Pensée post-moderniste et relativisme cognitif

Emission du dimanche 8 juin 2008
vendredi 13 juin 2008
par  libre pensee2
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La pensée post-moderniste et le relativisme cognitif

Emission présentée par Blaise Sivignon et Charles Besnainou,
membres de la Commission Sciences de la Libre Pensée

Blaise Sivignon : Dans cette émission, nous voudrions fournir à l’auditeur de quoi reconnaître la nature de certains brouillards idéologiques de notre contemporain. Nous parlerons de la pensée post-moderniste et du relativisme cognitif.

Charles Besnainou : Nous voulons nous élever contre une curieuse tendance à l’abandon des repères intellectuels et sociaux, contre un étrange renoncement aux acquis bienfaiteurs de la République.
Nous entendons ainsi aujourd’hui :
1 – défendre la science comme méthode objective et universelle de la connaissance.
2 – défendre l’école républicaine
3 – défendre la laïcité (entre autres celle qui protège les programmes de cette école républicaine contre les contenus a-scientifiques)

B. S. : Ce sont trois piliers importants d’une démocratie moderne.

C.B. : Oui. Or ils devraient être chose acquise dans la mesure où c’est à un obscurantisme multi-séculaire que ces idées se sont opposées : celles de Voltaire, Diderot, D’Alembert, Condorcet.

B. S. : Certes Charles mais c’est compter sans l’opiniâtreté de cet obscurantisme à réaliser pour lui-même des liftings spectaculaires. Car ce seraient les principes de la science, de l’école républicaine et de la laïcité qui passeraient presque, parfois, pour inadaptés et désuets.

C.B. : Oh oui ! Ne lit-on pas, sous la plume de penseurs autorisés, des formules comme « scientisme vieillot », « processus dépassé de transmission des connaissances », « intégrisme laïcard » ?

B. S. : Il faut donc procéder régulièrement à des mises à jour. Or, si l’on peut aisément convenir que les déclarations d’un certain chanoine de Latran – par ailleurs élu majeur de la République – ne semblent pas propres à renouveler le genre, notre objectif est ici de dégager les soubassements rhétoriques de cette éternelle et toujours renaissante supercherie. De le faire précisément chez ceux qui en sont les théoriciens.

C.B. : C’est ce matin notre objectif. Voyons donc. Déjà, nous disposons de deux termes différents : relativisme et post-modernisme.

B. S. : Ce n’est pas tout-à-fait la même chose.

C.B. : Non. Et qualifier cette tendance de la “pensée” contemporaine n’est pas facile. Car ses porte-paroles sont très divers et ne revendiquent pas forcément une étiquette, bien qu’il soit patent qu’une parenté idéologique les relie. Essayons alors de caractériser ce discours en se demandant en quoi ses arguments rafraîchissent le débat.

B. S. : Oui, en France, on doit le terme à Jean-François Lyotard .

C.B. : Mais ne faut-il pas aller tout de suite vers de relativisme culturalisme post-moderne évoqué par Alan Sokal et Jean Bricmont ?

B. S. : Bien-sûr. On se souvient du canular que ces deux scientifiques avaient mis en scène en 1996.

C.B. : Rendons leur hommage car le concept dégagé par eux nous aide grandement à faire le point sur ces Impostures intellectuelles – c’est le titre de leur ouvrage.

B. S. : Mais quel est le rapport avec le postmodernisme ?

C.B. : Il est clair. La rhétorique post modernisme est une imposture. Expliquons. D’après eux, les philosophes post-modernes considèrent qu’il n’y a pas lieu de distinguer entre science et mythe.

B. S. : Oui.

C.B. : Toujours selon cette pensée, toutes les affirmations sur le monde, celles de la science, celles de mythes dont les religions, ne seraient que des discours également pertinents et valides pour décrire le monde. Sokal et Bricmont dénoncent à cet effet l’utilisation d’un « jargon obscur » et « l’usage intempestif de la science comme métaphore »

B. S. : Ça conduit loin. Par exemple, dans son ouvrage Cosmopolitiques , Isabelle Stengers nous invite ainsi à « abandonner l’opposition entre description fidèle et fiction, comme aussi entre constat et valeur ». Pour dire les choses autrement, les philosophes post-modernes rejettent l’idée qu’il existe des affirmations sur le monde objectivement vraies. Il n’existe de vérité que dans un groupe socio-culturel donné, le mot vérité signifiant dans ce cas un simple accord ou un compromis entre les membres de ce groupe.

C.B. : Et comme il est courant de voir prêter aux autres les travers qu’on a soi-même, Stengers n’hésite pas, dans un numéro spécial de La Recherche intitulé « les biologistes ont-ils besoins d’un Dieu ? », à écrire que « La sélection (précisons darwinienne) prend en réalité, sans la modifier, la place des causes finales d’Aristote, ou du Dieu chrétien censé être responsable de l’ajustement harmonieux qui met les parties au service d’un tout ». Charles, Darwin serait ainsi un théologico-finaliste adepte du holisme ?

B. S. : Presque. C’est le monde à l’envers. Signalons par ailleurs qu’au colloque de Cerisy sur la Complexité, Edgar Morin déclare qu’« une porte peut être ouverte et fermée ». C’est exactement ce predicat que Bruno Latour décline dans Petites leçons de sociologie des sciences. Il prend l’exemple de la BD de Franquin où Gaston Lagaffe « renégocie » la définition de la porte afin de permettre à sa mouette d’entrer dans son bureau.

C.B. : Dans le cadre d’une BD, c’est plutôt sympathique. Mais nous sommes ici dans la philosophie où Latour réinvestit la métaphore de la « porte ouverte et fermée ». Or ce paradoxe fonctionne en physique quantique. Mais il n’est pas applicable dans la réalité des portes que nous connaissons, celles qui empêchent le courant d’air d’entrer dans nos maisons.

B. S. : Et l’on voit bien vers quelle question grave d’actualité conduit la trop facile métaphore de Latour. Le problème de la vie en société est certes sérieux mais il est complexe et, hélas, il ne saurait être résolu si facilement par cette renégociation symbolique de la porte qui ne correspond à rien dans le réel.

C.B. : D’ailleurs Latour, ami des mouettes comme l’est Gaston, accepterait-il de vivre dans un appartement isolé de l’extérieur par un vantail dont on aurait scié les trente centimètres supérieurs pour faciliter les allées et venues de l’oiseau ?

B. S. : Toute la mauvaise foi du relativisme culturalisme est là :
1) renégociation de théories sur la base d’une épistémologie douteuse niant la réalité de la matière
2) humanisme bon teint sur fond de culpabilité colonialiste dans ce cas hors sujet (car le tiers monde n’est pas exempt non plus du droit de pouvoir se chauffer)
3) destruction des acquis du progrès technique et social.
Mais qu’on se rassure, Bruno Latour continue de raisonner bien au chaud.

C.B. : C’est dans cet esprit quelque peu pervers que le relativisme entretient la confusion entre les différents sens recouverts par le mot « science ».

B. S. : Charles, il faudrait peut-être préciser.

C.B. : Assurément. La science désigne au moins quatre choses :
Un, c’est une méthode d’explication du monde. On cherche à expliquer rationnellement le monde à partir de son seul contenu matériel, c’est-à-dire en faisant aussi peu d’hypothèses que possible, bien que la façon de poser la question puisse – on le sait depuis Heisenberg – influer sur les résultats de l’expérience ou encore, dans le champ des sciences humaines, qu’elle dépend des représentations qu’on a du monde.
Ceci étant posé, les mesures sont-elles ou non conformes à la théorie qui cherche à expliquer un phénomène donné ? Entre deux théories on choisira celle qui est la plus parcimonieuse, c’est-à-dire celle qui comporte le minimum d’a priori.
Deux, la science désigne aussi l’état des connaissances à un instant donné : que sait-on sur tel ou tel sujet ?

B. S. : … mais aussi quelles questions restent encore ouvertes ?
C’est important de le faire remarquer face à des relativistes qui reprochent à la science de ne pas tout expliquer alors qu’elle prétendrait tout savoir.

C.B. : Poursuivons. Trois, la science est parfois confondue avec la technique qui est l’application des connaissances dans un but donné. Quatre, la science est confondue avec l’organisation sociale de la recherche. Comme toute société humaine, le monde de la recherche est soumis à des passions, des luttes de pouvoir.

B. S. : C’est principalement de ce dernier point dont se servent les post-modernes pour discréditer les deux premiers aspects et nier le caractère objectif et universel de la connaissance scientifique.

C.B. : Semble-t-il, Blaise, ce discours est l’objet de certains allers-retours entre la France et les États-Unis dans les deux dernières décennies du vingtième siècle, autour de mouvements appelés par exemple Cultural Studies.

B. S. : Oui. Un des chefs de file de ce qui fut nommé le “programme fort” est, aux États-Unis, David Bloor. Il est relayé en France par le sociologue Bruno Latour. Pour donner une idée des intentions de cette école de pensée, rappelons que ce dernier affirme carrément que « Les scientifiques n’ont rien à faire dans un débat de sociologie des sciences ».
C.B. : Oui, épinglé au premier chef par Sokal et Bricmont en 1997, Latour dut sa défense à Isabelle Stengers coordinatrice d’une pétition de principe nommée Impostures scientifiques. Cette publication a fourni à ce courant de pensée l’occasion d’être mieux identifiable depuis lors.

B. S. : Tu sais, Charles, dans Raisons pratiques (paru 3 ans auparavant), Pierre Bourdieu gratifiait déjà Latour de « nihilisme subjectiviste ».
Dans L’espoir de Pandore (paru en 2001) Latour écrit que « ... le ferment lactique n’est pas inventé par Pasteur mais bien par le ferment lui-même ».

C.B. : Objets peu animés, vous auriez donc une âme ?

B. S. : On peut également se demander si certains anthropologues de la science ont un esprit. Car, en résumé, la validité d’un résultat en science serait pour eux réductible aux conditions historiques de son émergence. Or admettre que la science s’élabore dans un contexte donné ne revient pas tout-à-fait à postuler que le résultat eût été différent si le contexte de l’expérience l’eût été aussi. Prenons comme exemple celui de Charles Darwin qui vécut dans un contexte familial marqué par la bigoterie de son épouse mais qui, malgré tout, ne dut pas résister très longtemps à ce que lui enseignaient ses expériences et ses observations – observations qui le conduisirent à imposer la théorie de l’évolution contre celle de la Génèse, n’en déplût à Madame.

C.B. : Ajoutons, Blaise, que les post-modernistes n’ont cure de l’aller-retour incessant entre expérience et théorie, de la reproductibilité des résultats par des équipes indépendantes.

B. S. : Au contraire c’est la subjectivité qui règne en maître dans le raisonnement.

C.B. : De la vérité revendicable au nom d’une culture ou d’une ethnie à la vérité revendicable au nom de l’individu, ce raisonnement mène jusqu’au solipsisme qui devient ainsi un raisonnement irréfutable puisque, n’est-ce pas, l’on sait que l’homme est la mesure de toute chose.

B. S. : Oui Charles, nous pouvons juste opposer à cela ces images de cartoon où l’animal poursuivi fuit en se retournant et, après qu’il a atteint le rebord de la falaise, continue tout droit dans le vide et ne tombe que lorsqu’il s’est aperçu qu’il n’y avait plus de sol sous ses pieds.

C.B. : Ce ne serait pas grave si, hélas, l’enjeu de ce délire ne bénéficiait d’un tel écho.

B. S. : … Et si, hélas, ils ne péchaient pas par omission.
D’abord, les postmodernes oublient complètement la formidable réussite de la science, réussite aussi s’entendant ici comme l’utilisation des connaissances scientifiques en vue de la réalisation d’objets ayant une fonction déterminée. Si la science n’était qu’un discours sur le monde parmi tant d’autres, comment expliquer ces réussites ?

C.B. : De surcroît, les philosophes post-modernes occultent ce qui fait la spécificité de la démarche scientifique, et qui justifie que la science puisse être qualifiée de méthode objective. Il n’est quasiment jamais fait mention dans leurs écrits de la reproductibilité des résultats expérimentaux par des équipes différentes.

B. S. : C’est donc bien, Charles, le matérialisme méthodologique qui est ici rejeté.

C.B. : Exactement. Alors que la nature ou la matière possèdent toutes les ressources pour induire les faits et processus que le scientifique cherche à expliquer.

B. S. : C’est en effet un abîme. Mais parlons maintenant de l’aspect social : certains des philosophes post-modernes prétendent faire oeuvre de progressisme en défendant les croyances et les mythes contre une science qu’ils déclarent toute puissante et qui imposerait par la force un cadre de pensée.
Ils font l’amalgame entre la science, certes qui se développe dans les pays capitalistes et colonialistes, avec cette politique oppressive et exploiteuse des pays dits du Sud par les pays capitalistes dits du Nord.

C.B. : Oui ; Ils fustigent là un occident colonialiste et son scientisme ethno-centré qui ne feraient qu’un. Cette position politique qui a un vernis de progressisme est un leurre.

B. S. : Ceux qui proclament, peut-être sincèrement, lutter pour l’égalité de cette manière se trompent de combat.

C.B. : Ce n’est pas en laissant les gens enfermés dans leurs superstitions qu’on leur permet d’avancer. Que cela plaise ou non aux philosophes post-modernes, le développement de la pensée scientifique dans toutes les couches de la société s’est toujours accompagné de l’émancipation intellectuelle.

B. S. : Précisément parce que la science ne reconnaît comme seuls juges que les faits, la nature elle-même, et ne se soumet pas à l’autorité de gardiens du dogme.

C.B. : Le discrédit jeté sur la science sous ces mauvais prétextes a parfois des conséquences tragiques. C’est ainsi que l’on peut voir de plus en plus de personnes, dans les pays occidentaux également, rejeter la médecine pour se tourner vers de prétendus modes de guérison traditionnels – en fait pseudoscientifiques.

B. S. : Et les mouvements de pensée de la postmodernité ne sont pas étrangers à cela. Combien de fois faudra-t-il rappeler que ces remèdes ancestraux, même s’ils ont parfois quelque efficacité, laissaient il y a peu de temps encore en France des milliers d’enfants mourir de maladies aujourd’hui disparues : diphtérie, coqueluche, poliomyélite ? Et elles font bon ménage, les pseudosciences et la postmodernité.

C.B. : Signalons que Pseudosciences et postmodernité est le titre du dernier ouvrage de Sokal et Bricmont, le sous-titre, révélateur étant une question : adversaires ou compagnons de route ?

B. S. : Nous pensons connaître la réponse.

C.B. : On y découvre en effet comment implicitement et parfois explicitement les sectes du New Age états-unien et la droite ultra-conservatrice de l’Inde se rencontrent pour inviter ces populations à ce grand renoncement. Il est vrai, Blaise, que la rhétorique relativiste donne maints arguments à ceux qui voudraient que l’école ne soit plus seulement le lieu du savoir - faits historiques établis, lois objectives de la physique-chimie, usage correct de la langue orale et écrite – mais qu’elle « s’ouvre aussi au sens »

B. S. : Comme si l’enseignement des lettres avait jusque-là ignoré le sens !.

C.B. : C’est bien-sûr, une formule élégante pour ne pas évoquer le retour du religieux à l’école.

B. S. : Tout se tient, Charles. La subjectivité étant ainsi confisquée par n’importe quelle forme de particularisme (communautarismes les plus divers), l’objectivité de la science, l’instruction des enfants du peuple et la laïcité de la République peuvent désormais disparaître au profit d’une sphère privée accommodable à toutes les sauces selon la volonté du chef.
C.B. : Il faut peut-être considérer alors ce relativisme comme une tendance lourde d’une actualité qui ne date pas d’hier et qui embrasse large. J’indiquerai pour mémoire à nos auditeurs l’étude de Zeev Sternhell sur les Anti-Lumières. Celle-ci montre comment le relativisme moderne trouve ses sources dans le mouvement qui s’est développé en réaction aux Lumières des 17e et 18e siècles, récusant l’universalisme pour mettre en avant les particularismes, l’historisme. Il n’est pas inutile de rappeler que ses thuriféraires (des noms.. .) prônaient, prônent toujours, un état fort adossé à une église partout présente. Cette étude justifierait à elle seule une de nos futures émissions.

B. S. : Voilà une référence essentielle. Car l’entreprise de destruction de l’acquis social et d’enfreinte à l’émancipation des peuples doit un minimum veiller aux bonnes manières, laissant à cet effet au relativisme le soin d’actualiser une rhétorique qui justifie sans relâche son combat contre les Lumières.

C.B. : C’est dans la même logique que les portes-paroles cités de cette idéologie relativiste ont leur tribune attitrée dans de très autorisés magazines scientifiques.
* Comme antidote à cette littérature, conseillons aussi la lecture de deux livres : Intrusions spiritualistes et impostures intellectuelles en science et Les matérialismes et ses détracteurs parus aux éditions Syllepse dans la collection Matériologiques. C’est une somme réalisée sur le sujet par des intellectuels de la Libre pensée.

B. S. : Une large part du relativisme est débusquée dans ces deux ouvrages. Mais ne reste-t-il pas des domaines où ce discours postmoderniste s’exprime sans que nous ayons jusque-là entrepris de le contredire ? Convenons qu’il ne faut rien laisser de côté car s’il est vrai que cette rhétorique postmoderne a pour fonction, nolens volens, d’accompagner la destruction de l’acquis social, il nous faut sans cesse repérer la façon dont l’idéologie actualise son déguisement. Or Charles, je sais que nous ne sommes pas à l’unisson sur cet inventaire. Les relativistes ne présentent selon toi pas tous le même profil. Veux-tu évoquer ton analyse, j’évoquerai rapidement ensuite la mienne ? Cette controverse devrait d’ailleurs conforter l’auditoire dans l’idée que le Libre pensée est un forum ouvert où l’on discute ferme et l’inciter peut-être à nous rejoindre.
Je t’en prie.

C.B. : Oui. Blaise…. Pour être bref, je dirai qu’une approche purement physicaliste considère que tout est contenu dans le « signal » et que l’on pourrait donc en l’analysant en dégager le « sens », c’est le point de vue du béhaviourisme. Un stimulus provoque une réponse et l’analyse des stimuli et des réponses permettrait de comprendre la « boîte noire » qui est entre les deux. Or, un exemple de la vie courante montre que cela n’est pas si simpliste : le même signal sonore peut être perçu agréablement ou bien désagréablement par deux personnes différentes parce que les catégories qui font sens pour ces individus n’ont pas été construites de la même façon. Bien sûr cet exemple de relativisme ne peut être compris que par une approche dialectique qui prenne en compte l’histoire et les attentes des individus. De la même manière, les généticiens sont confrontés à des phénomènes de même nature, un même signal déclenchant une série de processus différents selon l’histoire et le contexte...

B. S. : Charles, nous sommes d’accord. La philosophie mécaniste du XIXe n’a plus court. Par exemple, le phénomène de la couleur serait bien dérisoire si on le réduisait à celui du signal. Mais si l’on se rappelle par exemple qu’il existe un signal distal et un signal proximal, on peut et on doit considérer, nous l’avons dit, que la matière contient toute l’information – à condition de considérer la matière au sens large (nous sommes de la matière et une matière qui pose des questions). Cette attitude permet définitivement de disqualifier toute digression relativiste-animiste.
Or cette tenue à l’écart de la matière, ce refus du référent (par exemple le refus d’utiliser un nuancier de couleurs aux fins d’approcher la question des catégorisations perceptives) est courant parmi des approches disciplinaires auxquelles tu sembles accorder plus de crédit qu’à Latour et Stengers.
Selon moi, certains raisonnements participent au contraire de ce continuum qui contribue à jeter un voile sur les savoirs. À l’appui de cette remarque, je citerai la propre référence que tu m’as fournie de Zeev Sternhell qui qualifie de « démarche la moins fertile » celle « associée au contextualisme linguistique dans sa version dure, celle qui rejette toute méthode analytique qui ferait appel à des éléments d’explication autres que le langage et le vocabulaire. Pour cette tendance, seul le texte existe c’est-à-dire seules les formes du discours seraient dignes d’analyse. »

Je crois en effet que la Libre pensée devra s’attarder à débusquer le lien entre des pensées qui se citent les unes les autres (c’est encore Sternhell qui le fait remarquer). Et un examen approfondi d’une histoire séculaire pourrait fort bien nous rendre stupéfait devant la découverte inattendue mais possible de certaines contributions objectives, réalisées de plein gré ou à l’insu de leurs protagonistes, contributions à la déconstruction des savoirs et la destruction du social.


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émission du 8/06/08
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