05 Discours du Groupe La Barre

lundi 5 juillet 2010
par  federation nationale
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Chers amis, chers camarades,

Il y a 244 ans, le 1er juillet 1766, un jeune homme de 19 ans était torturé et exécuté en application de la Loi, sur décision de la Justice.
Son crime ? Il avait manqué de respect envers les croyances religieuses, et été déclaré coupable d’être passé à 25 pas d’une procession sans ôter son chapeau, et d’avoir chanté une chanson impie. En ce temps là, comme vous le savez, la loi interdisait de choquer les croyants dans leur foi. Le Chevalier de La Barre n’est pas mort d’une injustice, il est mort d’une justice inféodée à l’Eglise ; il a été condamné par un Etat clérical, qui, donc, punissait le manque de respect envers la religion.

A la fin du 19ème siècle, avec le combat pour l’école publique et la laïcité des institutions, le chevalier de La Barre était devenu pour tous les laïques et les libres penseurs le symbole du combat contre le cléricalisme. Depuis plus d’un siècle, le Groupe La Barre organise chaque année cette manifestation.

Nous avons célébré il y a deux semaines le cinquantenaire du Serment de Vincennes. Il y a quelques mois, les cléricaux, eux, ont fêté le cinquantenaire de la loi Debré. A cette occasion, Eric de Labarre, Secrétaire général de l’Enseignement catholique, a déclaré :
« Cet anniversaire a été l’occasion de redire solennellement l’importance que nous attachons à notre participation au service public d’éducation[…]. »

C’est devenu une rengaine : l’école privée participerait à une « mission de service public », au même titre que l’école publique. C’était déjà, il y a cinquante ans, l’argument de Michel Debré qui présentait sa loi en arguant que l’enseignement privé participerait à un service public. Au nom de quoi, les écoles privées réclament, à parité, l’attribution de fonds publics. La « parité » entre l’école publique et les écoles privées n’est pas une idée neuve. Il y a un siècle les cléricaux réclamaient déjà la « répartition proportionnelle scolaire ». Jaurès leur opposait alors l’article 2 de la loi du 9 décembre 1905 de Séparation des églises et de l’Etat.

La laïcité, c’est que le service public d’éducation soit assuré par la seule école publique ; que l’école publique ait l’obligation d’accueillir tous les enfants et donc d’être dotée de moyens suffisants.

La laïcité, c’est que l’école publique ait tout, et que l’école privée n’ait rien.
Assurer la parité de financement entre écoles privées et école publique, c’est l’objectif de l’article 89 de la loi du 13 août 2004, que la loi Carle de septembre dernier est venue parachever à tous les niveaux et dans tous les cas. Aujourd’hui, la dernière née de la série des lois anti-laïques contraint les municipalités à financer la scolarisation des enfants dans l’enseignement privé, même en dehors de leur commune.

Pour le Groupe La Barre, la loi Carle, comme toutes les lois anti-laïques qui l’ont précédée, doit être abrogée.

Les cléricaux se sont donc réunis pour fêter le cinquantenaire de la loi Debré. Ils ont organisé des colloques, formé des commissions … et ils ont fait une découverte comme l’a révélé Eric Delabarre :
« … cet anniversaire- dit-il- a été aussi l’occasion de redécouvrir, avec intérêt et même un certain bonheur, l’esprit des textes qui nous régissent, et notamment le fait que « les espaces de liberté » dont nous disposons sont infiniment plus larges que nous ne n’imaginions. Nous avons ainsi pris conscience que nous n’avions peut-être pas été assez audacieux et que nous étions, pour des raisons diverses et souvent légitimes, restés en deçà de ce qui était envisageable. »

Ils n’auraient « pas été assez audacieux » ? Ils seraient restés « en deçà de ce qui était envisageable » ? Les cléricaux ont trouvé un nouveau filon à exploiter. Ils ont en effet entrepris de mettre la main sur les enfants dès le plus jeune âge, pour mieux catéchiser les jeunes esprits, tout en empochant encore plus de fonds publics.

Chers amis, chers camarades,

Vous le savez, l’école publique est étranglée. Cette année encore on a fermé des classes à tour de bras et les effectifs explosent. Les écoles de village disparaissent et toutes les écoles primaires devraient bientôt être remplacées par des EPEEP. Afin de respecter la contrainte du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, les mesures sont déjà prises : l’augmentation de la taille des classes, la réduction des besoins de remplacement et la baisse de la scolarisation des deux ans figurent en premier. Pour ceux qui connaissent la situation des écoles, des collèges et des lycées, il est difficile d’imaginer ce que sera l’école publique avec des classes encore plus chargées, tout comme il est difficile d’imaginer la baisse de la scolarisation des deux ans quand on sait à quel point il devient rare de pouvoir scolariser un enfant de moins de trois ans et demi.

Alors que, dans le public, la scolarisation des plus jeunes recule année après année et que l’école maternelle, déjà exsangue, est menacée de disparition, les écoles privées se précipitent sur la création des jardins d’éveil.
Et le Secrétaire Général de l’Enseignement Catholique de déclarer :
« Au moment où l’éducation nationale se désengage à l’égard des moins de trois ans, le temps est sans-doute venu pour les établissements catholiques de redécouvrir leurs savoir-faire spécifiques pour l’accueil des tout-petits dès dix-huit mois(ou même en-deçà) et de les mettre à disposition de tous »

Quelle aubaine, en effet ! L’école privée a trouvé là une nouvelle source de financement sur fonds publics, puisque ces structures seront financées par les municipalités et autres collectivités territoriales, mais surtout par les Caisses d’Allocations Familiales.

Interviewé à ce sujet en 2008, Jean-Louis Deroussen, président du Conseil d’Administration de la Caisse Nationale des Allocations Familiales, avait déclaré que « s’il y avait un projet d’expérimentation de l’enseignement catholique, [il] voyait mal la branche famille refuser d’y participer d’une manière ou d’une autre. »

C’est donc notre salaire différé, via la branche famille de la Sécurité Sociale, qui va financer cette privatisation et permettre d’achever l’école maternelle ! Et ce à l’heure où, au nom du « déficit » de la Sécurité Sociale, on nous prétend que la branche maladie ne pourrait plus assurer notre santé et que la branche vieillesse ne pourrait plus financer les retraites.

Pour l’enseignement privé, derrière l’accueil des enfants dès l’âge de dix-huit mois dans ses structures, il y a aussi l’enjeu de leur « fidélisation », de leur scolarisation ultérieure, financée sur fonds publics, bien sûr.

Le monument devant lequel nous sommes rassemblés a été « élevé par le prolétariat à l’émancipation intégrale de la pensée humaine ». Cette inscription nous rappelle à quel point ceux qui l’ont fait ériger étaient attachés au sens critique et à l’esprit de libre examen qui sont à la base de toute pensée libre. A l’opposé, on peut lire dans un texte proposé au Comité National de l’Enseignement Catholique que : « Le projet de l’enseignement catholique a la visée éducative de « former tout l’homme » et a donc toujours refusé de s’en tenir à la seule dimension de l’instruction »

Eh bien, sur ce point, nous sommes d’accord. Seule l’école publique peut être chargée de l’instruction de tous les enfants ; elle seule doit avoir l’obligation de tous les accueillir, elle seule assure la mission de service public et doit être dotée de tous les moyens.

Le mot d’ordre est toujours d’actualité :
Fonds publics à la seule école publique,
aux écoles privées, fonds privés !

Chers amis, chers camarades,

Ce monument a été érigé grâce à une souscription populaire et il a été inauguré par 15 000 manifestants venus ici par trains entiers. C’était en 1907.

Ceux qui avaient lutté pour la Séparation de l’église et de l’Etat et qui venaient d’avoir gain de cause avec la loi de 1905 savaient déjà que rien ne serait définitivement gagné tant qu’il resterait des cléricaux pour prétendre que les églises et leurs écoles concourent au service public.

Ceux qui ont érigé ce monument « à l’émancipation intégrale de la pensée humaine » n’imaginaient pas qu’un siècle après la laïcité serait à ce point bafouée. Mais ils savaient qu’il faudrait en permanence manifester pour défendre ce qui avait été acquis. Tout comme le savaient ceux qui étaient réunis sur les pelouses de Vincennes il y a 50 ans pour l’abrogation de la loi Debré.

Ceux-là n’imaginaient sans doute pas les reniements des uns et les trahisons des autres. Mais ils savaient qu’il faudrait continuer à se battre et ils jurèrent : « d’obtenir que l’effort scolaire de la République soit uniquement réservé à l’école de la Nation, espoir de notre jeunesse. »

Cinquante ans après, nous savons, nous aussi, que nous allons devoir nous battre pour reconquérir la laïcité de l’école et de l’Etat. Certes les fondements de la laïcité institutionnelle ont été sapés mais nous avons encore parfois le droit pour nous, en attestent les récentes victoires juridiques de la Libre Pensée. Et nous avons toujours le nombre. Aujourd’hui nous sommes plus nombreux que l’année dernière et, n’en déplaise aux corbeaux, la manifestation La Barre perpétue la lutte des ouvriers socialistes du début du siècle. Chaque nouvelle victoire, chaque résistance aux offensives cléricales prouve l’actualité du combat laïque et notre rassemblement en montre la vivacité.

Ceux qui entendent priver la jeunesse de son droit à un avenir en détruisant l’école, ceux qui s’attaquent à l’un de ses droits les plus fondamentaux, à savoir la liberté de conscience, ne pourront pas l’empêcher de se dresser. Et ils ne pourront pas non plus empêcher les parents et les enseignants, et avec eux tous les laïques, de se mobiliser pour défendre l’école de la République. Pas plus qu’ils ne pourront museler tous ceux qui revendiquent le droit à la pensée libre, tous ceux qui refusent de voir disparaître les acquis de la Révolution Française et des grands combats laïques.

Je vous demande maintenant, avant la manifestation, de respecter une minute de silence en l’honneur de Jean-François Lefèbvre, Chevalier de la Barre, torturé et exécuté le 1er juillet 1766, à l’âge de 19 ans, pour être passé devant une procession en gardant son chapeau qu’il avait sur la tête.


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