La Libre Pensée sur France culture dimanche 13 avril 2014

jeudi 24 avril 2014
par  libre pensee2
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Au micro, Martine Boussel, membre de la Commission Sciences de la Fédération Nationale de la Libre Pensée.
Chers auditeurs, les quelques minutes que nous allons passer ensemble seront consacrées à la recherche sur l’embryon humain. Notre invité : Pierre Jouannet, Professeur émérite de l’université Descartes à Paris en biologie de la reproduction et membre du comité d’éthique de l’INSERM.
Sur tous les sujets, les libres penseurs sont fondés à s’exprimer et à combattre pour l’émancipation des individus, pour conquérir de nouveaux droits et libertés individuelles toujours au nom de l’élargissement de la liberté de conscience. Dans une république laïque, les lois, les diverses réglementations ne doivent pas contraindre ceux qui n’ont pas de convictions religieuses à suivre leurs préceptes, leurs dogmes. La Libre Pensée a donc enregistré avec satisfaction la loi du 6 août 2013 qui lève l’interdiction de la recherche sur l’embryon humain. Elle a beaucoup contribué, depuis le colloque qu’elle a organisé en octobre 2009 au grand amphithéâtre de l’Ecole de médecine – dont les actes ont été diffusés très largement auprès des médecins, des scientifiques et des parlementaires, en faveur de la recherche sur l’embryon humain.
Cinq ans après, la Libre Pensée organise un nouveau colloque le 8 juillet 2014, à Nancy.
Claude Burlet, membre de la Commission Sciences et de la Fédération de la Libre Pensée de Nancy, professeur émérite du CHU de Nancy en biologie cellulaire et ancien Président de l’Université de Nancy, va vous présenter ce colloque.

C.B. : Ce colloque est destiné à faire le bilan de l’interdiction. Quels sont effectivement les enjeux ratés par notre recherche et également par l’utilisation de ces techniques au niveau de l’embryon humain. Nous aurons trois grands thèmes :
- Quelles sont les conséquences d’une l’absence de recherche dans la réalisation d’une fécondation in-vitro ? Le docteur Joëlle Bellaisch-Allard, Vice-Présidente du Collège nationale des gynécologues, évoquera ce qu’est la fécondation in vitro, que le grand public ne connaît pas beaucoup. Sachez qu’il y a environ 820 000 naissances en France et 2% seulement sont des grossesses issues de cette aide médicale à la procréation.
Pour une grossesse normale la réussite est de l’ordre de 75% et pour une fécondation in vitro, l’aboutissement à une grossesse normale varie de 21 à 41% selon les performances des centres. D’une façon générale c’est nettement moins bien que dans les pays où la recherche sur l’embryon est autorisée. P. Jouannet nous parlera justement de ces problèmes de recherche sur l’embryon pour l’efficacité de cette fécondation in vitro. Ensuite, le Professeur André Van Steirteghem, de l’Université néerlandophone Libre de Bruxelles, viendra nous parler de l’expérience belge où l’expérimentation sur l’embryon est autorisée par la loi de 2003.
- Le Professeur John De Vos, de Montpellier, nous parlera des bonnes et des mauvaises solutions de substitutions pour les cellules embryonnaires humaines.
- Marc Pechanski viendra nous parler de tous ce qui concerne les thérapies cellulaires et les effets de l’interdiction et sur les limites de la nouvelle loi.
Ensuite nous donnerons la parole à deux membres de notre Fédération Nationale : Dominique Goussot, le juriste et Pascal Clesse, le philosophe. Effectivement, il y a une différence entre l’interdiction avec dérogation et l’autorisation sur programme. Beaucoup pensent que l’on abouti à la même chose mais ils nous dirons, à la fois en terme de droit et en terme de philosophie, quelles sont les grandes différences.

Voilà donc le programme de ce colloque auquel nous espérons accueillir beaucoup de monde.

M.B.  : Merci Claude. Pierre Jouannet, tout d’abord merci de votre présence. Pour vous qu’est-ce-que ce régime d’interdiction, qui a duré une vingtaine d’années, nous a fait perdre en terme de recherche et de connaissance sur l’embryon humain ? Est-ce que vous pouvez nous l’illustrer, nous le rendre un peu plus concret pour nos auditeurs ?

P.J. : Ce fut une interdiction totale en 1994 lorsque la première loi a été votée. La difficulté c’est que depuis 20 ans il y a eu quatre lois qui ont traité du sujet et que ces lois ont toutes été différentes. On est passé d’une interdiction de toute expérimentation à une absence d’interdiction avec la dernière loi de 2013. Entre les deux, il a été créé en 2004 et 2011 des autorisations par dérogations à l’interdiction qui étaient possibles à condition que ces recherches soient très encadrées par l’Agence de la biomédecine comme c’est normal d’ailleurs. Tout cela dans un climat général, dans la société, dans le débat éthique, très hostile au concept même de recherche sur l’embryon. L’argument qui était souvent avancé pour refuser la recherche c’était que cette recherche porterait atteinte à la vie de l’embryon, qu’elle ne permettait pas de protéger l’embryon. Ce qui est un concept absurde, pour l’être humain en général, car quand on fait de la recherche biomédicale ce n’est pas contre l’être humain. C’est au contraire pour promouvoir le développement, la santé de l’être humain. On pourrait dire que pour l’embryon il en est de même.
En fait, il y a un grand mal entendu dans cette affaire : il n’y a pas un seul type de recherche sur l’embryon, il y a deux sortes de recherches. De ce point de vue là il faut vous remercier, vous de la Libre Pensée et organisateurs de ce colloque, de considérer ces différents types de recherches. Dans les personnes que vous avez invitées, certaines travaillent sur un certain type de recherches que sont les recherches sur les cellules souches embryonnaires utilisées pour créer d’autres cellules dans une finalité thérapeutique potentielle. Dans ce type de recherche, l’embryon n’est que fournisseur de cellules et la finalité n’est pas l’embryon lui-même. La finalité c’est de pouvoir créer des neurones, des cellules cardiaques, faire des études de cancérologie etc. Là ce n’est pas la vie de l’embryon lui-même qui est en jeu c’est la suite.
Il y a une autre catégorie de recherche que l’on pourrait dire pour l’embryon lui-même. Une recherche qui cherche à connaître ses mécanismes de développement dans cette phase très précoce qui est celle où l’embryon se développe au laboratoire avant son implantation dans l’utérus, et de voir comment on pourrait améliorer les conditions de l’embryon, ses perspectives de développement dans son intérêt, et qui aurait aussi l’avantage, comme vous l’avez souligné, d’améliorer les résultats de la fécondation in vitro et des techniques d’assistance médicale à la procréation. Cette recherche est complètement ignorée, négligée.
Pour être très précis, c’est l’Agence de la biomédecine qui délivre les autorisations de recherche depuis 2006, et elle a délivré 66 autorisations depuis 2006. Sur ces 66 autorisations de recherche, 59 concernaient les cellules souches embryonnaires et 5 concernaient l’embryon lui-même. Ces 5 projets de recherches autorisés, l’on été entre 2006 et 2008, et depuis 2008 il n’y a eu aucun projet de recherche qui concerne l’embryon lui-même. Ce qui a conduit certains à dire que la recherche sur l’embryon est sinistrée en France.

M.B. : Est-ce que l’on peut dire qu’avec cette nouvelle loi l’embryon ne sera plus relégué au rang d’intouchable, puisque c’est ainsi que principalement l’Eglise, le Vatican le considèrent en disant : « non ! on ne touche pas à l’embryon » ? Et justement est-ce qu’il y a enfin une recherche possible au bénéfice de l’embryon lui-même, grâce à cette nouvelle disposition législative ?

P.J. : Cette loi a un grand intérêt puisque c’est une position de principe : la recherche n’est plus interdite. Maintenant cette loi est totalement insuffisante en tant que telle pour promouvoir la recherche sur l’embryon. Le fait de développer des recherches dépend de beaucoup d’autres choses. Il dépend d’abord du financement de la recherche. Puisque la recherche était interdite il n’y avait aucun financement possible. Maintenant qu’elle est autorisée on va voir si les programmes nationaux de recherches, qu’ils s’agissent de recherches cliniques, de l’Agence Nationale de la Recherche, vont inscrire la recherche sur l’embryon dans leurs perspectives de financement. C’est un point important.
Un deuxième point, c’est l’organisation de la recherche. Il faut savoir que beaucoup des embryons qui sont conservés dans les laboratoires de fécondation in vitro ne répondent plus au projet parental des personnes qui sont à leur origine. Il y en a plus de 17 000 actuellement en France. Ces 17 000 embryons sont répartis dans les 104 centres de fécondation in vitro français qui n’ont pas vocation à la recherche. De fait ces embryons qui existent, qui ont été donnés à la recherche par leurs géniteurs, sont pratiquement inutilisables car rien n’est organisé pour qu’ils puissent rentrer dans des programmes de recherche.
A partir du moment où la recherche est autorisée il faut la volonté que cette recherche se fasse et donc prendre les mesures nécessaires au bon déroulement de cette recherche.

C.B. : Pierre, toi qui es spécialiste de la physiopathologie du développement je suppose qu’il y a de grandes questions qui sont posées. Il y en a une que les biologistes cellulaires se posent régulièrement c’est que lorsqu’il y a une fécondation dans beaucoup d’espèces animales, voir végétales, et qu’il y a un chromosome surnuméraire, il est éliminé au cours des différentes segmentations, des différentes divisions. Comment se fait-il que la trisomie 21 n’ a pas ce même mécanisme ? Est-ce qu’il y a des recherches dans ce sens ?

P.J. : Je ne suis pas spécialiste de la trisomie 21 mais c’est vrai que dans les mécanismes du développement on sait que la trisomie peut se produire pour toutes les paires de chromosomes. Quand un embryon est porteur d’une trisomie, il va se développer pendant un certain temps et son développement va s’arrêter. On pourrait dire que la règle naturelle veut que les embryons trisomiques ne se développent pas à moins que cette trisomie est moins d’effets sur les fonctions vitales de l’embryon. En fait il y a deux types de trisomie qui apparaissent chez les enfants sont celles qui ont le moins de conséquences dans le développement de l’enfant : la trisomie 18 et la trisomie 21 qui touchent les plus petits chromosomes de la cellule. Ces enfants survivent car il y a eu moins d’altération sur le développement que les autres trisomies.
Ces altérations restent néanmoins importantes car ces enfants sont très handicapés notamment sur le plan neurologique.
Oui, il y a des recherches pour prendre cela en compte et trouver des solutions. Des travaux de génétique moléculaire semblent indiquer que l’on pourrait peut être trouver des manières de contrer les effets négatifs de ce chromosome supplémentaire quand c’est un chromosome 21.

C.B. : Merci Pierre pour ces explications.

M.B.  : Ce début de débat et d’informations laisse augurer de l’intérêt qu’il y aura à participer à ce colloque. C’est une tribune libre que la Libre Pensée offre pour un libre débat.
Nous n’avons pas eu le temps de l’aborder mais il y a aussi cette question des cellules IPS, dont une fois encore l’Eglise s’est emparée. Le Vatican a déclaré que si l’on pouvait créer des cellules souches embryonnaires sans toucher à l’embryon il fallait chercher dans ce sens et abandonner l’idée même de toute recherche sur l’embryon humain.

Autre information à vous communiquer : Cet été, se tiendra, à Londres, le 4ème congrès de l’Association Internationale de la Libre Pensée (AILP). Le débat sur la liberté de conscience et la liberté de la science est un des terrains majeur de l’AILP.
Ce congrès se tiendra à Conway Hall, le 11 août. Vous pouvez vous y inscrire et/ou soutenir ce congrès en écrivant à : Libre Pensée 10/12 sur des Fossés St Jacques 75005 Paris. (Chèque à l’ordre de : Libre Pensée).

Chers auditeurs, je vous souhaite une très bonne journée.



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