Discours de cloture du meeting

Christian Eyschen
Secrétaire Général de la Libre Pensée
samedi 20 septembre 2008
par  federation nationale
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Amis, Citoyens, Compagnons, Camarades,

Au nom de la Fédération nationale de la Libre Pensée, il me faut faire le dernier discours de ce rassemblement laïque international. Tout d’abord, je voudrais remercier chaleureusement tous les participants et amicalement tous les intervenants à ce meeting. Je voudrais aussi vous apporter le salut fraternel du Comité de Liaison International des Athées et des Libres penseurs, fondé, lors du congrès mondial de la Libre Pensée en 2005 à Paris en étroite collaboration amicale avec l’Union Internationale Humaniste et Laïque. Celui-ci, toujours en collaboration avec l’IHEU, s’est réuni à Washington-DC aux Etats-Unis au mois de juin.

Les représentants des organisations des libres penseurs et des athées se sont alors fixés un objectif : en 2011, constituer en Norvège une Association internationale de la Libre Pensée pour renouer avec toute l’histoire internationale de nos aînés et relier tous les fils distendus depuis des décennies pour diverses raisons.

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Christian Eyschen
"Les représentants des organisations des libres penseurs et des athées se sont alors fixés un objectif : en 2011, constituer en Norvège une Association internationale de la Libre Pensée pour renouer avec toute l’histoire internationale de nos aînés et relier tous les fils distendus depuis des décennies pour diverses raisons."

La question de la séparation des Eglises et des Etats, des religions et des Etats n’est pas une affaire typiquement française. La lutte pour le respect de la liberté absolue de conscience est un combat international qui s’est mené, qui se mène et qui se mènera encore longtemps sur tous les continents et dans tous les pays.

L’Histoire est là pour nous le montrer clairement. La première séparation des Eglises et de l’Etat a été proclamée aux Etats-Unis d’Amérique du Nord en 1789, la deuxième l’a été au Mexique en 1859, la troisième en France en 1905 après deux tentatives en 1795 et pendant la Commune de Paris en 1871, la quatrième en 1918 dans la Russie soviétique et la cinquième en Turquie par Mustapha Kemal en 1937.

Ce sont les mêmes principes qui ont guidé les artisans de cette liberté fondamentale à travers ces pays. Ce sont les Lumières de la Renaissance et les philosophes éclairés, les révolutions anglaise, américaine, française et russe avec des hommes comme Thomas Jefferson, Benito Juarez, Jean Jaurès et Ferdinand Buisson, Vladimir Illich Oulianov dit Lénine, Atatürk, qui ont posé comme un principe intangible l’affirmation que l’absolue liberté de conscience était une liberté démocratique fondamentale.

Depuis, souvent sous d’autres formes, mais toujours éclairés par le flambeau de la liberté, bien des pays ont emprunté cette voie d’émancipation. La séparation des Eglises et des Etats n’est pas le luxe de pays blancs et riches. C’est la volonté de l’Humanité toute entière de briser les chaînes de l’oppression religieuse et politique.

Les Etats-Unis étaient majoritairement de culture protestante, le Mexique et la France étaient présumés catholiques, la Russie quasi uniquement orthodoxe et la Turquie majoritairement musulmane. C’est bien la preuve, que la liberté absolue de conscience n’est pas réservée à quelques-uns, mais, qu’au contraire, elle peut s’appliquer partout dans le monde quelque soient les religions et les situations.

La séparation des religions et des Etats est la réponse universelle à l’aspiration démocratique des peuples et des nations à se gouverner par eux-mêmes et sans qu’une quelconque autorité dite « divine » ne vienne justifier le maintien des oppressions économiques, culturelles et politiques.

Pour toutes les religions, se révolter contre l’oppression sociale, c’était se révolter contre la volonté divine et les intérêts ecclésiastiques. Les popes ont bénis les canons du tsar, comme les évêques catholiques ont béni les chars franquistes et nazis. L’Eglise catholique a glorifié de bout en bout le régime de Vichy du sénile Pétain et aussi celui du Duce Mussolini qui n’était pas moins débile.

Le sabre a toujours été de pair avec le goupillon, on l’a encore vu ce week-end à Paris et à Lourdes où les matraques ont été trempées dans l’eau bénite pour la « plus grande gloire de dieu » et du pape. Après avoir été adoubé chanoine d’honneur du Latran, Nicolas Sarkozy vise sans doute la béatification. Il n’aura pas ménagé sa peine pour recevoir la « sainte hostie »papiste.

Nous avons une crainte à la Libre Pensée, c’est que Nicolas Sarkozy veuille faire en Europe la même chose qu’il essaie de faire en France. A moins que ce qu’il veut faire en France soit ce que l’Union européenne veut lui faire faire partout en Europe.

Ainsi donc, les peuples de France, des Pays-Bas et d’Irlande ont osé dire non au projet de Traité constitutionnel européen. L’Union européenne, c’est républicain ou monarchiste ? Il y a autant de monarchies que de républiques qui la composent. Y aurait-il un genre nouveau politique institutionnel qui transcenderait la fracture entre la République et la monarchie ? L’Union européenne n’aurait-elle aucun genre politique ou bien alors tous les genres politiques ? On est en droit de s’interroger. Sa nature politique est donc bien louche de prime abord.

Examinons donc ensuite sa nature cléricale ou laïque. La majorité des pays qui la compose ne connaissent pas la laïcité institutionnelle. Il y a quatorze concordats conclus avec le Vatican, des religions d’Etat, des religions officielles et il n’y a qu’un seul pays qui connaisse une véritable séparation des Eglises et de l’Etat, la France et encore !, bien mise à mal par le Régime de Vichy, le statut clérical d’Alsace-Moselle et par les institutions de la Vème République. Le Portugal reconnaît la laïcité dans sa constitution issue de la révolution des œillets de 1974, mais maintient l’intégralité du concordat fasciste de Salazar.

Le délit de blasphème qui punit pénalement la critique publique des religions se répand comme une lèpre à travers toute l’Europe. Notre pays n’est pas épargné par cette nouvelle « sainte Inquisition ». Et quand quelqu’un se permet des libertés avec la pensée unique, les ayatollah Bernard Henri-Lévy et Philippe Val les mettent sur la sellette et les soumettent à la question. Avec mis au pilori sur la place publique pour faire bonne mesure.

Le journal le Figaro met en son sous-titre cette formule de Beaumarchais : « sans liberté de blâmer, il n’y a point d’éloge flatteur ». Que ce temps est bien loin. Aujourd’hui, la véritable devise de la pensée unique qui sévit partout dans l’Union européenne est plutôt celle-ci : « Sans obligation de flatter, comment voulez-vous être subsidié ? » Car, c’est la grande question et pour tout dire l’unique question.

Quant au contenu démocratique de l’Union européenne, les peuples n’ont que le seul droit de dire AMEN ou, si vous voulez, dans la langue vernaculaire, OUI. Le mot NON est interdit dans l’Union européenne. La liberté des peuples s’arrête quand commence celle des Commissaires européens.

Aussi, puisque monsieur Nicolas Sarkozy est Président en exercice de l’Union européenne jusqu’au 31 décembre 2008, nous soumettons, à toutes les organisations présentes à ce meeting laïque international, la proposition suivante : Pourrions-nous ensemble aller lui demander une audience pour savoir ce qu’il compte faire pour promouvoir la laïcité en Europe, étendre la liberté absolue de conscience, et proposer à tous les pays d’établir la nécessaire séparation des Eglises et de l’Etat ?

Bien entendu, il faudra à chaque organisation prendre le temps de réfléchir et d’étudier cette proposition. Mais nous voulions la soumettre aujourd’hui pour profiter que la France soit présidente de l’Union européenne pour en faire une question publique. Il nous reste trois mois et demi, c’est plus qu’il n’en faut pour rencontrer Nicolas Sarkozy qui reçoit presque tout le monde et courre partout.

Pour sa part, la Fédération nationale de la Libre Pensée fait totalement sienne la résolution de travail du Comité international de liaison des Athées et des Libres penseurs, adoptée aux USA en juin 2008 qui pose les questions suivantes :


« Le combat pour la séparation des Religions et des États peut-il se résumer à une lutte des athées et des libres penseurs pour obtenir les mêmes privilèges antidémocratiques que les Églises, ou bien est-ce l’affirmation de droits et de devoirs égaux, pour l’abolition de toute domination religieuse ?
 L’oppression religieuse est le corollaire dogmatique des oppressions économiques, sociales, culturelles et politiques et elle justifie l’avilissement intellectuel, la servitude sociale et la dépendance politique.

En conséquence, l’émancipation intégrale de l’humanité doit être l’objectif poursuivi par les associations d’athées et de libres penseurs, car elles refusent le triple joug : « le pouvoir abusif d’une autorité en matière religieuse, du privilège en matière politique et du capital en matière économique » (Congrès mondial de Rome de la Libre Pensée en 1904).

 Ne faut-il pas, pour atteindre cet objectif, tendre à une véritable coopération internationale entre groupes, associations et individus qui se retrouvent dans cette revendication, car la séparation des Religions et des États n’est pas seulement une question nationale, mais a des implications internationales dans tous les domaines ?

Le Comité International de Liaison des Athées et des Libres Penseurs a été établi pour créer un point de rencontre, de communication et de coopération entre les associations athées et libres penseuses des différents pays aspirant au même but. Nombreux sont ceux qui partagent ces vues, mais le nombre ne pèse dans la balance que s’il est uni par l’association et guidé par la connaissance.

Le Comité International de Liaison des Athées et des Libres Penseurs se prononce pour l’humanisme libéré des dogmes et des religions à l’échelle mondiale comme le moyen indispensable de conquérir la liberté et la dignité humaines, et la stricte séparation de l’État et des Églises dans tous les pays comme l’instrument indispensable pour conquérir la liberté absolue de conscience.

Le CILALP est complémentaire - et non concurrent - de toutes les autres organisations nationales et internationales qui militent pour l’athéisme, la libre pensée, l’humanisme, la laïcité et le rationalisme. Le but du CILALP est de faciliter la coopération internationale entre les athées et les libres penseurs qui est indispensable pour parvenir à nos objectifs communs. »

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Ni dieu, ni maître !
A bas la Calotte !
Et vive la sociale !

Amis, Citoyens, Compagnons, Camarades,

Pour que la religion reste une affaire privée !
Pour la laïcité des Ecoles publiques !
Pour la séparation des Eglises et des Etats !

N’est-il pas temps que résonne en France, En Europe et dans le monde entier, le vieux cri de guerre des combattants de la liberté humaine :

Ni dieu, ni maître !
A bas la Calotte !
Et vive la sociale !

Je vous remercie.

Christian Eyschen,
Secrétaire général de la Libre Pensée


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