DECLARATION DE LA FEDERATION NATIONALE DE LA LIBRE PENSEE DEVANT LA MISSION PARLEMENTAIRE

- PARIS 16 SEPTEMBRE 2009 –
jeudi 17 septembre 2009
par  federation nationale
popularité : 53%

La commission parlementaire sur le port du voile intégral, présidée par André Gerin (rapporteur Eric Raoult) poursuit ses investigations. Le 16 septembre, elle a entendu les représentants d’un certain nombre d’associations de défense de la laïcité, dont la Fédération Nationale de la Libre Pensée.

Marc Blondel, dans son intervention s’est étonné (voir ci-dessous) que ni la Ligue des Droits de l’Homme, ni la Ligue de l’Enseignement n’aient été invitées.

En réponse, le Président Gerin a fait savoir à Marc Blondel que ces associations seraient entendues. Dont acte.

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Vous avez sollicité l’avis de notre association sur la question du port de la Burqa dans la rue. Indiquons tout d’abord notre étonnement que l’on puisse discuter de ce vêtement sans débattre de tous les autres vêtements prescrits par les autres religions.

Nous tenons à préciser que, pour les Libres Penseurs, il est indéniable que le port imposé de la burqa ou du niqab est un symbole de l’oppression. Mais en quoi le port de la soutane pour les prêtres, de la robe de bure pour les moines, de la robe et de la cornette pour les religieuses, du schtreimel, du spodik ou du caftan pour certains juifs est-il moins oppressif que le port de la burqa pour certaines musulmanes ?

Rappelons que ce sont toujours les dictatures qui ont voulu imposer un mode de vie et des modes vestimentaires. En 1872, le tsar Alexandre II a interdit, en Pologne, alors sous occupation russe, le port des papillotes et des longs manteaux (costume traditionnel) pour les juifs. Le Code civil de Napoléon Ier interdisait le port du pantalon pour les femmes. De 1967 à 1974, la Grèce des colonels a interdit les cheveux longs et la minijupe. L’Histoire regorge de ces tentatives totalitaires de vouloir régenter la vie des gens.

Il nous semble qu’interdire le port de la burqa, dans ce que nous considérons comme la sphère privé, est attentatoire aux libertés individuelles et démocratiques. Il semble aussi que nous soyons désormais dans une logique qui tend à restreindre toujours davantage la liberté de comportement des personnes. La population est toujours davantage surveillée, contrôlée, fichée. L’Histoire montre aussi qu’en renforçant sans cesse les pouvoirs du Pouvoir, on diminue toujours les libertés démocratiques des citoyens, les Elus républicains que vous êtes, ne peuvent être insensibles à cet environnement.

Et maintenant, la puissance publique va décréter comment les gens doivent s’habiller dans la rue ? Notre pratique de l’engagement politique et militant nous conduit, ensuite, à nous interroger : Comment ferez-vous appliquer cette décision, en cas de refus des personnes ? Une telle décision est à la fois inapplicable et source d’affrontements considérables. Le rôle du législateur n’est pas d’allumer des brûlots, mais de permettre que chacun puisse vivre en paix, selon ses choix et ses éventuelles convictions.

Libres penseurs, partisans du libre examen, pour nous, le concept ne doit jamais précéder la preuve. Nous récusons les acrobaties juridiques de ceux qui, voulant interdire la burqa, et la seule burqa, pour les femmes musulmanes, en viennent à inventer des catégories juridiques aussi fumeuses qu’inexistantes.

Ainsi, certains tentent de remplacer la notion de « sphères » publique et privée par la notion « d’espaces » public et privé. La loi de 1901 a codifié la sphère privée et la loi de 1905 a délimité la sphère publique. Cette tentative de substitution lexicale n’est pas neutre.
Le mot sphère –qui en géométrie est une figure correspondant à une surface fermée et qui au sens figuré, est donc un domaine limité, une étendue restreinte. Alors que l’espace, philosophiquement, serait un milieu idéal indéfini ; par exemple, l’immensité de l’espace céleste ou le champ de l’imagination. L’espace est indéfini par nature.
En inventant, littéralement, la notion d’espace public dans lequel devrait s’appliquer la laïcité, uniquement d’ailleurs pour les musulmanes, on élargit tellement le principe de laïcité qu’on le rend inopérant. En étant partout, la laïcité ne serait plus nulle part. La laïcité est une frontière, avec de telles dispositions, on abolirait cette frontière qui est garante de la liberté de conscience pour tous.

Cela serait appliquer la définition théologique du Saint-Esprit à la nécessaire séparation des Eglises et de l’Etat : « la circonférence est nulle part, le noyau partout et l’Esprit souffle où il veut ».

Rappelons :
- La laïcité n’est pas une philosophie ni un art de vivre, sinon elle s’apparenterait à une religion, c’est un mode d’organisation politique des institutions. Elle vise, par la séparation des Églises et de l’État (loi de 1905), à distinguer institutionnellement le domaine de l’Administration et des services publics du domaine privé de la vie des citoyens.
- La laïcité, comme principe politique d’organisation, s’applique aux institutions et non aux individus. C’est cette claire distinction, mise en œuvre par la loi sur la liberté d’association du 1er juillet 1901, et par la Loi du 9 décembre 1905 qui garantit la non-ingérence des conceptions métaphysiques dans le domaine public pour mieux garantir la liberté d’opinion et de comportement dans le domaine privé.

Dans cette acception, il est logiquement républicain et laïque d’interdire tout signe d’appartenance religieux à l’École publique et pour les agents du service public. C’est ce qu’ont fait la loi Goblet de 1886, la Loi de 1905 et les circulaires Jean Zay de 1936 et 1937. En revanche, la loi n’a pas à dicter les modes vestimentaires dans le domaine privé, ou tout autre comportement, tant que ceux-ci ne sont pas une menace pour la vie d’autrui.

Une précision avant de répondre à vos questions éventuelles, comme aucun ne l’ignore nous sommes, à la Libre Pensée, intéressés par l’évolution sociale et c’est ainsi que nous prônons et revendiquons l’égalité des droits, y compris entre sexes. Nous estimons alors qu’il appartient aux femmes, et aux femmes seules, de déterminer leur comportement.

Pour terminer, nous voudrions faire part de notre étonnement quand nous avons appris que la Ligue de l’Enseignement et la Ligue des Droits de l’Homme n’avaient toujours pas été invitées pour être auditionnées par votre Mission parlementaire.

Elles nous ont demandé de vous faire part de leur profonde identité de vue avec la Fédération nationale de la Libre Pensée sur ce problème.

Voilà ce que nous voulions vous dire.

Merci de votre attention.

Marc Blondel,
Président de la Fédération nationale de la Libre Pensée


Vous pouvez également écouter et voir cette intervention, ainsi que les réponses de Marc Blondel aux questions des députés sur Youtube ou via le site de la FNLP


Agenda

<<

2019

 

<<

Novembre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
28293031123
45678910
11121314151617
18192021222324
2526272829301
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Annonces

RETROUVEZ LA LIBRE PENSEE SUR TWITTER