Pourquoi cette persévérance de la Libre Pensée pour la réhabilitation ?

mardi 5 août 2014
par  federation nationale
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Intervention place Pierre Brizon à Franchesse, ville de naissance du député qui vota contre les crédits de guerre et dont il fut le maire, devant la plaque commémorant le 24 juin 1916, date du vote des 3 députés socialistes Kienthaliens contre les crédits de guerre

Chers amis, chers camarades,

Cette persévérance de la Libre Pensée dans son combat pour la réhabilitation des fusillés pour l’exemple n’est-elle pas déraisonnable ?

Les objecteurs des « droits communs » après avoir porté des coups bas à la réhabilitation collective sont désormais « dans les cordes »

Nous en prenons acte.

Nous redisons tranquillement ce qui a toujours été notre position car la Libre Pensée, depuis le début de sa mobilisation intense à ce sujet, est sûre de son fait et estime ne pas avoir cédé à une impulsion d’irresponsabilité en revendiquant avec les organisations unies sur cet objectif que tous les fusillés pour l’exemple soient enfin réhabilités. Quelques esprits délicats rechignaient à nous suivre sur ce terrain arguant du fait que parmi eux aurait pu se glisser un cas douteux, un « doit commun » pour tout dire et ces belles âmes se refusaient à une telle atteinte à la morale publique.

Tempêtes sous des crânes respectables ? Cas de conscience légitimes ? La réhabilitation collective n’était-elle pas un encouragement à la criminalité, une sorte de justification posthume à des conduites moralement condamnables ?

A cela nous avons répondu que si tel était le cas, l’exemple serait venu de haut puisque les prisons ont été ouvertes dès la déclaration de guerre de sorte que les individus de sacs et de cordes condamnés par la justice se sont retrouvés sous les drapeaux à des fins de « rachat » ; ledit rachat consistant en hauts faits d’armes ou jugés tels par une hiérarchie militaire peu regardante sur la réalité des exploits guerriers. Tuer du « boche » était devenu le critère moral suprême qui permettait toutes les exactions, tous les comportements assassins. Sans états d’âme, la crapule pouvait s’y illustrer et gagner des médailles. Sauf à s’impliquer le cas échéant, en quelque sorte par entraînement, dans une sale affaire où des civils auraient été les victimes. Il a pu arriver dans de tels cas – impossibles à dénombrer, mais de faible occurrence - que le commandement soit obligé de se tirer une balle dans le pied en punissant un comportement criminel de ce type par le recours à la peine de mort.

On l’aura compris, ce n’est pas ce genre de règlement de comptes entre des apaches et leurs protecteurs du Grand Quartier Général qui nous ont mobilisés et nous mobilisent. Nous n’avions pas l’intention d’ouvrir un débat sur la légitimité de la peine de mort comme châtiment du crime dans la société en général et dans l’armée en particulier.

Non il n’y avait pas risque que la morale publique ait à souffrir de la réhabilitation collective des fusillés.

Qu’est-ce qui a mobilisé la Libre Pensée ?

Ce qui nous a mobilisés et ce qui continue à nous mobiliser – on s’en est maintes fois expliqué, mais il n’est pire sourd que celui qui se refuse à entendre - c’est le sort de ces soldats du rang, de ces caporaux, qui ont connu l’horreur des combats, qui pour les uns ont cédé à la peur et cherché à échapper à la mort, qui, pour d’autres, ont connu un moment de désordre psychique intense qui les a plongés dans une détresse sans nom et qui ont pris la fuite lors d’une attaque ou à tout autre moment, ou encore qui se sont endormis à un poste de garde, sans oublier ceux qui ont refusé de repartir au carnage dont ils venaient juste de sortir (cas des caporaux de Souain ou des mutins de mai-juin 1917) ou bien encore ceux qui ont agi à l’encontre du règlement militaire sur tel ou tel article, etc. etc.

Nous avons été informés - comme tout un chacun (dépêche AFP du 19 juin, 13h 36) - que désormais, mention devrait être faite de 918 fusillés (chiffre retenu par M. Kader Arif) sur les écrans d’accueil au musée de l’armée à l’Hôtel national des Invalides, et que « tous seront mentionnés, sans distinction, y compris ceux pour lesquels nous n’avons que très peu d’informations ».

Ce chiffre de 918 nous interpelle car les spécialistes les plus indiscutés chiffraient jusqu’alors autour de 650 les fusillés pour l’exemple. Tout se passe comme si ce nouveau comptage était basé sur le nombre estimé de fusillés, incluant donc d’une part les « fusillés pour l’exemple » proprement dits et d’autre part des soldats fusillés pour des faits ne relevant pas du tout de cette fameuse exemplarité à promouvoir à des fins strictement militaires. Le nombre de 918 indique que ce sont les fusillés incluant ces deux catégories d’exécutés, catégories sans rapport l’une avec l’autre, qui seront mentionnés sur ces fameux écrans d’accueil.

Ces derniers vont donc servir à entretenir une confusion complète, celle que les autorités de ce pays n’ont pas voulu dissiper comme elles auraient pu le faire en procédant à la réhabilitation globale des « fusillés pour l’exemple », exemplarité marquée par le défilé des troupes devant les corps sans vie tombés sous les balles françaises du peloton d’exécution, exemplarité découlant de l’utilisation du peloton comme bras armé non pas de l’ordre social en général mais bel et bien de l’ « ordre militariste », stricto sensu.

Enfumage et mystification : une défaite pour l’esprit républicain

On l’aura compris, les « écrans d’accueil » des Invalides sont destinés à pérenniser une situation de stigmatisation qui reposera cette fois sur l’amalgame entre les deux catégories de fusillés que nous mentionnons.

Il est possible que l’art de l’escamotage y ait gagné, que ce tour de passe-passe soit à porter au crédit des prestidigitateurs qui nous gouvernent mais la grandeur républicaine y aura une nouvelle fois perdu beaucoup. Fidèles à Jaurès, nous ne sommes pas naïfs ou oublieux au point d’ignorer les limites et les contradictions de la IIIe République qui a favorisé l’édification du fameux « mur de l’argent » etc., mais nous savons aussi avec Jaurès reconnaître la grandeur républicaine et porter au crédit de cette dernière d’immenses conquêtes démocratiques.

Nous saluons en particulier le courage dont la IIIe République a su faire preuve lorsqu’elle a amnistié les Communards et lorsqu’elle a réhabilité Dreyfus.

Force nous est de constater que la Ve République, non seulement se couche devant la puissance de la finance internationale, comme un animal de compagnie servile et empressé le fait sous les caresses ou les menaces de son maître, mais de plus, en saltimbanque de petit talent, contente de soi et quêtant les bravos, elle procède à cette mise en scène de l’Hôtel des Invalides et de ses écrans d’accueil mystifiants.

La Libre Pensée saura prendre lors de son prochain congrès, à Nancy, des décisions capables d’exprimer la tradition républicaine dans son contenu le plus riche du point de vue de la Civilisation. Elle a déjà annoncé dans des communiqués nationaux sa volonté de faire, pour commencer, le procès symbolique des généraux fusilleurs et d’en appeler à la conscience humaine pour poursuivre et amplifier sa bataille pour la réhabilitation des fusillés pour l’exemple par les citoyens eux-mêmes. Puisqu’aussi bien « l’honneur de la République » n’est plus en dépôt chez les puissants de caractère institutionnel, mais qu’il est, cet honneur, vivant et actif dans la conscience des millions et des millions de sans-grade que sont les citoyens de ce pays, c’est eux qui se chargeront de le sauver.

Nous ferons appel au peuple pour qu’il puisse sous une forme appropriée (un monument quelque part sur la ligne de front) faire de cette cause des fusillés pour l’exemple une cause humaine, loin des combinaisons et petits calculs d’un régime décidément sans honneur.

Pierre Roy


Le 30 juin 2014
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compte rendu dans la presse du rassemblement de Franchesse

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