intervention de Philippe Foussier

Président du Comité Laïcité République
lundi 22 septembre 2008
par  federation nationale
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Citoyennes, citoyens, chers amis,

Tout d’abord, merci à la Libre Pensée d’avoir convié le Comité Laïcité République à ce rassemblement laïque. Je vois que, malgré les commentaires sur l’affluence autour de Benoît XVI, il reste quelques réfractaires. J’imagine que vous n’avez pas trouvé de place dans le train pour Lourdes ! Et vous avez aussi renoncé à ces interminables retransmissions spéciales que les chaînes de télévision proposent pour s’assurer que personne n’échappera aux propos de l’éminent intellectuel Joseph Ratzinger. Je suppose aussi que vous avez apprécié le recul très professionnel des journalistes qui n’en finissent plus de dérouler des « éminences » et des « sainteté », des « monseigneur » et des « excellences » longs comme le bras. Et j’imagine que, comme moi, vous vous êtes dits que tout cela fleurait bon l’Ancien Régime. D’ailleurs, à propos d’Ancien Régime, vous aurez remarqué que les républicains de ce pays ont changé de mours : on ne raccourcit plus les imprudents qui accolent le numéro 16 à leur prénom. Benoît ne doit donc pas être superstitieux ! Mais j’arrête là les moqueries. Si cela se trouve, à l’heure qu’il est, dans une grotte des Pyrénées, non loin de Tarbes, un nouveau miracle se produit. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Avec 70 ans de retard, le Pape vient d’ailleurs de déclarer que « Etre antisémite, c’est être antichrétien ». Dommage que ça ne soit pas sorti de la bouche de Pie XII en 1938 ! Dire cela aujourd’hui, c’est bien sympathique, mais ça ne mange pas de pain. Y compris pour ceux qui savent les multiplier.

Avant d’aborder notre sujet de façon un peu plus sérieuse, je voulais évoquer devant vous la lecture de quelques articles de presse selon lesquels les mouvements insensibles à la ferveur qui a gagné depuis vendredi Paris et aujourd’hui Lourdes seraient placés sous haute surveillance. On marche sur la tête ! Nous réclamons ni plus ni moins l’application et le respect de la loi de 1905 et de la Séparation. Nous sommes de parfaits légalistes. Nous demandons simplement que la loi républicaine et les principes constitutionnels s’appliquent et c’est nous qu’on surveille, qu’on contrôle, qu’on encadre. C’est le monde à l’envers ! Les menaces contre l’ordre républicain, elles ne viennent pas de nous !

C’est d’ailleurs le monde à l’envers aussi dans la mesure ou, au lieu de nous diriger vers le progrès, nous allons tout droit vers le passé. Vous avez noté : toute la presse -quasiment- à l’unisson pour se prosterner devant le « Saint Père », que dis-je le « Très Saint Père ». On avait déjà eu il est vrai un avant goût de déferlement dévot avec la visite du dalaï lama il y a quelques semaines. Cette fois-ci, quelque 700 « intellectuels », de Philippe Sollers à Valéry Giscard d’Estaing en passant par Jacques Julliard et Jean Tibéri, sont allés au Collège des Bernardins écouter un discours qu’on nous a décrit comme n’étant pas destiné au grand public.

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Philippe Foussier
M. Sarkozy veut nous faire revenir en arrière : au concordat.
Mais c’est précisément au nom de l’histoire de la France, au vu de l’histoire du catholicisme dans ce pays, que la loi de 1905 a été rédigée. Faut-il rappeler qu’elle fut alors une loi de compromis, d’équilibre. Que si elle a mécontenté l’épiscopat et l’Action française, elle a aussi profondément heurté les plus hostiles au pouvoir de l’Eglise ! Rappelons-nous le combat d’hommes comme Maurice Allard, député du Var, représentatif de ce courant.

Cela veut dire que c’était compliqué à comprendre. Songez plutôt : avant d’être Pape, Joseph Ratzinger a fait beaucoup de choses -même dans sa jeunesse, mais il y a prescription, il parait- et notamment préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Ce n’est un secret pour personne, c’est ainsi qu’a été rebaptisée la « Sainte Inquisition » en décembre 1965. Il doit donc connaître plein de choses formidables auxquelles n’a pas accès le commun des mortels. Mais nous ne sommes pas ici pour parler des choses qui fâchent. Et puis l’Eglise catholique a fait repentance, alors n’en parlons plus !

Ce qui nous intéresse davantage en réalité, c’est le comportement des autorités publiques, des dirigeants de notre République. Le président de la République nous explique ainsi que la France se couperait de son histoire si elle reniait l’importance du catholicisme et de la chrétienté en général. Personne ne nie cela ! Mais cela ne justifie pas que l’on veuille rétablir un ordre qui prévalait à l’époque où le pouvoir spirituel régentait la vie des hommes dans toutes leurs dimensions.

Or M. Sarkozy veut nous faire revenir en arrière : au concordat.

Mais c’est précisément au nom de l’histoire de la France, au vu de l’histoire du catholicisme dans ce pays, que la loi de 1905 a été rédigée. Faut-il rappeler qu’elle fut alors une loi de compromis, d’équilibre. Que si elle a mécontenté l’épiscopat et l’Action française, elle a aussi profondément heurté les plus hostiles au pouvoir de l’Eglise ! Rappelons-nous le combat d’hommes comme Maurice Allard, député du Var, représentatif de ce courant.

Imaginée par Jaurès, par Briand, par Buisson, cette loi permet la concorde, elle scelle la paix civique et sociale entre deux France qui persistent à exister. La loi de décembre 1905 est donc un facteur de paix dans notre pays. Inutile de dire, chacun le sait, que si la religion a été à la source de créations artistiques magnifiques, elle a aussi été à l’origine de violences et de persécutions abominables. Rien ne sert d’énumérer les uns et les autres. Notre histoire est le fruit de ces oppositions.

La loi de 1905 a précisément garanti la liberté de conscience et donc la liberté de pratiquer ou de ne pas pratiquer. Comme nous le proclamons volontiers au CLR, la laïcité n’est pas une opinion, c’est la liberté d’en avoir une. Elle est une chance pour les religions. Si nous retombons dans un système concordataire, cela signifie que les religions voudront à nouveau jouer un rôle officiel dans les affaires publiques. Mais qui peut affirmer sérieusement que les catholiques ou d’autres religieux sont empêchés de pratiquer leur culte ou de s’exprimer en France ? Soyons un peu sérieux ! Le jour où l’on respectera autant l’expression des non-croyants ou des libres-penseurs, nous en reparlerons !

M. Sarkozy, nous respectons vos convictions religieuses, mais celles-ci ne doivent pas vous autoriser à briser la paix civile, à rouvrir de vieilles fractures, à déséquilibrer ce fragile compromis élaboré en 1905.

D’ailleurs, à cet instant, je veux dire combien il serait facile de ne s’en prendre qu’à M. Sarkozy. Vous l’avez entendu, il nous a resservi sa laïcité « positive » des discours de Latran et de Riyad, il a même ajouté un nouvel adjectif, « ouverte ». Cela ne vous rappelle pas quelque chose ? Mais si, bien sûr ! Car la droite n’attaquerait pas aussi clairement la laïcité si la gauche -une certaine gauche.- ne lui avait pas préparé le terrain depuis 25 ans. Car la laïcité « ouverte », la laïcité « plurielle », ce n’est pas le RPR ou l’UMP qui les ont inventées ! En bon tacticien, M. Sarkozy a repris la balle au bond. Mais la dénaturation de la laïcité, ce révisionnisme indigne, c’est d’une gauche qui historiquement aurait du en être la première gardienne qu’ils sont venus. Nous ne sommes pas dupes !

Pour conclure, j’aurai pu vous citer du Benoît XVI, mais parce que je n’ai pas encore bien digéré la pensée papale -dans tous les sens du terme-, je me cantonnerai à Jean Jaurès : « La laïcité et le progrès social, ce sont deux formules indivisibles. Nous n’oublierons ni l’une ni l’autre. Et en républicains, nous lutterons pour toutes les deux ».

Vive la République laïque !


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