Débat sur l’identité nationale :
La Libre Pensée n’en sera pas !

lundi 23 novembre 2009
par  federation nationale
popularité : 80%

Le Président de la République a annoncé, dans son discours du 12 novembre à la Chapelle en Vercors, sa décision de lancer « un grand débat sur l’identité nationale ». La Fédération nationale de la Libre Pensée tient à exprimer publiquement l’inopportunité de cette initiative et son refus de participer à un tel débat et les raisons de ce refus.

Qu’est-ce qu’une nation ?

La Libre Pensée s’honore d’avoir compté dans ses rangs Ernest Renan dont la conférence à la Sorbonne sur « Qu’est-ce qu’une nation ? » est rentrée dans l’histoire. Pour lui, une nation n’est pas constituée « par la race, la langue, la religion, la communauté d’intérêts, la géographie ». Ce sont deux choses : « l’une vient du passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. L’homme, messieurs, ne s’improvise pas… L’homme est tout dans la formation de cette chose sacrée qu’on appelle un peuple. »

Pour la Libre Pensée, « l’identité nationale », c’est-à-dire la nation n’est pas le produit de la nécessité, mais bien du hasard. C’est comme disait Ernest Renan : « L’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu est une affirmation perpétuelle de vie. »

En France, la question de l’identité nationale a été réglée en 1793 quand la Constitution de l’An I a défini de façon nette et précise comment on pouvait devenir « citoyen français » dès lors qu’il n’y avait plus de sujets (depuis 1789) ni de citoyens actifs et de citoyens passifs, mais uniquement des citoyens français, égaux en droits.

Qu’est-ce qu’un citoyen ?

« Tout homme né et domicilié en France, âgé de vingt et un ans accomplis, tout étranger âgé de vingt et un an accomplis, qui domicilié en France depuis une année
y vit de son travail ;
ou acquiert une propriété ;
ou épouse une Française ;
ou adopte un enfant ;
ou nourrit un vieillard ;
tout étranger, enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l’humanité ;
est admis à l’exercice des droits de citoyen français. »

(Article 4 de la Constitution de 1793).

Poser de nouveau la question de l’identité nationale aujourd’hui revient donc inévitablement à remettre en cause l’héritage de la Révolution Française. La démocratie n’impose aux citoyens aucune valeur : être citoyen, c’est avoir des droits sans être contraint de partager des valeurs philosophiques ou politiques. Un citoyen a parfaitement le droit de critiquer les lois qu’il juge mauvaises et d’œuvrer à leur changement.

Vouloir fonder la citoyenneté sur l’acceptation des lois revient à mettre en place une dictature où il est impossible de critiquer les lois. Autant les droits sont précis et clairement définis, autant les « valeurs nationales » sont subjectives, floues et sujettes à controverses parce qu’elles se fondent sur des sentiments, des sensations et l’émotion au contraire des droits qui sont concrets, matériels et incontestables.

Ce « débat » gouvernemental a, visiblement, des intentions électoralistes et la proximité des élections régionales n’est pas pour rien dans ce calcul politique. Mais il est aussi lié à la question du port de la burqa et du voile intégral dans la rue. Il ne vise, en fait, qu’à créer un climat de peur permanent pour une grande partie de la population.


Partisane des libertés démocratiques fondamentales, dont la liberté d’expression, d’opinion et d’association, la Fédération nationale de la Libre Pensée ne saurait participer à une opération de stigmatisation des « mal pensants ».

Paris, le 23 novembre 2009


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