RESOLUTION GENERALE

mardi 20 juillet 2010
par  libre pensee2
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La Libre Pensée n’étant complète que quand elle entreprend de réaliser socialement l’idéal humain, elle doit tendre à l’institution d’un régime dans lequel aucun être humain ne pourra plus être sacrifié ni même négligé par la société, et par conséquent ne sera plus mis ou laissé par elle, directement ou indirectement, dans l’impossibilité pratique d’exercer tous ses droits d’homme et de remplir tous ses devoirs d’homme.
La justice sociale n’est que la raison appliquée par l’humanité à son propre gouvernement.
En d’autres termes, la Libre Pensée est laïque, démocratique et sociale, c’est-à-dire qu’elle rejette au nom de la dignité humaine, ce triple joug : le pouvoir abusif de l’autorité en matière religieuse, du privilège en matière politique et du capital en matière économique.

Déclaration de principes adoptée par le Congrès mondial des libres penseurs tenu à Rome en 1904

Le Congrès de la Fédération Nationale de la Libre Pensée, réuni à Artigues-près-Bordeaux du 8 au 10 juillet 2010, reprend à son compte cet extrait du rapport international exposé durant ses travaux :
« Le congrès de 1904 s’est construit à travers les réunions, les débats, même les débats contradictoires, surtout les débats contradictoires. Les libres penseurs, dressant la Raison et la justice sociale, n’ont pas hésité à affronter les tenants de l’obscurantisme. C’est dans ce mouvement que le Congrès de 1904 s’est construit en relation avec les conquêtes sociales, le droit syndical, le droit de grève, celui de mutualiser, de se réunir, d’avoir une presse indépendante aussi bien en France que dans d’autres pays. Le Congrès de Rome s’est réalisé à travers la combinaison de cette poussée sociale et du développement de la pensée libre, des sciences et du rationalisme.
D’ailleurs la liste des rationalistes, des députés des partis socialistes, des radicaux, des loges et des participants au Congrès de Rome est impressionnante par la qualité de ses représentants. Et ces délégations, qu’ont-elles fait au retour du Congrès, si ce n’est se battre pour la laïcité, la séparation des églises et de l’Etat, contre l’obscurantisme, contre le dogmatisme ? Il est incontestable que ce congrès a marqué la détermination de milliers d’hommes et de femmes combattant pour leur émancipation. Prenons les séparations des Eglises et de l’Etat après 1904 : France 1905, canton de Genève 1907, Portugal 1911, URSS 1918, Espagne 1931, Turquie 1937. C’est une vérification d’une des lois de l’histoire : chaque pas en avant d’un peuple entraîne un autre peuple à poursuivre plus loin sur le chemin.
Autre remarque : à la lecture des actes du congrès de 1904, il est étonnant de voir combien les délégations s’écoutent, se respectent et établissent dans le congrès mondial une égalité de fait, il n’y a pas une délégation qui dirige tout. C’est notre histoire, c’est notre passé. Nous avons su conserver cette tradition.
Pourquoi émane-t-il du Congrès de Rome une telle force, une telle volonté de se battre ? Le contexte, certes, celui de l’oppression cléricale, bien sûr, mais ce qui est important, ce sont les dizaines de réunions, de débats et de conférences qui ont préparé chacune de ces délégations. De plus, ces réunions ont donné une dimension à la fois légitime et internationale au combat laïque.
 »
Le Congrès d’Artigues fait la proposition aux fédérations d’organiser des débats publics, des réunions publiques, des conférences de presse autour de cette perspective d’une Internationale de la Libre Pensée. Il est aussi proposé à chaque fédération de financer en son sein l’envoi d’un délégué au congrès mondial de la Libre pensée d’Oslo en 2011.

Liberté de pensée, liberté de conscience en danger !
Ces propositions permettront ainsi aux fédérations d’organiser un véritable débat public sur leurs positions. En effet, il revient à la Libre Pensée de restaurer un véritable débat démocratique dans tous les domaines pour permettre à tout citoyen de se faire son opinion en toute clarté. Rien à voir, par exemple, avec les fameux « Etats généraux de la bioéthique » qui ont réuni un panel de 17 citoyens dans trois villes, auxquels pourtant se réfère le rapport Leonetti pour en déduire l’opinion de toute la population ! Il s’agit d’un déni de démocratie qui attente à la liberté de conscience. C’est l’un des volets du combat actuel contre l’obscurantisme, contre les intrusions spiritualistes et autres arguments dogmatiques. C’est aussi cela le combat pour l’émancipation et la préservation de la liberté de conscience.

L’infiltration cléricale, vertébrée par la Doctrine sociale de l’Eglise, ne touche pas la France seule. Les évêques de la Communauté européenne (COMECE) ne se contentent pas de se féliciter de l’adoption du traité de Lisbonne qui impose aux Etats un dialogue régulier et permanent avec les Eglises. Ils en exigent l’application rapide. Leur offensive s’est accélérée ces derniers mois. Ainsi, lors de l’assemblée plénière de la COMECE le 16 avril 2010, leur président, Mgr Adrianus van Luyn, déclarait : « il ne s’agit pas de réinventer ou de créer ce dialogue, mais bien de parer d’une structure plus contraignante le dialogue existant...  ».
Il explique ensuite l’objectif de cette remise en cause de la laïcité institutionnelle. La « contribution » de l’Eglise doit être notamment d’aider l’Union européenne à imposer l’idée que la « dignité d’une personne » ne doit pas « avant tout se rapporter à son bulletin de salaire (...) Partant de la Doctrine sociale de l’Eglise  » précise-t-il « nous ne pouvons arriver à aucune autre conclusion que celle-ci : la source de la crise est à rechercher dans un mauvais ordonnancement des valeurs. (…) celui qui se préoccupe du bien commun n’est pas considéré, mais plutôt celui qui recherche son intérêt individuel  » (source site de la COMECE www ;comece.org).
En clair, pour les cléricaux, les salariés qui défendent leur salaire et leur retraite sont tout aussi responsables, sinon plus, de la crise, que les spéculateurs.
Nul doute que dans la période actuelle de la crise du capitalisme à l’échelle mondiale, les Doctrines sociales des Eglises, en particulier la plus élaborée, celle de l’Eglise catholique (encycliques Rerum Novarum de 1891, Quadragesimo Anno de 1931 … compendium de 2004), déjà à l’œuvre dans l’Union européenne, vont se répandre à un rythme de plus en plus soutenu.

La liberté de pensée, la liberté de conscience sont bel et bien en danger. Au nom du « monde libre », les libertés sont remises en cause voire supprimées (développement de la cyber-surveillance, fichage du citoyen, vidéosurveillance…). L’entreprise de démolition de l’instruction publique se poursuit visant à empêcher la formation de l’esprit critique sans lequel le citoyen n’est qu’un sujet. La République et les conquêtes sociales sont aujourd’hui en voie d’explosion sous l’offensive instaurant le morcellement communautariste de la société, remettant en cause les libertés collectives et individuelles.
Si la République semble aujourd’hui peiner à faire vivre la démocratie, à assurer l’égal traitement de tous les citoyens, à les intégrer dans une société où chacun pourrait vivre librement et dignement de son travail, ce ne sont pas ces valeurs qui sont dépassées. Tout au contraire ! C’est le système capitaliste dit « libéral » qui tend à faire éclater partout les cadres de la démocratie et à mettre en cause ses conditions concrètes d’exercice.
Au cours de cette année de débats et d’initiatives préparatoires au congrès d’Oslo, ces questions de la démocratie seront abordées, incluant bien évidemment, ce qui, dans le cadre des systèmes républicains a pu entrer en contradiction avec leurs principes. C’est le cas, d’une manière générale, de la guerre ayant dressé ou dressant les peuples les uns contre les autres pour le seul profit des puissants du monde et du Capital. La paix est un objectif humaniste et, historiquement, elle a été souvent mise à mal et piétinée, déchainant les pires exactions : injustice suprême, le cas des fusillés pour l’exemple est une tache dont la République doit se laver. La Libre Pensée continue le combat pour la réhabilitation, sans condition, et elle propose aux fédérations de s’adresser aux parlementaires (texte ci-après).

Lettre ouverte du Congrès national de la Libre Pensée aux parlementaires

Le congrès national de la Libre Pensée réuni à Artigues les 8, 9, 10 juillet 2010 ne peut qu’enregistrer le fait suivant : ce que l’on pouvait interpréter comme une ouverture de l’actuel président de la République vers la réhabilitation des fusillés pour l’exemple n’a pas été suivi d’effet.

Le dossier est resté en l’état : une juste cause abandonnée en chemin par celui qui avait tenu des propos donnant à penser qu’une justice réparatrice allait enfin triompher. Il suffisait d’un mot de Nicolas Sarkozy pour que soit redonnée aux descendants des fusillés, poilus victime de balles françaises, une nouvelle mémoire fidèle à la vérité, libérant le souvenir de l’ancêtre exécuté de son statut post mortem de réprouvé.

Le mot réhabilitation n’a pas été prononcé malgré les démarches et actions multiples que la Libre Pensée, l’ARAC, l’Union pacifiste, la Ligue des droits de l’homme, le Mouvement de la Paix, ont entreprises. De toutes parts cette exigence s’est exprimée. Des historiens aux parcours variés se sont prononcés en ce sens. Il y a entre les cinq organisations et ces historiens une convergence complète de vues sur le fait que ce dossier douloureux doit être enfin traité.

Tout ce qui pourrait servir de prétexte à ce que rien ne se fasse a été écarté : la réhabilitation est demandée pour tous les fusillés pour l’exemple, sauf à n’en pas faire bénéficier les quelques uns parmi eux qui auraient commis des actes relevant du droit commun et dont la liste peut être dressée dès maintenant ; pour une poignée d’autres, éventuellement suspectés, mais dont la culpabilité au regard du droit commun ne pourrait pas être démontrée, preuves et témoins ayant disparu, leur mémoire bénéficiera de la clémence. En toute justice, c’est le doute qui doit profiter au condamné.

Il est à noter que notre revendication se situe dans le droit fil de celle des associations d’anciens combattants qui dès le lendemain de la guerre demandaient l’amnistie et constataient que la puissance publique « ne distribue la clémence qu’au compte-gouttes tandis que les profiteurs de la guerre ou de l’après-guerre vivent dans la tranquillité la plus parfaite  ». Dès cette époque, dans les instances de ces associations, on dénonçait la non-adaptation du code de justice militaire aux conditions de la guerre moderne. On y déclarait en particulier :

Il faut que nous obtenions la révision des procès qui ont condamné de nombreux innocents. Bien qu’ils soient morts, il reste un point excessivement pénible (ils auraient pu être tués dans les combats) : c’est que les veuves, les orphelins et les vieux parents qu’ils ont laissés ont sur leur conscience un déshonneur qui est inadmissible.

Une motion proposée au vote prenait appui sur l’arrêt alors récent de la cour de cassation aux termes duquel les six martyrs de Vingré avaient été reconnus innocents pour demander la révision de tous les condamnations non amnistiées prononcées pendant la guerre par des conseils de guerre.

A la date où se tient le congrès d’Artigues six conseils généraux (Aisne, Allier, Corrèze, Haute-Saône, Oise, Somme) ont pris position dans ce sens. Ces prises de position sont précieuses et significatives mais n’appartient-il pas avant tout au Parlement de reprendre ce dossier et de déposer une proposition de loi décidant de réhabiliter les fusillés pour l’exemple ?

Serait-il possible qu’il ne se trouve pas de parlementaire prêt à faire cette proposition de loi ?
Il serait impensable qu’un siècle après, des élus du peuple ne fasse pas cet acte de justice.

Nous n’osons le croire.

Nous considérons donc qu’une telle loi de réparation morale doit enfin s’imposer et qu’en conséquence elle doit être proposée et soumise à l’approbation du Parlement.

Son contenu s’énonce de façon simple et claire :

Réhabilitation des fusillés pour l’exemple de la guerre de 14-18 !

En adoptant cette lettre ouverte aux parlementaires, le congrès national de la Libre Pensée, tout en poursuivant ses interventions auprès des conseils généraux et des élus locaux, souhaite que les rassemblements du 11 novembre 2010 autour de monuments aux morts pacifistes et laïques fassent remonter vers le Parlement cette exigence d’une loi qui soit enfin réparatrice du préjudice moral historique causé à la mémoire des fusillés.

Notre société n’est pas arrivée à son apogée : nous œuvrons à la transformer en faisant nôtres ces mots d’un délégué au Congrès de Rome de 1904 :

« Nous travaillerons pour une phase nouvelle de la civilisation dans laquelle, par l’émancipation de la pensée, nous arriverons à l’émancipation de tout esclavage ; nous travaillerons à libérer l’homme des fantômes religieux, et à le délivrer du plus grand fléau, la guerre ; nous proclamerons l’amour et la paix universels par l’émancipation complète et le respect de la vie humaine. Unissons-nous, peuples de toutes les nations autour de ce grand idéal, formons une grande alliance et nous vaincrons  ».

Construisons le congrès mondial de la Libre pensée de 2011 à Oslo !

Adoptée à l’unanimité


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