Maria Deraismes

lundi 16 mars 2009
par  libre pensee2
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Bonjour,

Au micro Claude Singer, Président de la Fédération du Val d’Oise de la Libre Pensée.
La Fédération du Val d’Oise, avec l’Association laïque des amis de Maria Deraismes, organise à Pontoise le samedi 14 mars, un colloque autour de la figure de Maria Deraismes : féministe, républicaine, libre penseuse et Franc Maçonne.
Le colloque a lieu à la Maison des Associations de Pontoise à partir de 9h00, sous la présidence de Marc Blondel.

Pour parler de Maria Deraismes j’ai trois invités :

- Amélie Averlan, éditrice et responsable des éditions « Abeille et Castor », qui a réédité les discours politiques de M. Deraismes : « Eve dans l’humanité ».
- Jean François Dupaquier, écrivain, journaliste, qui fait actuellement des recherches historiques sur la Seine-et-Oise à la fin du 19ème siècle.
- Louis Couturier, libre penseur et secrétaire de l’Institut de Recherche et d’Etude de la Libre Pensée (IRELP).

- > Maria Deraismes, née en 1828, morte en 1894, a longtemps séjourné à Pontoise. Je voudrais demander à A. Averlan pourquoi elle a été amenée à s’intéresser à ce personnage à la fois très connu (fondatrice du Droit Humain) et duquel en même temps on sait fort peu de choses ?

A. Averlan : Il y a effectivement peu de documents sur Maria Deraismes. Moi je m’étais tout d’abord intéressée au féminisme et par le biais d’Hubertine Auclair j’ai rencontré, par les textes, la figure de M. Deraismes.
J’ai eu envie, en commençant à lire « Eve dans l’humanité », de faire partager ces textes et de les rééditer avec une nouvelle préface d’Yvette Roudy et d’Andrée Prat, responsable de la commission « Histoire » du Droit Humain.

- > Qu’est-ce qui vous a frappé dans les textes ?

A.A. : D’abord beaucoup d’humour, et en particulier dans le texte qui est une réponse à « L’homme-femme » de Dumas fils, qui reprend quelques passages assez durs de ce texte de Dumas qui n’est pas tendre avec les femmes.

- > Maria Deraismes a dit : « L’infériorité des femmes est une invention humaine et une fiction sociale », qu’en pensez-vous ?

J.F. Dupaquier : Il y a le côté provocateur de M. Deraismes, qui essaie, avec beaucoup d’humour, de douceur et d’habileté, de faire passer des idées.
Je pense qu’elle veut montrer que la femme a été « inventée » au 19ème siècle avec un statut qui la rend particulièrement dépendante, qui lui retire ses droits politiques et pratiquement tous ses droits civils.
Pour elle c’est une sorte de fiction qui est entretenue par la société.

- > Jean-François Dupaquier, qu’est qui vous a amené à vous intéresser à la personnalité de Maria Deraismes ?

J.F.D. : Je suis en train d’écrire un livre sur un journal local qui est né à Pontoise et à Beaumont-sur-Oise, et qui s’appelle Le Régional. Il est apparu en 1888, mais je me suis aperçu en fouillant les origines du journal, qu’il y avait des liens très étroits et immédiats avec M. Deraismes puisque V. Paquet, le créateur du journal, a fréquenté les salons de M. Deraismes. Son père était Vénérable de la loge maçonnique « La Fraternelle » de Beaumont S/Oise, et visiblement ce journal s’inscrit dans la lignée d’un autre journal fondé par un ancien maire et député de Beaumont, qui s’appelait Auguste Vermont, et reprit par M. Deraismes de 1881 à 1885.
Je tiens à dire que lorsqu’on parle de M. Deraismes journaliste, il faut dire femme de lettres. A cette époque, journaliste et femme de lettres étaient un peu la même chose. Elle-même est membre de la Société des Gens de Lettres depuis la fin du Second Empire. Dans cette période de sa vie, où elle va devenir directrice politique du journal local, « Le Républicain de Seine et Oise », elle va donner toute la mesure de son autorité, de son habileté, de sa douceur et de sa persuasion. Ce sont les traits caractéristiques de M. Deraismes.
Première femme directrice d’un journal général, elle va donner toute la mesure à la fois de son autorité, de sa perspicacité politique mais également de son audace. Il n’est pas facile à cette époque de dire que Gambetta n’est pas du tout un personnage honorable, ou que Jules Ferry est à ranger au placard. Elle s’attire beaucoup d’inimitiés.
Cette aventure va s’arrêter au bout de 4 ans ½ car elle est confrontée à la dispersion des énergies au sein des républicains radicaux et à cette espèce de fatalité de la IIIe République dès ses débuts, avec des gens élus à « gauche » et qui votent à « droite » à peine installés à l’Assemblée Nationale. Cela la marque et 4 ans ½ de cet exercice l’ont beaucoup fatiguée.

- > L. Couturier : anticlérical, libre penseuse, c’est un aspect assez méconnu de Maria Deraismes. Peux-tu nous en parler ?

L. Couturier : Effectivement on a du mal à trouver des traces de l’activité libre penseuse de M. Deraismes et pourtant le groupe de Pontoise s’est appelé « Maria Deraismes ». Elle avait une notoriété reconnue comme libre penseuse dans toute la Seine-et-Oise. Dès sa mort elle a été honorée à Paris et à Pontoise, et des sociétés ont porté son nom et ont fait d’elle leur « Présidente d’honneur ».
Elle adhère à la Libre Pensée dès 1870. En 1881, elle a présidé le Congrès anticlérical qui réunissait 1000 délégués. C’est dire si elle est une personnalité d’envergure nationale.
Elle devient présidente de la fédération de Libre Pensée de Seine-et-Oise (35 groupes).
M. Deraismes se situe sur le terrain de la libre pensée. Elle est libre penseuse et féministe c’est-à-dire qu’elle se situe au niveau du rapport entre Église et société, ce qui l’amène à nourrir son engagement plus particulier pour les femmes qui étaient plus les victimes du cléricalisme.
Elle est anticléricale car elle défend la liberté de conscience et elle lutte pour que l’Église soit mise hors de la vie privée (naissance, mariage, obsèques), hors de la famille, pour une vie digne hors du cadre de l’Église.
Elle est pour l’égalité des droits entre hommes et femmes et combat les dogmes qui fondent l’infériorité légale de la femme.
« Elle était libre penseuse parce qu’elle était persuadée, et avec raison, que la religion ne fait rien pour la femme et que surtout la religion n’est qu’un gouvernement dans le gouvernement. » (Gustave Hubbard, lors de l’inauguration du buste de M. Deraismes à Pontoise).

- > Amélie Averlan, « Eve dans l’humanité », cela signifie le rôle de la femme dans l’humanité. L’antiféminisme était-il très important à l’époque ?

A.A. : N’étant pas historienne je ne peux pas répondre avec précision à cette question. Tout ce que je peux dire, c’est que c’est un texte de Barbey d’Aurevilly, « Les bas bleus », qui amène M. Deraismes à participer aux conférences organisées par Léon Richer. Elle tombe sur cet article qui paraît dans le « Nain jaune » et qui parle des « bas bleus ». Pour Barbey d’Aurevilly, ce sont les femmes littéraires, celles qui font métier et marchandise de la littérature en voulant rivaliser avec le cerveau de l’homme. Ce sera le point de départ de sa participation aux conférences de L. Richer.

J.F.D. : On a effectivement des exemples de l’antiféminisme de cette époque, ne serait-ce que dans les comptes rendus des cours d’assises lors d’affaires jugeant les crimes passionnels.
Le crime passionnel c’est d’abord le mari qui tue sa femme, et dans presque tous les cas ils sont acquittés. Dans l’esprit du public (jury populaire) on n’est pas loin de penser que le mari a la droit de vie ou de mort sur sa femme.
Le mépris des femmes, c’est un petit peu comme l’antisémitisme de cette époque. C’est une sorte de valeur malheureusement récurrente dans une société qu’il ne faut pas idéaliser, parce que fondée sur beaucoup d’incompréhensions et de haines.
Pour revenir sur M. Deraismes journaliste, je précise qu’elle dirigeait un journal local et donc commentait les gestes des curés, prenait parti pour les élections municipales à Pontoise, intervenait avec beaucoup de sérénité et de pragmatisme. Il est difficile de parler d’elle car on a des extraits de ses articles mais il ne reste aucun exemplaire du journal « Le Républicain de Seine et Oise » de cette époque. C’est l’occasion de lancer un appel aux auditeurs s’ils possèdent des archives de ce journal, ou toutes autres archives liées à Maria Deraismes.

- > Je vous remercie et vous rappelle le colloque qui aura lieu le 14 mars à Pontoise.


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France culture - Emission du 8/03/2009
France culture - Emission du 8/03/2009

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