Bertha VON SUTTNER, militante pacifiste

janvier 2008
samedi 26 janvier 2008
par  federation nationale
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Michèle VINCENT : Aujourd’hui, la Libre Pensée reçoit Jean Paul Vienne responsable du Comité de l’Isère du mouvement de la paix. Jean Paul Vienne, pouvez-vous nous parler de Bertha VON SUTTNER, militante pacifiste, très connue dans le monde, puisqu’une salle porte son nom à L’ONU mais totalement méconnue en France.

Jean Paul Vienne : En effet, il s’agit de rendre justice à cette femme totalement oubliée en France et que l’on peut considérer comme la première femme ayant eu un rôle politique en Europe et dans le monde, à une époque ( début 20° siècle) ou les femmes sont exclues de la vie politique. On peut aussi la considérer comme la mère du militantisme moderne.

Michèle VINCENT : Pensez-vous que c’est sa formation qui l’a amenée à ses engagements :

Jean- Paul VIENNE : Vous le savez à l’époque il n’existait pas de lycées de filles. Elle à alors bénéficié de l’enseignement de quatre préceptrices particulièrement éclairées, qui lui ont transmis une solide formation philosophique. A 13 ans, elle avait lu tout Descartes et à 16 ou 17 ans, elle connaissait parfaitement les philosophes des Lumières. Ceci à largement contribuer à développer son rationalisme qui ne la quittera plus.

Michèle VINCENT : Je crois savoir que sa première action à été une action anti-raciste.

Jean Paul VIENNE :En effet, son humanisme rationaliste ne l’amène pas directement à son action militante, car n’oublions pas qu’elle est issue de l’aristocratie Austro-Hongroise ( elle est originaire de Vienne). C’est sa réflexion qui l’amène à sa vie militante. En effet, après un séjour de 9 ans dans le Caucase, elle rentre à Vienne en 1893 et ne reconnaît pas sa ville en proie à une vague d’anti-sémitisme sans précédent. Elle écrit alors des articles pour la presse, organise des réunions, et crée un journal ainsi, qu’ avec son mari, Arthur VON SUTTNER, une association de lutte contre toute forme de discriminations ( anti-sémitisme, anti-slavisme, anti-colonialisme.. .). Cette organisation réunit très rapidement 2000 personnes à Vienne.

Michèle VINCENT :Son action n’a- t’elle pas dépassé les frontières de l’Autriche Hongrie ?

Jean Paul VIENNE :Son action anti-raciste est effectivement restée limitée aux frontières de ce pays, qui , tout de même, faut-il le rappeler, était un territoire plus grand que la France. Mais cette expérience militante permet à Bertha VON SUTTNER, à partir de 1889-1890, de développer son action mondiale en faveur de la paix.
D’abord, elle est écrivaine et publie un romans important , « l’Ere Des Machines » en 1888 qu’elle signera sous un pseudonyme. Elle pense en effet que son roman ne serait pas pris aux sérieux si elle le signait sous son nom de femme. Dans ce roman en 8 chapitres, elle aborde toutes les grandes causes humaines : problème des femmes, faim dans le monde, racisme et antisémitisme… et elle explique comment, par la technique et la raison ont peut vaincre ces fléaux. Ce roman se vend à 200 000 exemplaires.

Elle vient alors en France, ou elle rencontre des militants pacifistes français, italiens et anglais comme Pratt, Frédéric Passy ou Monetta . Elle ajoute alors un 9° chapitre à son roman expliquant comment la raison et la fraternité peuvent venir à bout de la guerre. Puis elle écrit un deuxième roman « A bas les armes », roman résolument pacifiste qui dénonce tous les effets de la guerre. C’est un roman très documenté qui s’inspire de Zola . Il est vendu à plus de 2 millions d’exemplaires plus les pirates , et il lui donnera définitivement sa notoriété en tant qu’auteure . Elle se rend compte alors que la paix est la cause de sa vie.

Elle prend alors la décision de participer au 3° Comité International de la paix à Rome en 1891 à la tête du Comité d’Autriche Hongrie. Ce Comité n’existant pas, elle va le créer. Pour cela, elle lance un appel dans un journal de Vienne qui défend les valeur de la gauche bourgeoise (laïcité, éducation…) En 2 mois, elle réunit 3000 adhérents à ce Comité dont elle prend la présidence. Elle se rend à Rome ou elle ouvre le congrès. De par sa personnalité et sa beauté, ce qui ne gâche rien, elle devient très vite une personnalité de d’importance mondiale, du moins européenne. Elle fonde le bureau international de la paix dont le siège est à Genève . Elle en devient la Vice Président, mais il faut bien avouer que tout le travail repose sur elle.

Michèle VINCENT :Peux-on dire de Bertha VON SUTTNER qu’elle avait une vision globale des grandes causes humaines ?

Jean Paul VIENNE : Bien sur, et elle fondait son militantisme sur des grandes valeurs en particulier sur une idée laïque. De plus elle considérait qu’on ne pouvait militer contre la guerre sans une action sociale, pour l’égalité des hommes et des femmes mais aussi de tous les hommes dans leur globalité. On peut dire qu’elle a inventé un militantisme universel.

Michèle VINCENT : Quelle ont étés ses relations avec les hommes politiques français comme Jaurès ?

Jean Paul VIENNE : Outre qu’elle était parfaitement francophone, on peut dire qu’elle était aussi francophile. En effet elle entretenait d’excellentes relations avec les écrivains français comme Zola, Romain Roland, Anatole France, mais surtout, elle connaissait bien les politiques comme Jaurès avec qui elle entretenait des relations épistolaires importantes qu’il faudrait publier. C’est Jean Jaurés qui lui a permis de se rapprocher des valeurs socialistes et même à lui faire accepter certains principes du Marxisme tel la Dialectique historique.

Merci à Jean Paul VIENNE.


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