La Libre Pensée sur France Culture - 12 septembre 2010

Thème : congrès national de la FNLP
vendredi 17 septembre 2010
par  libre pensee2
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Marc BLONDEL  : Au micro, aujourd’hui, Evelyne SALAMERO, journaliste et présidente de la Fédération de Paris de la Libre pensée.

Evelyne SALAMERO : Marc BLONDEL qui vient d’être réélu dans ses fonctions de Président de la Fédération Nationale de la Libre Pensée.

Le congrès annuel de la Fédération Nationale de la Libre Pensée s’est tenu du 8 au 10 juillet à ARTIGUES près de BORDEAUX à la Maison de la Promotion Sociale d’Aquitaine, il a rassemblé plus de 200 délégués qui, après consultation préalable de leur Fédération, ont pris position sur les activités passées de la Fédération et définit les orientations.

C’est aussi l’occasion de tenir les assemblées générales des organisations associées, telle qu’Entraide et Solidarité et l’IRELP, Institut de Recherche de la Libre Pensée et de la Fédération Nationale Laïque des Monuments Pacifistes, Républicains et Anticléricaux qui organise tous les ans, notamment des rassemblements pacifistes autour du 8 mai et du 11 novembre, pour la réhabilitation des Fusillés pour l’exemple.

Marc BLONDEL quels sont les points essentiels ayant fait l’objet de discussions et d’échanges par les participants ?

M.B.  : La pratique statutaire conduit le Président et le Secrétaire général à commenter le rapport moral et d’activités, c’est l’occasion de reprendre, en commun, la mission de l’association dont, il faut le rappeler, qu’elle milite contre tous les dogmes et les oppressions qui en découlent, qu’ils soient politiques, économiques, d’ordre moral et, bien entendu, philosophiques et religieuses.

L’objectif, au moins celui que nous nous sommes fixés, n’est pas de se substituer aux partis politiques voire aux syndicats avec lesquels nous refusons d’être en concurrence, mais d’encourager au maximum les citoyens à analyser le monde dans lequel nous vivons et à prendre parti dans les débats de société. Cela sous entend la recherche permanente de l’information la plus complète possible, la connaissance, l’étude et l’analyse de l’histoire non seulement de notre pays mais de la société en général, car pour soutenir ou contester, il faut d’abord comprendre.

Nous partons du principe qu’il n’y a aucune vérité révélée dans quel que domaine que ce soit, que toute société à ses contraintes et qu’il est nécessaire que celle-ci respecte l’individu, c’est notre interprétation de la République et des notions de Liberté, d’Egalité et de Fraternité.

Cela nous conduit à une certaine indépendance qui n’est pas toujours comprise. Par exemple nous répugnons à nous placer sur le terrain électoral.

Mais créer le scepticisme et l’analyse critique ne suffisent pas, il faut aider à leur développement, c’est-à-dire, pardonnes-moi l’expression, faire des libres penseurs. Semer pour assurer la libre pensée de demain.

Qu’on me comprenne bien, même si nous ne sommes pas indifférents à l’importance numérique des adhésions au sens où l’entendent les organisations politiques, l’objectif est beaucoup plus de former, dans le respect de leur conscience, les citoyens à vivre la société, à la construire et non la subir, comme j’ai eu l’occasion de le dire à la presse lors de ce congrès, de « développer l’instinct rebelle ».

E.S. : Le congrès a aussi traité de questions particulières ayant fait l’objet d’activités spécifiques et de prises de positions publiques, comme celle sur le port du voile intégral par exemple ou sur l’action soutenue des religions pour s’immiscer dans la gestion politique du pays et y participer activement, en s’appuyant d’ailleurs pour cela sur le nouveau traité de Lisbonne.

M.B.  : En effet il est évident que sur les atteintes à la liberté individuelle, la libre pensée se montre vigilante, au risque d’ailleurs parfois de se faire mal comprendre, voire d’être à contre sens, c’est le cas au sujet de la burqa. Nous condamnons l’initiative du gouvernement d’initier une loi d’interdiction. Cela ne signifie pas pour autant que nous ne combattons pas l’Islam au même titre que les autres religions, et nous contestons donc leur action de pénétration politique. Mais en ce qui concerne cette loi, nous nous voyons, à la lumière des événements, qu’il s’agit bien d’une démarche dite sécuritaire qui dénonce le péril présumé de l’étranger voire du différent de l’autre, comme c’est le cas actuellement pour les Roms et itinérants.

Cette pratique n’est pas sans rappeler celle de différentes dictatures à l’endroit des juifs notamment.

E.S. : la Libre Pensée s’est opposée à cette loi d’interdiction, de répression. En revanche, elle est extrêmement sévère quant au respect de la laïcité institutionnelle et s’oppose farouchement au financement public des cultes.

M.B. : Oui. Nous avons d’ailleurs, avec le concours actif des fédérations départementales, connu quelques succès juridiques lors de contournements de la loi de 1905 par des collectivités locales, soit en aide directe, voire à l’occasion de cérémonie, ou pour la construction d’édifices religieux, notamment de mosquées.

Cela nous vaut notamment une procédure d’appel d’un Conseil régional qui sollicite du Tribunal qu’il se prononce sur la constitutionnalité de la loi de 1905, ce qui est une véritable provocation à l’encontre de la République.

Et la reprise d’une espérance des plus intégristes des religieux –ambition qu’ils avaient apparemment abandonnée- la remise en cause de la base de la République Française qui se revendique laïque.

E.S. : Mais l’action de la Fédération Nationale ne se limite pas au territoire national. Nous avons eu lors de ce congrès la satisfaction de pouvoir entendre de jeunes libres penseurs venus de Russie, de Pologne, d’Allemagne... Et nous avons pu constater que la laïcité, que certains considèrent comme une spécificité française, à valeur universelle, elle est la méthode dont la pratique concoure à la démocratie et ceci vaut pour tous les pays. Même s’ils ne se revendiquent pas de la libre pensée, il y a de part le monde des individus de progrès qui luttent pour la liberté de conscience et le respect mutuel. En 1904, nos anciens avaient tenu congrès à Rome et après de riches et multiples discussions, dégagé des principes qui résonnent comme des fondamentaux toujours critiquables, bien entendu, mais qui ont servi d’appui à l’adoption de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. Ce souffle là existe toujours !

M.B.  : Ce fut l’occasion d’un débat fort intéressant et qui a marqué une étape très importante dans le développement du mouvement libre penseur dans le monde les délégués ont suivi avec intérêt un rapport de la commission internationale dont l’axe principal était la mise en place, pour l’année prochaine, d’un regroupement mondial des libres penseurs, à OSLO à l’occasion du congrès mondial de l’IHEU et en accord avec celle-ci.

Il s’agit de créer une Association Internationale de la Libre Pensée afin d’agir de concert ; nous renouerons ainsi avec 1904, en regroupant les partisans de la véritable séparation des Eglises et des Etats.

D’ores et déjà, les jeunes libres penseurs avaient provoqué une réunion de ce caractère, différents pays avaient répondu, une résolution constructive avait été adoptée et c’est pourquoi les représentants jeunes d’Allemagne, de Cracovie, de Varsovie, de Moscou se sont adressés au congrès.

Nous sommes encouragés dans notre démarche non seulement avec les organisations de l’Europe, mais aussi des Etats-Unis et de l’Amérique Latine dont différents pays se libèrent de l’influence des religions.

Mais, l’analyse et le regroupement de l’histoire a conduit à redonner à ses acteurs leur place d’origine. C’est ainsi que nous avons fait remarquer le rôle éminent qu’avait joué Ferdinand BUISSON dans le combat des libres penseurs pour se libérer et libérer le pays de l’influence de l’Eglise catholique.

Celui-ci présenté comme un protestant libéral, cela a provoqué quelques débats sur l’engagement spirituel individuel et a été l’occasion de rappeler que la libre pensée, si elle rassemble aujourd’hui majoritairement des athées et quelques agnostiques, n’entend pas promouvoir l’athéisme comme une obligation, un nouveau dogme.
La Libre Pensée a longtemps compté en son sein ce que l’on appelait les libres croyants, parce qu’ils remettaient en cause la parole révélée, unique, qui s’impose à tous et donc s’émancipaient du dogme.

E.S. : La Fédération Nationale ne se limite pas au combat laïque qu’elle considère cependant comme primordial.. Elle combat aussi les doctrines sociales des Eglises, dont la plus élaborée et la plus d’actualité en Europe est celle de l’Eglise catholique. Elle mène ausssi un combat pacifiste très important., Elle l’a manifesté en organisant un rassemblement sur la pelouse de Vincennes lors du 60ème anniversaire de la loi DEBRE, en rappelant la réaction unanime des partis républicains à l’époque, la pétition de près de 11 millions de signatures et la grande manifestation de Vincennes, ainsi que l’engagement et serment énoncés à l’époque. Mais comme actions publiques, il y a eu le 11 novembre et différents colloques.

M.B.  : A ce chapitre, nous avons décidé d’intensifier notre pression en commun avec l’ARAC, la LDH, l’Union Pacifiste et le Mouvement de la Paix, pour obtenir la réhabilitation des fusillés pour l’exemple de la guerre 1914/1918. Nous allons saisir les Parlementaires et réintervenir auprès des autorités politiques, y compris au niveau gouvernemental voire la Présidence.

Nous allons enfin donner suite à deux de nos colloques. D’abord sur l’embryon humain en essayant de provoquer la décentralisation, à l’aide des Fédérations Départementales, du débat afin de faire entendre notre voix lors des discussions LEONETTI.

Ensuite, il en est de même d’un colloque, que tu connais bien en tant que présidente de la fédération de Paris, le colloque Francisco FERRER Y GARDIA qui ouvre la voie à un débat sur l’enseignement qui a fait l’objet d’une résolution particulière. Cette question a été choisie comme question à l’étude pour l’année à venir. En 2011 , nous traiterons en effet de : Quelle instruction, avec quelle pédagogie, pour quelle émancipation ?

Le débat est à nouveau ouvert, il doit notamment s’opposer au développement des initiatives communes Vatican et Etat qui, au nom des équivalences, inscrivent les établissements privés et religieux en concurrence directe avec l’enseignement public et laïque notamment par la reconnaissance des diplômes, ce que l’on appelle la collation des grades, nous n’abandonnons pas ce terrain et travaillons avec les organisations laïques et les syndicats d’enseignants.

E.S. : Tu parlais du colloque FF, je me permets une parenthèse pour indiquer que la ville de Paris posera, officiellement, une plaque Francisco FERRER Y GARDIA, au mois d’octobre, sur l’une des maisons où celui-ci a habité lors de son séjour en France.

Pour en revenir au congrès, il fut donc fructueux et a mis beaucoup de pain sur la planche, si j’ose dire...

M.B. : Oui, et dans des conditions favorables. La situation financière est saine, nous avons améliorer sensiblement le nombre d’adhérents, consolidé les financements concernant la presse : la Raison et l’Idée Libre et les associations internes, comme celle des élus locaux voire la Fédération laïque des monuments et Entraide et Solidarité des libres penseurs de France ont tenu leurs instances statutaires.

Il m’appartient, par ailleurs, comme Président de la Fédération Nationale, de remercier et de me féliciter de la participation active d’associations laïques, syndicales voire politiques, philosophiques, qui, par leur présence et par l’envoi de messages de sympathie et de soutien, ont marqué leur intérêt pour nos travaux.

Après, les camarades de la Gironde qui nous ont si bien reçus à ARTIGUES, c’est la Fédération départementale de l’Ariège qui recevra les délégués au congrès 2011 dans la ville de Foix.

E.S. : D’ici là, suivez régulièrement les émissions de la libre pensée sur France Culture, prochaine émission le 2ème dimanche d’octobre sur le thème à l’étude pour 2011 dont je rappelle l’objet : quelle instruction, avec quelle pédagogie, pour quelle émancipation, et sera animée par nos amis Sylvie MIDAVAINE et Pierre ROY. Ce sera le premier acte d’une consultation plus large, avec les syndicats d’enseignants notamment.

Et pour obtenir des informations, adressez-vous au 10/12 rue des Fossés St-Jacques PARIS Vème, au siège de la Fédération Nationale, une librairie est à votre disposition.

M.B. : Mesdames, Messieurs, chers Auditeurs, chacun aura constaté que la Fédération Nationale de la Libre Pensée ne fait pas dans l’événementiel, elle suit, bien entendu, l’actualité, mais ne se précipite pas sur ce que les journalistes appellent les faits divers pour marquer ses positions, les libres penseurs savent, d’expérience, qu’au-delà des incidents, c’est la ligne de conduite politique qui garantit ou affecte la démocratie.

Aussi, c’est avec solennité que nous donnons lecture du communiqué suivant :

COMMUNIQUE

Non, l’étranger n’est pas un ennemi !

« Si tu diffères de moi, mon Frère, loin de me léser, tu m’enrichis ». Antoine de Saint-Exupéry

Il y a 66 ans, en 1944, les survivants des combattants du Ghetto de Varsovie écrasés par les nazis, s’expatriaient ou étaient déportés. Parce qu’ils étaient « différents » du prototype décidé par l’hitlérisme, parce qu’ils avaient une autre culture, voire pour certains une autre religion, une autre pensée et d’autres façons de se vêtir ; il fallait, pour les nazis, les anéantir.

C’était la barbarie. Mais le ventre est toujours fécond d’où est sorti la bête immonde. On assiste aujourd’hui, en France républicaine, à une instrumentalisation de la xénophobie par le pouvoir.

Interdiction législative en cours de la burqa et du voile intégral, répression contre les roms, projet vichyste de dénationalisation de certains français « de fraiche date », le pétainisme politique revient avec force.

Dans une situation de crise intense et continue du capitalisme, ce sont toujours les mêmes méthodes réactionnaires qui sont utilisées, d’abord : la haine de l’étranger coupable, par définition, de tous les maux. Et dans le même temps, ce sont les remises en cause croissante des acquis sociaux qui se mettent en place : pillage voire destruction de la Sécurité sociale, remise en cause du droit à une retraite, destruction des services publics, privatisation mercantile de l’intérêt public.

Il s’agit de la destruction des conquêtes de l’après-guerre.

La xénophobie sert toujours à détruire la civilisation. La France d’aujourd’hui, ce serait Vichy sans la Milice et les nazis, mais avec l’ordre moral, la pensée unique et avec la presse aux ordres. Sur le plan social, c’est le retour du Corporatisme et la tentative de liquider les syndicats ouvriers indépendants.

La Fédération nationale de la Libre Pensée ne peut se taire devant cette situation de montée des périls. Elle n’accepte pas que les « étrangers » servent à nouveau de bouc émissaire.

La Fédération nationale de la Libre Pensée s’associera aux initiatives qu’elle jugera utiles pour défendre la démocratie, la République, la liberté, l’égalité et la laïcité.

Paris, le 19 août 2010



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