02 Allocution au nom de l’IRELP à la cérémonie en hommage au Chevalier de La Barre (4 juillet 2010)

par Jean-Marc Schiappa, président de l’IRELP
lundi 5 juillet 2010
par  federation nationale
popularité : 49%

Mesdames, messieurs, cher(e)s ami(e)s, cher(e)s camarades,

Le XVIIIe siècle est communément et justement appelé le « Siècle des Lumières ».

Il serait cependant très exagéré, voire faux, de considérer cette marche des Lumières comme un mouvement rectiligne qui n’aurait rencontré aucun obstacle.

C’est pourtant ce qu’avait voulu faire, en son temps, l’historien François Furet pour qui, je cite, ce siècle était « relativement heureux ».

Il n’en est rien.

Si nous sommes réunis ici, c’est parce qu’il y a plus d’un siècle, la Libre Pensée avait décidé de se rassembler autour de cette stèle commémorant l’exécution du chevalier de La Barre et parce que cette exécution fut en quelque sorte la quintessence de l’absolutisme royal comme la Bastille en était le symbole.

Différents orateurs amis sont revenus ou reviendront sur les détails de cette affaire ; je ne m’y attarderai donc pas.

Evoquons les Lumières, justement …

La seule énumération de leurs noms sonne comme une canonnade, battant en brèche les remparts de la monarchie et de l’obscurantisme.
Bayle, Fontenelle, Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Diderot, d’Alembert, Condorcet, Mably, Morelly, d’Holbach, Helvétius, Raynal et bien d’autres.
Parmi les moins connus, pourquoi ne pas mentionner Sylvain Maréchal, le futur fondateur de la « Société des Hommes Sans Dieu » ?
Maintes fois reproduites, souvent clandestinement ou illégalement, leurs œuvres ont été la matrice, parfois confuse, parfois contradictoire, de brochures, pamphlets, libelles, textes innombrables qui ont constitué une véritable opinion publique.

D’un certain point de vue, la Révolution était déjà faite. Il suffira simplement, si j’ose dire, qu’elle prit conscience d’elle même, en même temps qu’elle prit conscience de sa force.

Sur le terrain propre de la libre-pensée, on sait qu’Anthony Collins a, certainement le premier, utilisé le mot (« Discours sur la Liberté de Pensée, occasionné par l’apparition et la puissance d’une secte appelée libres-penseurs » en 1713). Cet ouvrage fut traduit en français l’année suivante, avec une variante qui n’est pas pour nous déplaire, « freethinkers » devenant en français « esprits forts ». Comme on le sait, Voltaire popularisa le terme avec son Dictionnaire philosophique.

Le mot comme la démarche faisaient partie du paysage intellectuel dans la France du XVIIIe siècle.

Ainsi, on connaît une brochure anonyme imprimée en 1743 à Amsterdam (même si on ignore si elle fut réellement imprimée là-bas ou s’il s’agissait d’un camouflage, comme souvent à l’époque). Cette brochure produit de nombreuses interrogations chez les spécialistes de la littérature clandestine, à commencer par notre ami, l’historien Anthony Mc Kenna. Elle était intitulée Nouvelles libertés de penser. Ce pluriel comme ce titre soulignent l’existence de la liberté de penser non seulement comme revendication mais aussi comme affirmation.

On connaît une brochure bien plus proche de la Révolution, imprimée peut-être à Lyon, en 1786 (même si le catalogue de la Bibliothèque Nationale de France la date de 1781) et également anonyme Opuscules d’un free-thinker. Pour ceux que cela intéresse, je signale que l’IRELP vient d’obtenir copie conforme à l’original de cet important texte.

Dès 1737, un commissaire écrit « Paris et notre siècle sont féconds en ces penseurs libres ». Là également, le vocabulaire, le pluriel, la tournure même de la phrase indiquent la force et l’ampleur du phénomène.

La royauté était atteinte dans ses prétentions absolutistes.

La volonté divine incarnée dans la personne du Roi était ruinée. Elle était décapitée avant même le 21 janvier 1793.

Contre le fanatisme et l’obscurantisme, les Lumières proclamaient la tolérance et la liberté de pensée.

Mais ne voir que cela serait unilatéral.

La bête malfaisante était blessée.

Blessée, la bête était encore plus malfaisante.

Elle poursuivait les persécutions dont la plus connue est celle qui nous réunit ce jour.

Mais elle ne fut pas la seule ; Lettres de cachet, procès en cascade, interdictions diverses, censure, affaire Calas, affaire Sirven, affaire Lally-Tollendal, exils, embastillements, émeutes de la faim dont les mutins étaient pendus quand ils n’étaient pas tués sur place, émeute dite Réveillon qui vit, en avril 1789, plusieurs centaines de fusillés par la troupe royale.
Ce n’est qu’en mai 1788 que la question préalable, c’est-à-dire la torture, est abolie. Mesure tardive, trop tardive, sans autre signification que de sonner la fin du système judiciaire de l’Ancien Régime, et donc, la fin de l’Ancien Régime, lui-même.

Des pasteurs et des prédicants protestants sont pendus notamment à Montpellier, y compris en 1746 et 1752 ; les huguenots sont condamnés fréquemment aux galères.

C’est en raison de ces persécutions voulues et bénies par l’Eglise catholique que, globalement, les protestants ont basculé dans le soutien à la Révolution française comme, plus tard, dans le soutien et la rédaction de la Loi de séparation.

Les persécutions ne sont pas d’un autre siècle, elles ne sont pas d’un autre temps.

Le reproche fait à la Libre Pensée d’être « dépassée » n’est que la nouvelle forme du vieux cri de haine porté par les obscurantistes contre les Lumières.
Nous sommes toujours au temps des persécutions religieuses.

Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, depuis des années, en Italie, le juge Luigi Tosti est victime de persécutions sur le plan pénal, financier, professionnel pour ne pas avoir voulu rendre la justice devant un crucifix.
Ne pas vouloir statuer devant un crucifix, ne pas vouloir saluer une procession, c’est la même démarche de liberté individuelle.

En face, la volonté répressive est la même.

La différence entre la répression contre le chevalier de La Barre et celle contre le juge Tosti est une différence de degré, non de nature.
Nous inspirant de la tradition de Voltaire, nous avons défendu le juge Tosti. Nous avons enregistré des succès et le juge Tosti, plus que nous. Cependant, il est toujours sous le coup de procédures professionnelles.
Nous avons multiplié les démarches auprès des autorités italiennes. Nous avons demandé, pour le moment, en vain, à être reçus à l’ambassade d’Italie à Paris pour témoigner de nos inquiétudes.

Surtout, nous avons reçu cette semaine le courriel suivant de celui qui est devenu notre ami, le juge Luigi Tosti ; il nous remercie chaleureusement de notre activité, exactement « Je remercie M. Marc Blondel, Christian Eyschen, Jean-Marc Schiappa, Roger Lepeix, l’Association La Libre Pensée Française, l’Institut de Recherches et d’Etudes de la Libre Pensée et l’lIHEU pour l’initiative qui a été prise en direction de l’ambassadeur d’Italie en France » et Luigi Tosti nous demande de l’informer sur les détails de constitution de l’Association Internationale de la Libre Pensée. Comme vous le savez, à Oslo, en août 2011, avec d’autres, nous proclamerons cette Internationale. Luigi Tosti a demandé à être présent avec nous à Oslo.
Nous avons besoin de cette Internationale pour combattre les obscurantismes.


Agenda

<<

2019

 

<<

Novembre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
28293031123
45678910
11121314151617
18192021222324
2526272829301
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Annonces

RETROUVEZ LA LIBRE PENSEE SUR TWITTER


Brèves

17 mars 2014 - EN HOMMAGE A MARC BLONDEL

Madame, Monsieur,
Chers amis, chers camarades,
Mes Sœurs et mes Frères,
La Fédération nationale (...)

23 avril 2012 - ABROGATION DE LA LOI DEBRE
sur "petition publique"

vous pouvez également signer la pétition pour l’abrogation de la loi Debré sur lesite de Pétition (...)

6 août 2011 - Le professeur Suisse licencié pour avoir voulu décrocher un crucifix est réintégré

Dans une brève parue le 28 janvier dernier, la Fédération Nationale informait avec indignation, (...)

28 janvier 2011 - Valais (Suisse) : Un prof licencié pour avoir décroché un crucifix

Un article très récent du "Matin" (le principal quotidien suisse francophone) rapporte qu’ "Un (...)

16 octobre 2010 - COMMUNIQUE

"Je suis jeune, tendez moi la main", Arthur Rimbaud
La Libre Pensée, plus vieille (...)