Déclaration de principes du congrès international de la Libre Pensée tenu à Rome du 20 au 22 septembre 1904.

mercredi 5 janvier 2000
par  federation nationale
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Première résolution

Définition de la Libre Pensée en général

La Libre Pensée n’est pas une doctrine : elle est une méthode, c’est à dire une manière de conduire sa pensée - et, par suite, son action - dans tous les domaines de la vie individuelle et sociale.

Cette méthode se caractérise non par l’affirmation de certaines vérités particulières, mais par un engagement général de rechercher la vérité en quelque sorte que ce soit, uniquement par les seules lumières de la raison et de l’expérience.

La Libre Pensée peut être envisagée soit théoriquement, dans l’ordre intellectuel, soit pratiquement, dans l’ordre social.

Dans l’un et l’autre cas, elle se détermine d’après les deux règles ci-dessous.

Deuxième résolution


Deux règles de la Libre Pensée dans l’ordre théorique ou intellectuel

Première règle - La Libre Pensée ne pouvant reconnaître à une autorité quelconque le droit de s’opposer ou même de se superposer à la raison humaine, elle exige que ses adhérents aient expressément rejeté non seulement toute croyance imposée, mais toute autorité prétendant imposer ses croyances (soit que cette autorité se fonde sur une révélation, sur des miracles, sur des traditions, sur l’infaillibilité d’un homme ou d’un livre, soit qu’elle commande de s’incliner devant les dogmes ou les principes à priori d’une religion ou d’une philosophie, devant les décisions des pouvoirs publics ou le vote d’une majorité, soit qu’elle fasse appel à une forme quelconque de pression exercée du dehors dur l’individu pour le détourner de faire sous sa responsabilité personnelle de l’usage normal de ses facultés).

Deuxième règle - La Libre Pensée ne pouvant se borner à cette manifestation négative à l’endroit de tout dogme et de tout credo, elle exige de ses adhérents un effort actif en vue de réaliser par les moyens humains l’idéal humain.

Elle se refuse d’ailleurs à donner à sa propre conception de cet idéal le caractère absolu et immuable que s’attribuent abusivement les religions, mais que ne comporte ni la science ni la conscience humaine, l’une et l’autre obligée de se mouvoir dans le relatif et soumises à la loi du progrès.

Loin de céder à la tentation de construire prématurément un système définitif, la Libre Pensée propose à l’humanité, comme le veut la nature des choses, de poursuivre indéfiniment le vrai par la science, le bien par la morale, le beau par l’art. Et si à chaque moment de son développement, elle est prête à rendre compte du résultat actuel de ses recherches, elle est aussi toujours prête à le compléter et à le rectifier en ajoutant aux découvertes d’hier les découvertes de demain.

Troisième résolution

Deux règles de la Libre Pensée dans l’ordre pratique et social

Première règle - La Libre Pensée ne pouvant se contenter d’opinions purement spéculatives, qui n’intéresseraient que la pensée individuelle, il lui appartient de fournir une règle de vie aussi bien aux sociétés qu’aux individus.

Appliquée aux sociétés, elle est la méthode qui consiste à vouloir soumettre aux lois le la raison l’organisation sociale elle-même.

Une société qui s’inspire de cette méthode a pour devoir d’enlever à tous ses services publics (administration, justice, instruction, assistance, etc.) tout caractère confessionnel, par où il faut entendre qu’elle doit les rendre non seulement neutres entre les diverses confessions religieuses, rigoureusement exclusifs de tout dogmatisme explicite ou implicite. La Laïcité intégrale de l’Etat est la pure et simple application de la Libre Pensée à la vie collective de la Société. Elle consiste à séparer les Eglises de l’Etat, non pas sous la forme d’un partage des attributions entre les deux puissances traitant d’égale à égale, mais en garantissant aux opinions religieuses la même liberté qu’à toutes les opinions, et en leur déniant tout droit d’intervention dans les affaires publiques.

Deuxième règle - La Libre Pensée n’étant complète que quand elle entreprend de réaliser socialement l’idéal humain, elle doit tendre à l’institution d’un régime sous lequel pas un être humain ne pourra plus être sacrifié ni même négligé par la Société et par conséquent, ne sera plus mis ou laissé par elle, directement ou indirectement, dans l’impossibilité pratique d’exercer tous ses droits d’homme et de remplir tous ses devoirs d’homme.

La Libre Pensée est donc logiquement génératrice d’une science sociale, d’une morale sociale et d’une esthétique sociale qui, en se perfectionnant par le progrès mêmes de la conscience publique, constitueront un régime de justice : la justice sociale n’est que la raison appliquée par l’humanité à son propre gouvernement. En d’autres termes, la Libre Pensée est laïque, démocratique et sociale, c’est à dire qu’elle rejette, au nom de la dignité humaine, ce triple joug : le pouvoir abusif de l’autorité en matière religieuse, du privilège en matière politique et du capital en matière économique.

Quatrième résolution

Le congrès international de la Libre Pensée affirme que la Libre Pensée a pour but d’émanciper l’esprit humain de toutes les croyances et des préjugés religieux qui sont absolument contraires aux résultats de la science ; affirme également que la Libre Pensée ne doit pas seulement combattre les préjugés et les dogmes religieux mais encore et surtout les préjugés politiques et sociaux qui sont au moins aussi dangereux pour l’émancipation intégrale de l’humanité ; déclare que l’émancipation intellectuelle et morale n’est possible que par l’affranchissement matériel et économique de la classe ouvrière de l’oppression capitaliste qui pèse sur elle, affranchissement qui libérera l’humanité toute entière en assurant à tous le droit à la vie.


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