La Libre Pensée sur France Culture

La privatisation de l’armée
lundi 9 août 2010
par  libre pensee2
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Elsa : Bonjour et bon réveil, bienvenue en direct de France culture, ce matin vous avez rendez vous avec la Libre Pensée. Au micro Elsa Caron, je suis accompagnée de Maxime Schrirrer, enseignant au conservatoire national des arts et métiers ainsi que de David Gozlan, secrétaire national adjoint de la libre pensée. Bonjour.
Bonjour

Elsa : Ce matin, nous interpellons nos auditeurs sur un sujet dont les médias parlent peu : la privatisation du militaire, des armées et d’une manière générale le développement de diverses officines sécuritaires. David, Pourquoi ce sujet ?

David : D’une manière générale, les armées nationales sont censées faire la guerre au nom de leur propre pays mais depuis 1989-1992 la révolution militaire américaine a engagé une vague de privatisation de son armée. Ce mouvement s’est accéléré en Europe, en Angleterre plus spécifiquement, et la France n’y échappe pas. Aujourd’hui des barbouzes, des mercenaires de tout genre du plus sanguinaire au génie informatique sont employés par des compagnies cotées en bourse.

Elsa : Quel est l’intérêt ?

David : L’intérêt est multiple. Pour les armées, tout un tas de services sont ainsi externalisés : entretien des bases, du matériel militaire, intendance. Comme dans toute entreprise vous avez ainsi des secteurs que les armées abandonnent pour réduire les coûts de fonctionnement. Ensuite, et surtout pour des armées comme celle des Etats-Unis, il y a un intérêt politique. Il vaut mieux pour l’état major américain voir des mercenaires mourir dans des combats que ses propres soldats. Dans le conflit qui embrase la région afghane et irakienne, il y a plus de 3500 soldats américains morts et le même nombre de mercenaires. C’est le syndrome du Viet Nam qui se joue ici, vous imaginez comment l’opinion publique américaine réagirait si les cercueils de soldats se multipliaient. Les Etats-Unis n’entendent pas perdre la guerre à l’intérieur de leur pays.

Elsa : Quel est le danger ?

David : Nous sommes, en tant que libre penseurs contre les guerres, d’une manière générale le militaire ce n’est pas notre tasse de thé. Cependant, lorsque l’on voit que durant le conflit en Irak des entreprises comme Blackwater, une société militaire privée, participe directement aux décisions du commandement unifié américain en Irak, nous sommes en droit de nous interroger. Est-ce que l’intérêt d’une société capitaliste n’est pas de faire des bénéfices, donc d’arracher des marchés ? Est-ce que ce type de société privé n’a pas intérêt, pour justifier de sa propre existence, à ce que les guerres se multiplient ou perdurent ?

Elsa : Si ces compagnies semblent contrôler en partie les décisions des responsables, qui contrôle ces minis armées ?

David : Officiellement les états major mais sur le terrain les lois de la guerre, autant dire rien et pas grand chose. Deux exemples : Les exactions dans la prison d’Abou Graib se résument à la collusion entre le commandement privé de la prison et des soldats du rang de l’armée américaine.
Deuxième exemple, le 16 septembre 2007, des hommes de Blackwater ouvrent le feu sur la population d’un quartier populaire de Bagdad, quinze minutes de déluge, 17 morts et 20 blessés. Une commission d’enquête a révélé que 25% des tireurs de Blackwater étaient ce jour sous l’influence de stéroïdes anabolisants et autres psychotropes.

Elsa : Il y a donc eu une enquête et une condamnation ?

David : Une enquête oui mais limitée, quand à la condamnation, le PDG de Blackwater a juste changé le nom de sa société pour préserver une certaine crédibilité sur le marché de la guerre.

Maxime : Et si en France, nous n’avons pas encore de société de la même envergure, rien n’empêche que nous n’en prenions pas le chemin.

Elsa : En France ? Nous n’avons pas cela.

Maxime : Tout à l’heure, nous parlions des prisons dirigées par des sociétés, en France le milieu carcéral attire de plus en plus de société : Bouygues par exemple.

Elsa : Pourquoi cet intérêt pour les prisons ?

Maxime : Un prisonnier est obliger de cantiner, c’est à dire de se payer au sein de la prison de quoi de laver, prendre soin un minimum de lui et d’avoir quelques compléments alimentaires. Cet état de fait l’oblige donc à travailler pour le compte d’entreprises privées pour une somme ridicule. L’Oréal, Bic et bien d’autres en sont les grands bénéficiaires.

Elsa : Et dans le domaine militaire ?

Maxime : L’une des premières sociétés militaires françaises a été montée par le capitaine Barril, elle se nommait "Secrets", tout un programme. A ce titre, cette société a été partie prenante des événements du Rwanda.

Elsa : Mais qu’est-ce qui permet cette irruption de société privée dans les affaires militaires ?

Maxime : Si on regarde dans le détail , avec la professionnalisation, ceux sont d’abord les locaux puis l’intendance qui sont externalisés, un rapport d’information de 2007 de l’Assemblée Nationale revient sur ses perspectives d’externalisation, il y est dit "si [...] de nombreuses tâches périphériques telles que l’entretien des locaux et des espaces verts, la restauration, la collecte des déchets ou encore le gardiennage, ont été confiées à des opérateurs privés, dans le prolongement de la professionnalisation des forces armées, cette démarche a pris une dimension nouvelle, en portant sur un nombre croissant d’activités, à vocation plus opérationnelle." En fait l’armée française peut être amenée à sous traiter ses propres opérations.

Elsa : Avons nous d’autres exemples ?

David : Oui, bien sûr, un problème de liberté collective et individuel est posé lorsque des sociétés privés sont en charge de traiter les dossiers d’assurés sociaux, de contrôler l’ensemble des caméras de sécurité des radars, d’une ville ou d’un lieu public. Déjà que la multiplication des caméras est en contradiction avec les valeurs de la République. Quelle société entendons-nous laisser à notre jeunesse, celle du roman d’Orwell 1984 ?

Maxime : La jeunesse justement, pour faire la guerre, il faut sans cesse du sang neuf à l’armée. Il est vrai que la situation des jeunes est socialement et économiquement fragile, catastrophique, un jeune sur quatre connaît le recrutement de l’armée de terre a pour objectif d’engager près de 15 000 jeunes pour 2010. Ils appellent cela être au cœur de la bataille pour l’emploi. Chers auditeurs, chacun est juge mais offrir à notre jeunesse comme seule solution la guerre, la tuerie, la mort, c’est un drôle de choix d’avenir.

Elsa : Peux-tu nous expliquer comment l’armée s’y prend pour recruter ces jeunes ?

Maxime : A titre d’exemple, je voudrais juste éclairer mon propos en lisant ces quelques lignes tirées du site de l’armée de Terre : " L’armée de terre et l’armée de l’air ont participé du 16 au 31 mars 2010 au « Train pour l’emploi et l’égalité des chances » dans 11 villes de France : Paris, Rennes, Tours, Clermont-Ferrand, Bordeaux, Toulouse, Marseille, Lyon, Dijon, Strasbourg et Lille. Cette opération montée par la SNCF via la société « ID Industry » en partenariat avec le Pôle Emploi et les Missions locales visait, pour les armées de terre et de l’air, à informer les jeunes issus de tous milieux (modestes en particulier) de leur offre RH et à recruter par une voie originale et médiatisée.
Pour ce faire, un train spécialement aménagé se mettait en place de nuit et tenait lieu de salon de recrutement à quai dans les gares.
Les entreprises « partenaires » de l’opération hors armées étaient : Axa, Fédération des entreprises de services à la personne, Groupe La Poste, IRSEM, Le Mouv, Orange, SNCF, Synergie, Manpower, TLF (Fédération des entreprises de Transport et Logistique de France)
." Des entreprises privées aident l’armée à recruter notre jeunesse pour aller se faire trouer la peau. Ces mêmes entreprises qui ont licenciés tout au long de l’année 2009. Un comble.

Elsa : Il vrai que les enseignants sont aussi obligés d’accompagner leurs élèves sur des forums des métiers où l’armée y plus que présente : un stand pour l’armée de terre, un pour la marine, un pour l’air et un pour la gendarmerie. Ils savent s’y prendre offrant des gadgets, des posters, porte-clés, stylos et un avenir pleins d’aventure.

David : Un peu comme leur site "devenez-vous même.com"

Elsa : Un peu comme leur site, où des jeunes pas trop accrochés, paumés et sans avenir se retrouvent dans un jeu vidéo mais celui-ci est bien réel, la partie ne recommence pas, on y perd la vie, on y perd un fils, un frère, un mari, un ami.

David : Un dernier mot à propos de la guerre. Dans son dictionnaire portatif, Voltaire expliquait à propos de la guerre : " Le merveilleux de cette entreprise infernale, c’est que chaque chef des meurtriers fait bénir ses drapeaux et invoque Dieu solennellement avant d’aller exterminer son prochain. Si un chef n’a eu que le bonheur de faire égorger deux ou trois mille hommes, il n’en remercie point Dieu ; mais lorsqu’il y en a eu environ dix mille d’exterminés par le feu et par le fer, et que, pour comble de grâce, quelque ville a été détruite de fond en comble, alors on chante à quatre parties une chanson assez longue , composée dans une langue inconnue à tous ceux qui ont combattu, et de plus toute farcie de barbarismes ." Le philosophe se gaussait de l’alliance du sabre et du goupillon éparpillant une sanglante évangélisation occidentale. Aujourd’hui les chantres du choc des civilisations, bien souvent au nom de l’économie de marché, appelle à la levée en masse de ces nouvelles armées, encore moins contrôlées, encore moins contrôlables. C’est aussi le rôle de chaque citoyen de comprendre et combattre l’avenir sécuritaire, totalitaire qu’on nous prépare. Si cette réflexion est nationale, elle peut être aussi internationale, en effet, un congrès mondial de la libre pensée va se tenir à Oslo en aout 2011. Cela sera pour tous les libres penseurs du monde l’occasion de réfléchir quelle structure, quelles actions permettraient de construire un monde délivré des entraves de l’obscurantisme, du militarisme et de la pensée unique

Elsa : Bien merci à vous deux, je vous rappelle que cette émission était animée par la Libre pensée, pour y réagir, vous pouvez nous écrire à Fédération Nationale de la Libre pensée 10-12 rue des Fossés Saint-Jacques 75005 Paris.

Maxime : Merci Elsa, et à bas la calotte et vive la sociale.

Pour écouter l’émission : http://www.franceculture.com/emission-divers-aspects-de-la-pensee-contemporaine-divers-aspects-de-la-pensee-contemporaine-2010-0-2


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