il faut obtenir la réhabilitation complète des Fusillés pour l’exemple de la Guerre de 1914-1918.

jeudi 19 novembre 2009
par  federation nationale
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Amis, Citoyens, Compagnons, Camarades,

Je vous apporte le salut de la Fédération nationale de la Libre Pensée et de la Fédération Nationale Laïque des Monuments pacifistes.

Des rassemblements comme celui-ci, il y en a aujourd’hui dans toute la France, avec une exigence commune : il faut obtenir la réhabilitation complète des Fusillés pour l’exemple de la Guerre de 1914-1918.

Par notre action incessante et féconde, nous avons amené le Président de la République à reconnaitre, dans son discours du 11 novembre 2008, la pleine entière justesse et justice de notre combat. Il n’a manqué qu’un mot : réhabilitation !

D’ores et déjà, cinq Conseils généraux ont adopté des résolutions en direction de la Présidence de la République pour demander cette réhabilitation. Il s’agit de l’Aisne, de l’Allier, de la Corrèze, de l’Oise et de la Haute-Saône. C’est pourquoi, en commun avec nos amis des autres associations, nous allons nous adresser à l’ensemble des Conseils généraux pour qu’ils adoptent des motions allant dans ce sens.

Nous nous félicitons que le Président du Conseil régional des Pays-de-Loire se soit adressé aussi à Nicolas Sarkozy pour demander cette réhabilitation. A l’initiative de la Libre Pensée, des milliers de signatures ont été recueillies sur la Lettre ouverte au Président de la République pour cette réhabilitation. Nous vous appelons à la contresigner massivement.

Un large mouvement d’opinion est donc engagé pour que l’hommage de la République soit enfin rendu à tous ces hommes victimes de la folie de la guerre et de la barbarie militaire.

Amis, Citoyens, Compagnons, Camarades,

Il fut un temps :

- Où on enrôla les hommes en les faisant quitter les villes et les campagnes.
- Où on les mystifia par des discours pleins d’ostracisme et de haine contre leurs frères des autres pays.
- Où on les revêtit d’un uniforme, différent selon les frontières.
- Où ils furent garance, puis bleu horizon d’un côté du Rhin.
- Où, de l’autre côté, ils étaient feldgraus.

Alors, la question était posée et se pose toujours : Qu’est-ce qu’un homme ?

Son uniforme, son casque, son fusil ?

Le fusil et sa ligne de mire sont-ils l’horizon indépassable du militaire en temps de guerre ?

En bref, qu’est-ce qui est le plus important : la manière de tuer ou la manière de vivre ?

Amis, Citoyens, Compagnons, Camarades,

Le bilan de la Première Guerre mondiale est effroyable. Pour notre seul pays : 1 397 000 soldats et 300 000 civils morts, 4 266 000 blessés dont 740 000 mutilés, 640 000 veuves, 760 000 orphelins.

cette horreur s’ajouta la terreur instituée pour faire obéir les hommes. Après l’échec de l’offensive en Lorraine, en août 1914, le général Joffre, commandant en chef des armées, demanda l’instauration de cours martiales. Messimy, ministre de la Guerre, donna alors aux autorités militaires des pouvoirs exceptionnels.
 
D’août 1914 à septembre 1918, les conseils de guerre ont prononcé 2 500 condamnations à mort ; avec les exécutions sommaires (les officiers pouvaient alors légitimement abattre sans jugement un soldat), ce sont plus de 600 soldats qui ont été fusillés "pour l’exemple", des hommes choisis au hasard - ou aussi en raison de leur engagement syndical comme les ouvriers maçons Baudy, Prébost et Morange - jugés rapidement par des conseils de guerre spéciaux improvisés, condamnés à mort au moindre doute, sans moyen de se défendre, sans recours possible.
 
Insulter un officier ou s’endormir lors d’une garde, se dissimuler pour éviter de monter à un assaut suicidaire ou ne pouvoir y monter en raison de l’épuisement ou d’un état de choc psychologique, battre en retraite sans y être autorisé alors qu’on faisait partie des rares survivants d’une attaque, refuser d’aller rejoindre dans la mort des milliers de camarades des précédentes vagues d’assaut, proférer des propos jugés séditieux alors que l’on est saoul, autant de prétextes à des condamnations à mort par des officiers qui voulaient à tout prix imposer leur autorité, voire exorciser l’incompétence criminelle du Haut Commandement comme lors de l’offensive d’août 1914 ou celle du Chemin des Dames en 1917.
 
A la Chambre des députés, Pierre Brizon, qui avait participé à la conférence internationale contre la guerre à Kienthal en 1916, déclara : « J’appelle ici l’attention du gouvernement et de la Chambre en m’adressant à leurs sentiments de sympathie et de justice pour le soldat du front, plus de peine de mort pour des coups de tête. Messieurs, à l’heure où je parle on fusille les soldats sur le front ! Des balles françaises assassinent des soldats français. Nous réclamons la même discipline pour les officiers que pour les soldats. Ne fusillez pas les généraux, je ne le demande pas. Mais ne fusillez pas non plus les soldats au nom de la discipline ».
 
Pour les familles des « traîtres », pour leurs veuves et leurs orphelins, s’ajoutèrent au deuil le déshonneur public, l’humiliation face aux monuments aux morts où ne figuraient pas les noms des « lâches », le refus des pensions de guerre…
 
Dès la fin de la guerre, des familles de fusillés pour l’exemple engageront le combat pour la réhabilitation avec l’appui de la Ligue des Droits de l’homme, d’associations d’anciens combattants, de syndicats, députés et partis. 40 victimes seront réhabilitées avant que n’éclate la seconde guerre mondiale.
 
Depuis 1988, la Libre Pensée a été à l’initiative de rassemblements le 11 novembre contre la guerre, revendiquant notamment que les fusillés pour l’exemple soient réhabilités.
 
En 2008, sur le chemin des Dames, à Craonne, la Libre Pensée, la Ligue des Droits de l’Homme, l’Association Républicaine des Anciens Combattants et l’Union Pacifiste ont organisé un rassemblement national sur cette exigence de justice.
 
La réhabilitation doit devenir réalité ! Tous les fusillés pour l’exemple de 1914-1918 doivent réintégrer sans réserve la mémoire collective, à égalité avec les autres victimes de la terrifiante boucherie humaine qui ensanglanta le monde au début du vingtième siècle.
 
A l’heure, où le monde entier résonne encore des bruits de la guerre, où pas un continent n’est épargné par les massacres commis en uniforme, où la peur des hommes, des femmes, des enfants, de vieillards est sans cesse alimentée par la violence d’autres hommes en treillis, le gouvernement français fait voter un budget militaire de 32 milliards d’euros.

Ce budget est la conséquence de la réintégration de la France dans le commandement militaire de l’OTAN et du vote de la Loi de programmation militaire 2009-2014 qui engloutira ces prochaines années 186 milliards d’euros au bénéfice de la Défense, dont 102 milliards seront consacrés à l’équipement des forces.

Et la guerre continue en Afghanistan où les troupes tricolores participent de la répression et des massacres contre les populations civiles. L’armée française est présente sur tous les continents pour faire régner un ordre qui n’est pas celui des peuples et des nations libres. Aujourd’hui, près de 2,50% du Produit Intérieur Brut (le fameux PIB) est consacré aux armements et à la guerre. Il en faudrait à peine 1% pour faire disparaître la faim dans le monde !

Comment ne pas penser à ce que proclamait le Manifeste de Zimmerwald en 1915 : « Les institutions du régime capitaliste qui disposent du sort de peuples, les gouvernements (monarchiques ou républicains), la diplomatie secrète, les puissantes organisations patronales, les partis bourgeois, la presse capitaliste, l’Eglise - sur elles repose toute la responsabilité de cette guerre, surgie d’un ordre social qui les nourrit. »

Comment ne pas voir aussi la clairvoyance du Manifeste de Kienthal en 1916 : « Ni vainqueurs ni vaincus, ou plutôt tous vaincus, c’est-à-dire tous saignés, tous épuisés : tel sera le bilan de cette folie guerrière. Les classes dirigeantes peuvent ainsi constater la vanité de leurs rêves de domination impérialiste…

Le vrai but de cette boucherie mondiale est, pour les uns de s’assurer la possession du butin qu’ils ont rassemblé pendant des siècles et au cours d’autres guerres ; pour les autres d’aboutir à un nouveau partage du monde, afin d’augmenter leur lot en annexant des territoires, en écartelant des peuples, en les rabaissant au niveau des parias. Vos gouvernements vous disent qu’il faut continuer la guerre pour tuer le militarisme. Ils vous trompent. Le militarisme d’un peuple ne peut être ruiné que par ce peuple lui-même. Et le militarisme devra être ruiné dans tous les pays….

Voilà le parti des prolongeurs de la guerre. A lui les forces gouvernementales, à lui les journaux menteurs, empoisonneurs des peuples, à lui la liberté de propagande pour la continuation des massacres et des ruines. Et à vous, les victimes, le droit de vous taire et de souffrir l’état de siège, la censure, la prison, la menace, le bâillon….

Peuples qu’on ruine et qu’on tue, debout contre la guerre ! Courage ! N’oubliez pas que, malgré tout, vous êtes encore le nombre et que vous pourriez être la force. Que dans tous les pays, les gouvernements sentent grandir en vous la haine de la guerre et la volonté de revanches sociales, et l’heure de la paix sera avancée. »

Il suffirait de remplacer le mot « militarisme » par celui de « terrorisme » pour voir que rien n’a vraiment changé.

Combattre pour la réhabilitation des Fusillés pour l’exemple, ce n’est pas un simple devoir de justice pour le passé, c’est un formidable message pour le présent et l’avenir.

Réhabiliter les Fusillés, c’est refuser l’arbitraire et le crime en toutes circonstances, d’où qu’ils émanent, et c’est admettre comme principes démocratiques fondamentaux le droit à la désobéissance, le devoir de conscience et le désir de survivre.

Qui peut prétendre que ce monde inquiet, qui sent la poudre, à force de s’armer et de se sur-armer, pourra-t-il, un jour, éviter le conflit général ? Qui peut prétendre que nous, ou nos enfants, ne devront pas revêtir un jour l’uniforme pour défendre des intérêts qui ne sont pas les nôtres ? Qui peut prétendre que la folie de quelques-uns n’entrainera pas le cataclysme pour tous les autres ?

Jean Jaurès, dont on fête le 150e anniversaire de la naissance cette année, avait eu une claire vision des problèmes posés. Dans son dernier article, le jour de son assassinat, le 31 juillet 1914, il écrivait : « Le péril est grand, mais il n’est pas invincible si nous gardons la clarté de l’esprit, la fermeté du vouloir, si nous savons avoir à la fois l’héroïsme de l’action. La vue nette du devoir nous donnera la force de le remplir. …. Ce qui importe avant tout, c’est la continuation de l’action, c’est le perpétuel éveil de la pensée et de la conscience ouvrière. Là est la vraie sauvegarde. Là est la garantie de l’avenir ».

Tel est le combat que nous vous proposons de mener ensemble et jusqu’au bout, sans trêve ni relâche.

Et on n’aura pas fini d’entendre dans tout le pays, le mot d’ordre des combattants de la liberté :

Ni dieu, ni Maître !
A bas la Calotte !
Et vive la Sociale !

Je vous remercie.


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