de Paris a mis au centre de son activité le fait que les élus ne peuvent pas exister sans un contrôle incessant, permanent et régulier de la part du peuple, de la part de ceux qui les ont élus.

D. Gozlan  : Je pense aussi que c’est effectivement très important. Il y même quelque chose de très novateur : le fait d’élire des gens qui ne sont pas français. Est-ce que tu peux expliquer ? Si l’on proposait cela aujourd’hui on ferait le « buzz ».

JM Schiappa  : Tu as totalement raison et cela revient à la Révolution Française et la Commune a suivi.
Thomas Paine, l’anglo-américain avait été élu a la Convention nationale en 1792. Philippe Buonarroti était italien et fonctionnaire.
Le drapeau de la Commune de Paris était considéré comme « le drapeau de la République Universelle ». Toute personne qui travaillait à Paris pouvait être élu a des fonctions dirigeantes de la Commune de Paris.

D. Gozlan  : Excellent ! Il nous reste quelques secondes : pourrais-tu présenter l’IELP ?

JM Schiappa  : C’est un institut de recherche dans lequel nous avons de milliers de volumes et des centaines de cartons d’archives qui sont à votre disposition. Plutôt que d’essayer de gloser et d’expliquer fort mal ce qui mériterait plus de temps, je conseille aux auditeurs qui voudraient en savoir plus de contacter l’IRELP à
irelp@laposte.net.

D. Gozlan et JM Schiappa  : Chers auditeurs au revoir et bon dimanche



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