De retour du Congrès national de la Libre Pensée

Emission du dimanche 13 septembre 2009
lundi 14 septembre 2009
par  libre pensee2
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Chers auditeurs, bonjour.

Au micro, Evelyne Salamero, Présidente de la Libre Pensée de Paris, je suis accompagnée de Sylvie Midavaine, Présidente de la Libre Pensée de Savoie et de Marc Blondel, Président de la Fédération nationale de la Libre Pensée.
Nous avons participé tous trois au Congrès national de la Libre Pensée qui s’est tenu en Savoie dans un charmant village du nom de Peisey-Nancroix, sur la Vanoise. Ce sont 200 délégués mandatés, dont plus de 30% du sexe féminin par plus de 80 fédérations départementales qui ont animé ce congrès annuel.

Sylvie, toi qui en a été l’organisatrice, peux-tu nous dire un mot sur ta région ?

Sylvie Midavaine : L’histoire de la Savoie n’est pas banale. De tous temps, en Europe, elle a été un carrefour de routes, de marchandises, d’architecture et surtout d’idées. Actuellement, nous sommes à la veille de la commémoration du 150ème anniversaire de l’annexion de la Savoie à la France.

A cette époque (mars 1860), le royaume de Piémont Sardaigne, dont le monarque est Victor Emmanuel II, cède ce que l’on nomme le « berceau dynastique » c’est-à-dire la Savoie en échange de l’aide militaire de Napoléon III. Il faut dire que cette province a constamment entretenu des relations avec la France et que donc, inévitablement, elle devait devenir française.

En 1880, comme partout en France, les savoyards fêtent la révolution française en célèbrant pour la première fois le 14 juillet. Et en 1905, ce sont 7 parlementaires de Savoie sur 8 qui votent en faveur de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat.

Ce vote montre qu’il y avait là des forces laïques vivantes. En effet, si la franc- maçonnerie a lancé l’impulsion républicaine en Savoie, la Libre Pensée y a été organisée dès 1882. C’est à Chambéry que nait le 1er groupe de libres penseurs qui se nomme alors fort opportunément : « La Conscience Affranchie ».

C’est donc avec un réel plaisir que notre fédération a, cette année, organisé et accueilli pour la première fois un Congrès national de la Libre Pensée en Savoie.

Evelyne Salamero : Marc, ce congrès a-t-il était une réussite ?

Marc Blondel : Oui, ce fut un bon congrès, comme l’on dit, et sur tous les points. Grâce à l’efficacité de nos camarades de la Savoie et à leur gentillesse, nous avons eu de bonnes conditions de travail, d’hébergement et de restauration. Ce qui est toujours important pour les libres penseurs qui sont aussi des libres mangeurs ! quelque peu épicuriens. Nous avons aussi été chaleureusement salués par des associations amies et nous avons reçu de nombreux messages de salut et de soutien.

Je ne peux les citer tous, mais la plupart des associations laïques de ce pays, des partis de la gauche laïque et républicaine, des crématistes, des espérantistes et de nombreuses associations de libre pensée du monde entier ont tenu à nous exprimer leurs amitiés militantes.
Les 200 délégués ont beaucoup travaillé et adopté de nombreuses résolutions qui, en quelque sorte, fixent nos objectifs dans l’immédiat. Je citerais quelques revendications : l’obtention d’une salle municipale pour les funérailles civiles. Nos Fédérations départementales ont beaucoup agi sur cette question et obtenu quelques précédents prometteurs. Le Congrès national a décidé d’intensifier cette démarche, notamment auprès des pouvoirs publics qui ne peuvent plus rester silencieux sur cette question.
Celle aussi d’obtenir une légalisation de l’aide active à mourir, que nous n’opposons nullement aux soins palliatifs. Nous entendons que la liberté de conscience des patients soit pleinement respectée pour ceux qui veulent finir leur vie sans souffrir et dans la dignité, comme pour ceux qui veulent aller jusqu’au bout du chemin.

Evelyne Salamero : Cette question a aussi trouvé un prolongement naturel dans l’affirmation que la recherche scientifique et médicale ne devait pas être brimée pour des raisons religieuses. Avec d’éminentes personnalités comme le professeur Axel Kahn, la Libre Pensée organise un grand colloque à la Faculté de médecine de Paris, que tu présideras, Marc, le 10 octobre 2009, sur la question de l’embryon, à l’occasion de la révision prochaine des lois sur la bioéthique. Là aussi, nous refusons le diktat des religieux qui occasionne, qu’on le veuille ou non, un certain retard de la recherche médicale en France.

Pour en revenir au congrès, Sylvie, peux-tu résumer la pensée générale qui s’est exprimée lors de ce Congrès national ?

Sylvie Midavaine : Le Congrès de la Libre Pensée a tenu à rappeler que la reconnaissance et l’institutionnalisation des communautés est à l’opposé des valeurs de la République laïque, une et indivisible : la République reconnaît les seuls citoyens, garantie pour chacun d’acquérir une véritable liberté de conscience. Dans une situation particulière marquée par une crise financière sans précédent sapant les bases mêmes du capitalisme et par la publication d’une nouvelle encyclique présentée comme le complément de la doctrine sociale de l’Eglise, le Congrès a estimé nécessaire de faire une déclaration générale : Depuis la Révolution française, l’Eglise n’a pas cessé de lutter, ouvertement ou non contre la République. Aujourd’hui, il s’agit de tout autre chose. Il lui faut sauver le capitalisme et le régime. Toutes les forces de l’obscurantisme accumulées depuis des années sont rassemblées dans cet objectif.

Le Congrès a aussi constaté que les « évènements » qui surgissent régulièrement autour du voile islamique, des croix, des kippas et des burqas ont pour seul objet d’affirmer l’existence et la reconnaissance de communautés aux traditions différentes se heurtant aux exigences de la laïcité institutionnelle et de prôner en conséquence une laïcité tantôt « ouverte », tantôt « plurielle », tantôt « positive ». A la fraternité républicaine, à l’égalité des droits pour tous les citoyens, à la liberté de conscience, le parti clérical cherche à substituer la mosaïque des communautés au nom du « droit à la différence », générateur potentiel d’une différence des droits et donc de conflits.

Il faut avoir conscience que le droit laïque et républicain n’instaure pas pour autant un athéisme officiel, car la République laïque accueille à égalité tous les citoyens, indifféremment de leurs opinions personnelles et de leurs traditions culturelles. S’intégrer dans la République laïque n’implique pas de se « convertir », mais d’accepter et de respecter la sphère publique ainsi que les lois conçues dans l’intérêt commun. C’est en cela que la laïcité n’a rien d’une « exception française », qu’elle a valeur universelle et qu’elle est émancipatrice tant au niveau de la société que de l’individu.

En conséquence, le Congrès a rappelé ces exigences fondamentales pour la sauvegarde de la République laïque, une et indivisible, que je cite :
- strict respect de la loi de 1905,
- abrogation de toutes les lois anti-laïques,
- abrogation du statut d’exception clérical d’Alsace-Moselle,
- abrogation du décret du 16 avril 2009 relatif à la collation des grades (Accord Kouchner/Vatican)

Evelyne Salamero : Sylvie parlait du voile islamique. Marc, quelle est la position de la Libre Pensée sur la proposition d’interdiction de la burqa dans la rue ?

Marc Blondel : Nous allons être auditionnés le 16 septembre par la Mission parlementaire sur ce sujet. A l’unanimité, les 200 délégués à notre congrès ont pris une position claire. C’est ce que nous allons dire aux parlementaires, je m’explique : Il est indéniable que le port imposé de la burqa ou du niqab est un symbole de l’oppression. Mais en quoi le port de la soutane pour les prêtres, de la robe de bure pour les moines, de la robe et de la cornette pour les religieuses, du schtreimel, du spodik ou du caftan pour certains juifs est-il moins oppressif que le port de la burqa pour certaines musulmanes ?

Rappelons que ce sont toujours les dictatures qui ont voulu imposer un mode de vie et des modes vestimentaires. En 1872, le tsar Alexandre II a interdit, en Pologne, alors sous occupation russe, le port des papillotes et des longs manteaux (costume traditionnel) pour les juifs. Le Code civil de Napoléon Ier interdisait le port du pantalon pour les femmes. De 1967 à 1974, la Grèce des colonels a interdit les cheveux longs et la minijupe. L’Histoire regorge de ces tentatives totalitaires de vouloir régenter la vie des gens.

Il nous semble qu’interdire le port de la burqa, dans ce que nous considérons comme la sphère privé, est attentatoire aux libertés individuelles et démocratiques. Il semble aussi que nous soyons désormais dans une logique qui tend à restreindre toujours davantage la liberté de comportement des personnes. La population est toujours davantage surveillée, contrôlée, fichée. L’Histoire montre aussi qu’en renforçant sans cesse les pouvoirs du Pouvoir, on diminue toujours les libertés démocratiques des citoyens.

Faut-il alors que la puissance publique décrète comment les gens doivent s’habiller dans la rue ? Comment fera-t-on appliquer cette décision, en cas de refus des personnes ? Une telle décision est à la fois inapplicable et source d’affrontements considérables. Le rôle du législateur n’est pas d’allumer des brûlots, mais de permettre que chacun puisse vivre en paix, selon ses choix et ses éventuelles convictions.

Libres penseurs, partisans du libre examen, pour nous, le concept ne doit jamais précéder la preuve. Nous récusons les acrobaties juridiques de ceux qui, voulant interdire la burqa, et la seule burqa, pour les femmes musulmanes, en viennent à inventer des catégories juridiques aussi fumeuses qu’inexistantes.

Ainsi, certains tentent de remplacer la notion de « sphères » publique et privée par la notion « d’espaces » public et privé. La loi de 1901 a codifié la sphère privée et la loi de 1905 a délimité la sphère publique. Cette tentative de substitution lexicale n’est pas neutre.
Ainsi, le mot sphère –qui en géométrie est une figure correspondant à une surface fermée et qui au sens figuré, est donc un domaine limité, une étendue restreinte. Alors que l’espace— qui philosophiquement serait un milieu idéal indéfini, c’est, par exemple, l’immensité de l’espace céleste ou le champ de l’imagination. L’espace est indéfini par nature.
En inventant, littéralement, la notion d’espace public dans lequel devrait s’appliquer la laïcité, uniquement d’ailleurs pour les musulmanes, je le rappelle, on élargit tellement le principe de laïcité qu’on le rend inopérant. En étant partout, la laïcité ne serait plus nulle part. La laïcité est une frontière. Avec de telles dispositions, on abolirait cette frontière qui est garante de la liberté de conscience pour tous.

Cela serait alors appliquer la définition théologique du Saint-Esprit à la nécessaire séparation des Eglises et de l’Etat : « la circonférence est nulle part, le noyau partout et l’Esprit souffle où il veut ».
Il nous faut préciser que la laïcité n’est pas une philosophie ni un art de vivre, c’est un mode d’organisation politique des institutions. Elle vise, par la séparation des Églises et de l’État (loi de 1905), à distinguer institutionnellement le domaine de l’Administration et des services publics du domaine privé de la vie des citoyens.

La laïcité, comme principe politique d’organisation, s’applique aux institutions et non aux individus. C’est cette claire distinction, mise en œuvre par la loi sur la liberté d’association du 1er juillet 1901, et par la Loi du 9 décembre 1905 qui garantit la non-ingérence des conceptions métaphysiques dans le domaine public pour mieux garantir la liberté d’opinion et de comportement dans le domaine privé.

Dans cette acception, il est logiquement républicain et laïque d’interdire tout signe d’appartenance religieuse à l’École publique et pour les agents du service public. C’est ce qu’ont fait la loi Goblet de 1886, la Loi de 1905 et les circulaires Jean Zay de 1936 et 1937. En revanche, la loi n’a pas à dicter les modes vestimentaires dans le domaine privé, ou tout autre comportement, tant que ceux-ci ne sont pas une menace pour la vie d’autrui.

Evelyne Salamero : Pour être complet, notre congrès a aussi tenu à voter une motion unanime sur l’égalité des droits. Je vais vous en donner lecture : « Fidèle à sa tradition la Fédération Nationale de la Libre Pensée se prononce résolument pour la pleine égalité des droits des femmes et des hommes. Elle refuse toutes les oppressions religieuses, sociales, économiques, politiques et culturelles. La Libre Pensée considère toutes les discriminations, quelque dénomination qu’elles portent, comme profondément contraires à la démocratie, à la République et à la laïcité. La discrimination est, par essence, contraire à l’égalité et par suite à l’émancipation humaine.

Au nom de la défense des principes des Droits de l’Homme et du Citoyen (qui sont ceux de tous les hommes, quelles que soient leur sexe, leur couleur de peau ou leurs origines ethniques), elle condamne toute forme d’oppression par les dogmes, les traditions religieuses et les superstitions, d’asservissement politique, de discrimination sociale ou de conditionnement vestimentaire. Elle insiste, de nouveau, sur l’indispensable effort d’éducation que la République doit mettre en œuvre, à l’Ecole publique en particulier, pour une société républicaine, fraternelle et laïque, débarrassée de préjugés, base même de l’harmonie entre des citoyens égaux. Seule, la pleine, complète et véritable égalité des droits entre tous, peut conduire à une réelle émancipation humaine. »

Sylvie, en dehors de cette position événementielle, le congrès a abordé la situation de manière plus large, la question de l’Union européenne par exemple ?

Sylvie Midavaine : Oui, nécessairement. Jamais n’ont été appliquées avec autant de zèle et de clarté les consignes de l’Union européenne. Dans la continuité du Traité d’Amsterdam et du projet de Constitution européenne, le Traité de Lisbonne signé en décembre 2007 par les 27 chefs d’État, en cours de ratification, stipule en son article 17-C : « reconnaissant leur identité et leur contribution spécifique, l’Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les Églises ». Cet article est en totale contradiction avec la loi de 1905 et en particulier avec son article 2 qui indique que « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ».

Je voudrais également rajouter que le Congrès s’est penché sur la mise en œuvre de la nécessaire solidarité entre libres penseurs, solidarité inscrite dans les statuts de la Libre Pensée depuis sa fondation. Notre association Entraide et Solidarité a été crée pour cela en 1961. Elle vient de décider d’adhérer à Solidarité laïque pour renforcer son action. Elle a aussi participé à la création de l’Association laïque d’Aide aux Non-voyants et Mal-voyants, association qui permet à tout Libre penseur ou sympathisant déficient visuel de bénéficier des enregistrements sur cassettes audios du mensuel de la Fédération Nationale de la Libre Pensée La Raison. Chacun peut trouver les coordonnées de cette association dans ce mensuel ou au siège national de la Libre Pensée.

Evelyne Salamero : Avant de terminer cette émission, il faut indiquer que le Congrès, a repris la question de la réhabilitation complète des Fusillés pour l’exemple de la Guerre de 1914-1918. Marc, peux-tu préciser les choses ?

Marc Blondel : Depuis de nombreuses années, la Libre Pensée mène cette action de réparation. Elle le fait maintenant conjointement avec des associations comme l’Association Républicaine des Anciens Combattants, la Ligue des Droits de l’Homme, l’Union Pacifiste et le Mouvement de la Paix.

Mais force est de constater que le Président de la République ne veut pas aller jusqu’au bout. Pour nous, il doit prononcer la réhabilitation pleine et entière de ces soldats, victimes de la barbarie de la guerre. C’est pour cette raison que nous manifesterons le 11 novembre 2009, devant les monuments pacifistes, dans toute la France, pour avoir satisfaction.

Evelyne Salamero : Tous les auditeurs qui seraient intéressés par ces différentes initiatives peuvent contacter notre siège national au 10/12 rue des Fossés-Saint-Jacques à Paris Ve. Le téléphone est le 01 46 34 21 50.

Notre prochaine émission sera consacrée à Darwin. Merci de nous avoir écoutés.


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