Frères de tranchées

lundi 18 août 2014
par  federation nationale
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Dans cet ouvrage fort intéressant sont publiés quatre textes de Marc Ferro, Malcom Brown, Rémy Cazals et Olaf Mueller. Deux sont français, un est allemand et l’autre anglais. Ils portent pourtant le même regard sur le phénomène de fraternisation durant la Première Guerre Mondiale.

Ils apportent des précisions utiles. Selon les troupes en présence, les choses ne furent point identiques. Il n’y eu pas de fraternisations dans les troupes de choc, dressées pour tuer. Les Prussiens étaient plus belliqueux que les Bavarois et les Saxons qui ne voulaient pas mourir pour Guillaume.

Il y eu des fraternisations aux Noëls 1914 et 1915, mais non par la suite. Celles qui viendront après n’utiliseront pas le calendrier « religieux » pour se manifester, mais seront directement en prise avec la situation militaire et politique. On notera le grand intérêt qu’y porteront des révolutionnaires comme Lénine et Trotsky. Ils tenteront d’ailleurs de susciter ces fraternisations pour désagréger l’armée allemande sur le Front de l’Est en 1917-1918.

Sir Arthur Conan Doyle, le créateur de Sherlock Holmes qui était loin d’être un révolutionnaire internationaliste, notera dans son premier volume des Histoires de la guerre : « La trêve de Noël 1914 fut un spectacle sidérant, méritant d’être salué comme un exemple d’humanité parmi les horreurs qui avaient entaché le souvenir de la Guerre. » Et Jerome K.Jerome, écrivain, de rajouter : « Il est dommage qu’on n’ait pas laissé les simples soldats conclure la paix. Il n’aurait pas été alors nécessaire alors de créer une société des nations. »

Beaucoup d’écrivains se sont penchés sur les fraternisations. Malcom Brown note : « La trêve de Noël de 1914 n’a pas mis un terme à la guerre, mais elle a du moins réaffirmé cette vérité trop souvent négligée selon laquelle l’humanité ne peut survivre, au bout du compte, que dans la réconciliation et non dans le conflit. »

Et Rémy Cazals de rajouter : « Le cœur se fend en songeant aux imaginations de tant de pauvres hommes qui, cette nuit-là, désertent en pensée. » Les auteurs soulignent aussi l’évolution des choses dans les tranchées. La trêve (Noël ou Paques) est la survivance d’une pratique chevaleresque du Moyen-Age. Elle consiste à faire une pause entre « gentilhommes ». C’est pourquoi, certains officiers fermeront les yeux dessus.

Mais avec l’évolution du conflit, une autre donnée apparaît : la grève de la guerre. Les soldats refusent de monter à l’assaut, trouvant mille-et-un prétextes. On a même vu les artilleurs ( qui ne sont pourtant pas en première ligne, donc au contact) tirer volontairement au-dessus des tranchées pour ne tuer personne. Une révolte sourde est en train de monter. Un refus de la tuerie grandit.

Les anciens combattants des deux camps estimaient après la guerre qu’ils avaient eu plus de points communs avec les soldats des tranchées adverses qu’avec « leurs » civils de l’arrière. De là naîtront inévitablement les mutineries. Cela va d’ailleurs poser de graves problèmes à la justice militaire.

Les Codes de justice militaire des différents belligérants datent du XIXe siècle. Ils sont le produit des guerres de l’époque. Les anciens Codes militaires parlaient de « fuites devant l’ennemi ». En l’occurrence, dans les tranchées, cela ne voulait plus rien dire. Les refus de monter à l’assaut, les fraternisations, les mutineries n’étaient pas des « fuites devant l’ennemi ». C’étaient des refus purs et simples de combattre. C’était véritablement la grève de la guerre.

On voit bien dans la filmographie sur les Fusillés pour l’exemple que les Conseils de guerre vont « jouer » avec les articles du Code militaire pour trouver le bon article pour permettre les fusillades. Mais cela ne tenait pas la route. D’où l’urgence à statuer et à fusiller pour éviter tout recours qui auraient cassé la machine judiciaire. L’affaire du « Pantalon » le montre : où est véritablement le refus d’un ordre devant l’ennemi quand le soldat Bersot refuse le pantalon souillé d’un mort ?

Ces dramatiques évènements feront même découvrir la notion d’état de choc post-traumatique (Shell Shock) pour expliquer le comportement de soldats hébétés, terrorisés, incapables d’exécuter le moindre ordre. Cette découverte médicale sera d’ailleurs en quelque sorte la victoire posthume des Fusillés pour l’exemple. Ce n’était pas la lâcheté qui expliquait leur comportement, mais c’était simplement l’horreur et la violence barbare de la guerre.

Mais les culottes de peau et vieilles badernes galonnées et les politiques aux ordres refuseront et refusent toujours d’en tirer la seule conclusion logique : la réhabilitation collective des 650 Fusillés pour l’exemple de 1914-1918. Ce refus est éclairant sur l’asservissement politique des gouvernements vis-à-vis de la hiérarchie militaire. Ils devraient en être morts de honte et pétrifiés de remords.

Bien au contraire, les palinodies de François Hollande et de son sous-secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants Kader Arif à l’occasion du 70ème anniversaire des débarquements de Normandie et de Provence sont sidérantes de médiocrité et de stupidité. Faire des parades aériennes, terrestres et navales pour faire « comme si » afin de cirer les brodequins des généraux et des amiraux, c’est le comble de la honte et du ridicule.

Il est en de même des médias publics ou privés qui ont fait preuve d’une flagornerie rarement atteinte. Mais fort heureusement, le ridicule ne tue pas. Mais la guerre si. Mais cela n’empêchera rien. L’histoire des fraternisations dans les tranchées a montré, qu’inéluctablement, on passe du « Tuer ou se faire tuer » au « Vivre et laissez vivre ».

C’est pourquoi la Libre Pensée, avec toutes les associations et militants qui partagent notre combat de justice, réhabilitera les 650 Fusillés pour l’exemple de la Première Guerre mondiale. C’est ce que l’Humanité leur doit.

Christian Eyschen

Frères de tranchées par Marc Ferro, Malcom Brown, Rémy Cazals, Olaf Mueller – Editions Perrin – 330 pages – 8,50€


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