Qu’est ce que la Libre Pensée ?

France culture - Dimanche 9 août 2009
vendredi 14 août 2009
par  libre pensee2
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Bonjour ! Au micro : Jean-Marc SCHIAPPA, Président de l’IRELP, c’est-à-dire l’Institut de Recherches et d’Etudes de la Libre Pensée, et Marc BLONDEL, Président de la Fédération Nationale de la Libre Pensée.

M. Blondel

Nous sommes en période de congés payés, aussi avons-nous décidé de modifier quelque peu nos habitudes. Généralement à l’occasion de nos émissions sur France Culture, un de nos amis vient présenter une étude, un propos, une analyse voire une thèse, sur un sujet, ou commente une prise de position ou une initiative prise par notre association.

J.M. Schiappa

Aujourd’hui, nous vous proposons de mieux faire connaitre notre association que l’on considère comme la plus ancienne de France et de vous en expliquer son fonctionnement, son expression et son action, non seulement nationale, mais internationale.
Avant toute chose, une question dont, par avance, nous reconnaissons qu’elle est sans fin ni conclusion. Qu’est-ce que la libre pensée ?

Les approches sont multiples, ma version – c’est BLONDEL qui parle – c’est l’état d’esprit d’un individu qui refuse toute soumission physique ou intellectuelle et qui pense que l’homme, l’individu, est en mesure d’appréhender, donc de comprendre et de dominer, le sens de la vie.
C’est donc par réaction primaire et immédiate le refus des dogmes, religions et de toute vérité révélée.
Pour toi, Jean-Marc, le libre penseur c’est :

Comment répondre simplement à une question simple ? Elles sont les plus complexes. Une fois de plus, on peut chercher un élément de réponse chez ce grand poète et grand libre-penseur que fut Victor Hugo, « c’est la bouche qui dit non ». On n’est pas obligé d’accepter ce que l’on perçoit comme inacceptable. C’est cela le commencement de la libre-pensée mais le commencement seulement.

On peut donc considérer que les libres penseurs sont différents et, par analyse de l’histoire, qu’ils sont des hommes de progrès, bien souvent d’ailleurs dénoncés, menacés, poursuivis et assassinés, le mot n’est pas exagéré, par l’ordre établi.

Quelques libres penseurs historiques ou considérés comme tels : Epicure, Socrate, Paul Bert, Villon, Rabelais, Etienne Dolet, Protagoras et, pour les plus contemporains : Raspail, Auguste Blanqui, Victor Hugo, Littré, Ferdinand Buisson, Aristide Briand, Clémenceau, Emile Zola, Romain Rolland, Victor Bach, Edouard Herriot, Anatole France, Jean Jaurès, Jean Zay, Bertrand Russel et Jean Rostand.

Belle panoplie d’hommes politiques !

Attention, et c’est là une des originalités de la Fédération Nationale de la Libre Pensée, si nous sommes le produit, depuis 1848, de la rencontre des anarchistes et des marxistes de la première internationale, celle de Marx et Bakounine et des radicaux qui, à l’époque, étaient anti cléricaux et le grand parti républicain et des loges maçonniques du Grand Orient de France, nous ne sommes ni un parti ni un syndicat.

Nous considérons qu’il y a lieu de « tenir pour vrai » que ce qui est vérifiable et vérifié, la preuve précède le concept, nous pensons que toutes les positions des hommes et femmes qui nous ont précédés sont des jalons de la conscience humaine et à ce titre peuvent être discutées à la lumière des connaissances d’aujourd’hui. Pour terminer, précisons nos principes.

Chacun l’aura compris, la libre pensée est anticléricale en ce sens qu’elle refuse toute ingérence des religions dans la société civile et les institutions de la République, elle se veut fidèle à la lettre et à l’esprit de la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Elle est anti religieuse car elle considère les religions comme source d’oppression et d’obscurantisme, elle estime que l’homme doit conquérir le bonheur ou ce qu’il estime être le bonheur de son vivant et non sur l’espérance d’un paradis extra terrestre post mortem.

Elle est anti militariste car, d’expérience, elle refuse que les peuples se massacrent au nom des intérêts qui ne sont pas les leurs, elle est internationaliste et pour le désarmement unilatéral.

Elle est, enfin, anti capitaliste et sociale, car elle refuse toute exploitation économique qui, comme l’oppression politique ou religieuse, ne vise qu’à assujettir l’individu. Nous sommes pour l’émancipation totale de l’individu et son droit imprescriptible à la dignité.

Ce sont ces positions qui ont conduit nos anciens à combattre pour faire adopter la loi de 1905 et à nous, par déclinaison, à en réclamer l’application intégrale et permanente, la suppression du statut clérical d’exception d’Alsace-Moselle, la réhabilitation des fusillés pour l’exemple et initié les slogans : fonds publics à l’école publique, le curée à l’Eglise et l’instit à l’école, et à bas la calotte et vive la sociale.
Bien, mais la libre pensée, comment ca marche ?

Comme notre intitulé l’indique, nous sommes une fédération, celle-ci regroupe des fédérations départementales, dans tous les départements, ainsi que certains groupes qui s’intitulent généralement du nom d’un libre penseur passé à l’histoire.
Nous sommes donc des fédéralistes, au sens Proudhonien du terme, il ne peut être question d’être structuré autrement, la diversité d’opinions étant telle, qu’aucune expression d’ensemble ne serait acquise par soumission, même majoritaire.

Nous nous réunissons en congrès chaque année, ce qui est une originalité. Rares sont les organisations qui tiennent cette échéance. Les assemblées générales des fédérations départementales se réunissent préalablement et statuent sur les textes et orientations proposées, chaque fédération de département peut proposer une question ou un débat au congrès, question qui sera traitée par les commissions compétentes.
Cette année, le congrès se tiendra en août du 23 au 26 à Persey Nancroix en Savoie, il y aura plus de 200 participants.
Le congrès élit, avec un renouvellement régulier des membres, tous les 3 ans, une commission administrative nationale qui gère l’association, dont le siège se trouve 10/12, rue des Fossés-Saint-Jacques à Paris, près du Panthéon, derrière la mairie du Vème arrondissement. Les membres de la CAN sont d’origine différente et j’oserais dire d’âge et de sexe différents. Les auditeurs en ont d’ailleurs entendu quelques uns.

Conjointement, il existe, en permanence, des commissions spécialisées qui ont leur propre vie : commission droit et laïcité, commission économique et sociale, commission des jeunes, commission littérature, commission philosophie, commission Esperanto, commission droit et l’homme et condition féminine, commission science et commission internationale.

Et de manière structurée et équipée, l’IRELP qui se trouve rue des Pannoyaux, dans le 20ème arrondissement et dont l’ambition est de mettre à disposition du plus grand nombre les archives importantes et précieuses de la Libre Pensée depuis 1848.
Nous avons également comme objectif d’établir peu à peu, à partir de ces fonds documentaires et littéraires importants, une bibliothèque de la laïcité que nous mettrons également à disposition du public.

L’IRELP à qui l’on doit entre autres manifestations le colloque de juin au lycée Henri IV sur la défense de la Révolution Française, colloque réussit et justifié par le révisionnisme historique auquel nous assistons.

Au passage, savez-vous que la ville de Paris est l’une des seules villes importantes qui n’ait pas de rue Robespierre !
Bon tout cela est bien, mais qui parle ?

Moi, mais je suis loin d’être le seul, il y a, pratiquement, plus de 40 conférenciers compétents et dynamiques, plus ou moins spécialisés, qui se déplacent dans toute la France à la demande des fédérations départementales et des groupes qui organisent des réunions et débats publics.

Mais si elles restent parfois dictatiques, ce genre de conférences a pour objectif d’alimenter le débat, l’échange d’opinions et de connaissances, c’est plus un club de réflexion qu’une réunion de section syndicale ou politique.

Mais surtout l’expression publique de la Fédération passe par deux publications régulières : le mensuel « La Raison » que l’on peut se procurer dans certains kiosques, vendu 2 euros 50, il traite l’ensemble des dossiers et prises de positions sous forme de communiqués, les rubriques en sont riches, elles traitent, par des militants de l’association, de problèmes différents, de droit, d’histoire, d’actualité et informe des activités des fédérations.

Bien entendu ce journal ne bénéficie d’aucune publicité, n’a aucun caractère commercial, c’est un journal d’opinion, on y trouve des informations que la presse passe sous silence, ce qui explique la pétition que nous avons initiée sur les tarifs postaux. Celle-ci vaut d’ailleurs pour toutes les publications d’opinions et pour les bulletins, nombreux, des structures locales.

Plus rare, parce que trimestrielle « l‘Idée Libre » qui est la revue de la libre pensée, publie des numéros à thèmes. Le numéro 285 qui vient de paraitre, traite de l’orthodoxie, les repères politiques et sociaux d’un autre pays d’Europe, il s’agit d’articles divers sur l’église orthodoxe dans l’ensemble des pays d’Europe, de la Grèce et des Balkans.

Bien entendu on peut s’abonner, prendre contact pour cela avec le siège ou plus exactement la librairie du siège 12, rue des Fossés St Jacques, librairie ou chacun peut trouver … comme dans toute les bonnes librairies, ce qu’il cherche : des livres, études, analyses de libres penseurs, mais aussi des livres d’histoire voire des publications contemporaines.

A noter que l’expression de la libre pensée s’affirme aussi par des techniques plus contemporaines.
C’est ainsi qu’il existe des sites internet. L’un publie les communiqués, les actions voire les émissions de France Culture, qu’on peut reprendre, y compris dans la version sonore, et enfin les modalités d’adhésion, c’est-à-dire qui est plus largement consacré aux activités nationales fédérales, et un second ouvert aux fédérations, ce sont alors celles-ci qui informent de leur activités locales ou départementales.

Ces sites font l’objet d’une consultation soutenue et sont en progression.
Mais, la libre pensée n’est pas qu’une affaire française qui, en quelque sorte, ferait jonction entre contestation, le râleur français, et la spécificité laïque.
Nous entretenons des relations internationales dans de nombreux pays européens qui ont, de fait, leur propre histoire. Une aspiration vers la liberté de conscience, au niveau de l’Europe d’abord et nous en avons grandement besoin compte tenu de l’orientation de l’Union Européenne. Rappelons que sur les 27 pays seuls la France et le Portugal sont, constitutionnellement, déclarés laïques.

Ce qui signifie que dans tous les autres il y a une ou plusieurs religions d’Etat et que la tendance est grande, y compris en France, d’intégrer les Eglises dans la vie publique.

La Fédération nationale de la libre pensée est aussi adhérente à l’Union Internationale Humaniste et Laïques (IHEU) où elle retrouve les organisations anglo saxonnes, des Etats-Unis, de l’Amérique Latine et de l’Asie et de certains pays d’Afrique, structure internationale dans laquelle nous avons l’espoir d’inclure, d’ici quelque temps, une structure particulière pour la libre pensée.

Mais nous en reparlerons. Mais toutefois peut être un commentaire de circonstance sur la situation aux Etats-Unis ?

Il est habituel de dire que les Etats-Unis sont un pays religieux, la preuve en serait que le Président prête serment sur la Bible au moment de son investiture. Rien n’est plus faux. Ainsi en 1907, T. Roosevelt avait refusé de prêter serment sur la Bible, au nom justement de la séparation des Eglises et de l’Etat.
Plus récemment, on nous parle beaucoup du 40ème anniversaire important du premier pas de l’homme sur la Lune. Il faut savoir que les athées et libres penseurs de l’époque, avaient protesté, avec quelques succès d’ailleurs, contre le fait que certains astronautes avaient l’habitude de réciter des versets de la Bible sur grande antenne au moment de leurs émissions en direct de l’espace. Cela prouve bien que la séparation des Eglises et de l’Etat à une valeur universelle et d’un certain point de vue … spatiale.

Bon, je crois que nous avons présenté succinctement le rôle, le fonctionnement de notre fédération nationale de la libre pensée, nous espérons que cela éveillera l’intérêt et que des citoyens et citoyennes rejoindront notre action.

Avant de nous quitter je voudrais cependant faire un petit point d’histoire, la petite histoire. Pour annoncer notre émission, on programme « le temps des cerises » de Jean-Baptiste Clément et chacun est persuadé que cette chanson a été écrite pour une jeune ambulancière rencontrée sur les barricades de la commune de Paris, dont l’auteur fut l’un des derniers défenseurs. Elle est ainsi devenue le symbole de la commune.

Et bien « Léon Campion », un solide libre penseur malheureusement disparu, raconte que Jean-Baptiste Clément, réfugié politique en Belgique dès 1866, c’est-à-dire avant la commune de Paris, échangea avec Antoine Renard, un chanteur de l’époque, le temps des cerises contre un pardessus (14 francs de l’époque) et que Renard, après l’avoir interprétée, la revendit à un éditeur 40 f. et ce dernier fit fortune.

La liberté de conscience et l’esprit de rébellion mèneraient à la richesse ! C’est nouveau.

Au revoir


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France culture 9/08/09
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