Mais pourquoi ne suis-je plus un malade délinquant ?

lundi 3 mars 2014
par  federation nationale
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Mais pourquoi ne suis-je plus un malade délinquant ? La réponse attendue à une pareille question serait : mais parce que tu es guéri et que tu as cessé de commettre des délits. Or, il n’en est rien. La réponse est : parce que je vis ici et maintenant.

Vous aurez deviné derrière cette accroche particulière que je vais vous entretenir d’un sujet qui me tient à cœur parce qu’il me tient aussi au corps et que si, en général, on s’attarde sur la maladie et on s’apitoie sur le parcours qui mène à la délinquance, force sera de constater, que même ici, en France, et aujourd’hui on s’attarde sur l’état de santé et la nécessité d’intégration dans la société de ceux qu’il est convenu de ramener, de vouloir rabaisser, à leur seule orientation sexuelle.

Liberté, Egalité, Fraternité, comme vous êtes encore loin de moi…

Ma « guérison miraculeuse », et celle de millions de personnes à travers le monde, est intervenue officiellement le 17 mai 1990 lorsque l’O.M.S. (Organisation Mondiale de la Santé) retire l’homosexualité de la liste des maladies mentales. Cette guérison avait été préparée dès 1973 par l’Association américaine de psychiatrie mais ne sera confirmée en Chine que le 20 avril 2001.

Mais guéri pour combien de temps encore ? Toute une frange de la population française attend ma « rechute » avec bon espoir et tente de me convaincre que mon état va sans doute empirer d’élections en élections dans une surenchère homophobe que la loi n’arrive plus à contenir.

Doit-on sans cesse rappeler que, comme l’hétérosexualité, l’homosexualité n’est pas un choix ? Sinon, croyez bien que des millions d’homosexuels à travers le monde ne le seraient pas s’ils pouvaient choisir. Quelques « coups de projecteurs » sur ces quatre-vingt dernières années et à travers le monde vous permettront, je l’espère, de mieux comprendre ce que vivent encore les homosexuels, du simple fait d’exister.

Le traitement de l’homosexualité par les nazis...

Pour situer le danger il faut se souvenir des temps pas si lointains, que nos parents ou grands-parents ont connu. Le 18 février 1937, M. Himmler, affirmait dans un discours qui sera sans doute bientôt repris en toute impunité par une partie de la classe politique française : « Si j’admets qu’il y a 1 à 2 millions d’homosexuels, cela signifie que 7 à 8% ou 10% des hommes sont homosexuels. Et si la situation ne change pas, cela signifie que notre peuple sera anéanti par cette maladie contagieuse. À long terme, aucun peuple ne pourrait résister à une telle perturbation de sa vie et de son équilibre sexuel... Un peuple de race noble qui a très peu d’enfants possède un billet pour l’au-delà : il n’aura plus aucune importance dans cinquante ou cent ans, et dans deux cents ou cinq cents ans, il sera mort... L’homosexualité fait échouer tout rendement, tout système fondé sur le rendement ; elle détruit l’État dans ses fondements. À cela s’ajoute le fait que l’homosexuel est un homme radicalement malade sur le plan psychique. Il est faible et se montre lâche dans tous les cas décisifs... Nous devons comprendre que si ce vice continue à se répandre en Allemagne sans que nous puissions le combattre, ce sera la fin de l’Allemagne, la fin du monde germanique. »

Il ne manquera pas d’exposer les conséquences logiques de cette pensée dans un discours le 16 novembre 1940 : « II faut abattre cette peste par la mort. » Des milliers d’homosexuels furent déportés par les nazis en Europe. L’organisation de cette déportation ne fut cependant pas systématique et il est très difficile d’en chiffrer l’ampleur. Elle était préparée depuis le XIXe siècle par l’article 175 du code pénal allemand qui punissait l’homosexualité. Cet article fut particulièrement appliqué après l’arrivée des nazis au pouvoir et plus nettement encore après 1938. Les homosexuels arrêtés étaient d’ailleurs surnommés les « Hundert-fünf-und-siebzig », les ’175’, dans les camps.

Le fameux paragraphe 175 est resté en application dans sa version nazie jusqu’en 1969 en Allemagne de l’Ouest, alors que l’Allemagne de l’Est s’en était départi dès 1949.

... Et après

Au lendemain de la Libération, faire aveu d’homosexualité, signifie se rendre suspect et se voir éventuellement à nouveau condamné par la justice. Certains homosexuels sortis des camps nazis ont dû retourner dans les prisons de l’Allemagne ’libérée’. A ce propos, un rescapé de la Shoah note dans les années 1960 qu’en tant que juif, il est désormais protégé de toute condamnation légale, mais non en tant qu’homosexuel…

La situation restera délicate en Allemagne de l’Ouest entre 1945 et 1969 d’autant plus que la ’dénazification’ du système judiciaire ouest-allemand laissait partiellement à désirer. En d’autres termes, de nombreux juges qui avaient condamné les homosexuels sous le nazisme étaient toujours en poste après-guerre, prêts à renvoyer vers les geôles allemandes les rescapés des camps.

A partir de 1969, des militants ont dû s’employer à faire reconnaître aux politiques, et plus généralement à la société, que l’article 175 était un article homophobe et que les personnes condamnées l’avaient été injustement.

En plus de cela, un certain nombre d’amicales d’anciens déportés n’appréciaient pas que les homosexuels osent réclamer la reconnaissance du statut de victime. C’est d’ailleurs de la bouche de certains anciens déportés que les choses les plus terribles à l’encontre des homosexuels ont été exprimées notamment en 1995, quand des associations homosexuelles tentent de déposer une gerbe à la mémoire des homosexuels déportés au Mémorial de la Déportation de la pointe de l’Ile de la Cité construit pourtant pour témoigner du sacrifice de tous les déportés morts dans les camps de concentration sans aucune distinction.

Un rapport du 15 novembre 2001, de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation concernant la déportation d’homosexuels à partir de la France dans les lieux de déportation nazis durant la seconde guerre mondiale au motif d’arrestation n°175 posera même la question suivante : « Peut-on estimer que le chiffre de 210 noms concernés par la déportation pour homosexualité est suffisamment important pour être pris en considération considérant que le nombre de tziganes recensés jusqu’à présent n’est que de 145 et que la matérialisation de cette déportation n’a jamais été mise en cause ? »

La guerre des chiffres était ouverte, la mise en concurrence de la mémoire des atrocités. Si on a reconnu sans état d’âme la déportation tzigane, alors il faudra reconnaître la déportation homosexuelle, mais celle-là se fera difficilement du bout des lèvres, malgré le dégoût.

N’oublions jamais le témoignage de M. Pierre Seel, déporté au camp de Schirmeck : « Dans les camps, les homosexuels étaient soumis aux mêmes privations, aux brutalités, au travail forcé, aux expériences médicales, mais le triangle rose qu’ils portaient les soumettaient au mépris et à des vexations plus graves. Certains furent ainsi livrés aux chiens des SS qui les dévorèrent devant les autres déportés. »

A Dachau, ces homosexuels étaient la cible des mauvais traitements, des cruautés et des sarcasmes des S.S, mais ils constituaient un groupe isolé, marginalisé aussi par les codétenus. Nombre d’entre-eux furent castrés. Il faudra attendre juin 1994 pour que M. Pierre Seel, reçoive le titre de déporté politique.

Le long cheminement vers la dépénalisation

Le 26 avril 2001, M. Lionel Jospin, évoque pour la première fois de la part de l’Etat, la déportation pour homosexualité et le 26 avril 2005, M. Jacques Chirac, reconnaît finalement la déportation des homosexuels français dans les camps nazis dans son discours lors de la Journée nationale du souvenir de la Déportation.

Depuis 2005, le Conseil de l’Europe demande à tous les Etats membres de reconnaître la persécution nazie des homosexuels ce qu’oubliera de faire en février 2012, le député UMP, M. Christian Vaneste, en affirmant que la déportation des homosexuels est une légende.

L’homosexualité était un délit parce qu’elle empêchait la reproduction de la prétendue « race germanique ». La volonté sociale de combattre aujourd’hui l’homophobie face aux campagnes de haine menées par « la Manif pour tous » rencontre la résurgence de la mémoire d’une déportation oubliée.

Cette difficulté à faire reconnaître la mémoire de la déportation est profondément liée au rejet et à la condamnation de l’homosexualité par une majorité de la population jusqu’à ces dernières années. Et il suffirait d’un renversement de majorité pour que ce qui semble définitivement acquis disparaisse comme le constatent déjà les femmes espagnoles, aujourd’hui, en matière d’I.V.G. , et le constateront demain les homosexuels français si personne n’y prend garde.

Souvenons-nous du 6 août 1942, quand le Maréchal Philippe Pétain signe, sous l’impulsion de l’Amiral François Darlan, une ordonnance instituant l’article 334 alinéa 1 du Code pénal qui incrimine directement les relations entre personnes du même sexe lorsqu’est concerné un mineur de moins de 21 ans. La Libération fera disparaître un grand nombre de lois du Régime de Vichy, mais reconduira l’ordonnance de 1942 par une autre ordonnance, celle du 8 février 1945, qui par l’article 332-1 punira « d’un emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 60 francs à 15 000 francs quiconque aura commis un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe mineur de vingt et un ans ».

Rappelons-nous du sous-amendement de M. Paul Mirguet, voté par 323 voix contre 131 à l’Assemblée nationale, le 18 juillet 1960, et qui a introduit en France l’homosexualité dans la catégorie des « fléaux sociaux » et a notamment abouti à ce que les peines encourues pour outrage public à la pudeur (par exemple, rapport sexuel dans un lieu public) soient largement augmentées dans le cas de rapports homosexuels. Il visait essentiellement à protéger les mineurs d’agression pédophile. Il est le fruit de l’idée, fréquente à l’époque, et reprise aujourd’hui par la Manif pour tous, qui mêle homosexualité et pédophilie.

L’homosexualité devenait en 1960 « fléau social » par la volonté du législateur de la patrie des Droits de l’Homme et du Citoyen, au même rang que l’alcoolisme, la tuberculose, la toxicomanie, le proxénétisme et la prostitution, contre lesquels le gouvernement était autorisé à légiférer par ordonnances. M. Paul Mirguet parle de l’homosexualité comme d’un « fléau social (…), fléau contre lequel nous avons le devoir de protéger nos enfants ».

A noter que certains députés ayant voté contre cette loi l’ont fait, non par humanité envers leurs concitoyens ayant des orientations sexuelles différentes des leurs, mais sous la pression du lobby de l’alcool dont les ventes allaient chuter en classant aussi l’alcoolisme comme fléau social…

À la suite de cette décision du Parlement, l’ordonnance du 25 novembre 1960, signée entre autres par le président Charles de Gaulle, complète l’article 330 du Code pénal d’un alinéa 2, en prévoyant un doublement des peines minimales encourues pour outrage public à la pudeur « lorsqu’il consistera en un acte contre nature avec un individu de même sexe », c’est-à-dire dans le cas de rapports homosexuels.

En 1968, la France adoptera la classification de l’Organisation Mondiale de la Santé qui classe l’homosexualité parmi les maladies mentales et il faudra attendre 1990 pour qu’elle soit retirée de la liste.

L’article 330 alinéa 2 sera abrogé en 1980 dans le cadre d’une loi redéfinissant diverses infractions sexuelles, sur proposition du gouvernement de M. Raymond Barre (présentée par Mme Monique Pelletier, secrétaire d’État, reprenant la proposition de loi no 261 du 8 février 1978 de M. Henri Caillavet).

Le 11 juin 1981, M. Gaston Deferre, ministre de l’Intérieur et Maire de Marseille, supprimera le contrôle des homosexuels à la Préfecture de Police et les fichiers les concernant. Pour mémoire, il faut savoir que jusqu’en 1981, toute personne trouvée sur un lieu de drague homosexuelle (parcs, vespasiennes, boîtes de nuit) pouvait faire l’objet d’une garde à vue et d’un enregistrement sur un « fichier des homosexuels ». Pour protéger leur clientèle, les patrons des boîtes de nuit avaient mis en place des systèmes d’alerte qui actionnés depuis l’entrée de la boîte rallumaient les lumières des pistes de danse et tout le monde comprenait qu’il fallait se lâcher la main, cesser de s’embrasser ou de s’étreindre en dansant un slow.

Le 4 août 1982, sur une proposition du ministre de la Justice, M. Robert Badinter, l’Assemblée Nationale votera la dépénalisation de l’homosexualité. Dans les faits, elle n’était plus condamnée, mais la majorité sexuelle fixée à 21 puis à 18 ans, n’était pour les hétérosexuels que de 15 ans. Avec l’abrogation de l’article 332-1 du code pénal, elle passe à 15 ans pour tous. De nombreuses personnalités politiques qui occupent encore le devant de la scène aujourd’hui se sont opposées à l’abrogation de l’ordonnance de Vichy. Parmi eux M. François Fillon, alors jeune député et M. Jean-Claude Gaudin, actuel maire de Marseille. Pour M. Fillon on ne peut même pas parler d’erreur de jeunesse, car après le vote du mariage pour tous il a clairement affirmé qu’en cas de retour au pouvoir son parti ferait abroger la loi.

La législation répressive et son évolution auront pour conséquence une manière de vivre et de se vivre en pleine évolution.

Des années d’après-guerre aux années 70, l’homosexualité se vit cachée, sauf dans certains milieux de la mode, des arts, de l’antiquité, de la coiffure…Pour se reconnaître on regarde si l’autre porte la montre « à droite », s’il réagit à certains mots codés glissés dans le langage, on l’interroge sur ses écrivains préférés… On fréquente les cafés homophobes de Montparnasse, car il n’existe pas de cafés gays, puis de Saint-Germain-des-Prés ou l’on se faufile très tard la nuit dans les bosquets des Tuileries, du Trocadéro, après avoir fait le tour des vespasiennes. On vit seul, on reçoit peu (la concierge guette dans l’escalier). On baisse les yeux quand les collègues lancent des blagues moqueuses sur l’homosexualité. On souffre en silence.

Dans les années 1970, la vie nocturne homosexuelle va se concentrer sur les bars de la rue Ste-Anne dans le quartier de l’Opéra. Bars privés à accès réservés et contrôle des entrées par l’œil de Judas. Bars aux tarifs prohibitifs sélectionnant leur clientèle par l’argent. Se développent aussi les saunas masculins.

Il faudra attendre décembre 1978, pour voir le bar « Le Village » ouvrir ses portes rue du Plâtre dans le Marais. Ses tarifs bas, son ambiance bon enfant et populaire attirera de nombreux homos fuyant la rue Ste-Anne élitiste et chère. De nombreux bars ouvriront à sa suite et le Marais allait devenir le quartier gay que nous connaissons aujourd’hui avec sa dizaine de bars aux prix des consommations non surtaxés, à l’absence de sélection à l’entrée, ouverts pour certains dans la journée et plus seulement la nuit.

Les années 70

Les années 1970 vont voir une explosion de la presse homo en France. Malgré quelques attaques récurrentes de la censure, notamment en 1977 et 1978, la presse dite de charme va occuper un créneau commercial intéressant. Les Edition SAN (Pierre Guénin) seront pionnières et leader dans ce domaine avec la publication de plusieurs titres simultanément. La presse politique va aussi voir ses journaux se multiplier dans les années 70. A côté d’Arcadie qui continue sa diffusion par abonnement et qui sera à nouveau autorisée de vente en kiosque en 1975, les nouvelles associations révolutionnaires auront leurs titres de presse. Le FHAR lancera ’L’Antinorm’, ’Le Fléau Social’. Le GLH éditera ’Libido Hebdo’, son bulletin de liaison. Mais les années 70 vont voir aussi l’émergence d’une nouvelle presse homosexuelle à travers des revues d’information, de culture et de loisirs. Si le journal ’Gai Pied’, qui est lancé en mai 79, en est le symbole le plus marquant, puisqu’il aura 14 ans d’existence, d’autres expériences vont être lancées avec, malheureusement, moins de réussite commerciale que ’Gai Pied’ : ’Homo’, ’Dialogue au Masculin’, ’Gaie Presse’, ’G Magazine’, etc...

Tous ces journaux auront un point commun : les ennuis avec la censure. Les premiers visés sont les journaux de charme. Au début des années 70, la nudité intégrale des hommes est strictement interdite dans la presse française. Même si, désormais, on montre le corps pour le plaisir des yeux et non plus sous des prétextes de culturisme ou de pseudo sportifs en action, la présence d’un pénis entraîne systématiquement une interdiction du journal. Mais les éditeurs vont multiplier les titres et obtenir à la fin des années 70 une victoire par KO contre les censeurs. Les titres lancés après 1977 vont montrer des corps entièrement nus (8 ans après les Pays Bas), mais l’érection ou l’acte sexuel sont encore totalement interdites et ne feront leur apparition que dans les années 80. La censure va aussi s’attaquer à la presse politique et révolutionnaire. Là, ce sont les propos et les provocations verbales qui sont mises en cause. Enfin la presse d’information sera aussi touchée par la censure, des journaux comme Gaie Presse ou Dialogues Homophiles vont être interdits d’affichage et donc condamnés à disparaître.

Le fait de présenter l’homosexualité comme un phénomène culturel, comme un mode de vie, est considéré comme plus dangereux que les photos d’hommes nus ou les provocations verbales. Seul Gai Pied échappera alors à toute censure, car il a l’intelligence de donner la parole à de nombreux écrivains ou intellectuels reconnus. Les censeurs ne prendront pas le risque d’interdire un journal dans lequel s’expriment les grands noms de la littérature française.

On peut considérer que, dans la deuxième moitié des années 70, les assauts multiples de la presse de charme et les provocations verbales de la presse révolutionnaire, auront permis peu à peu l’émergence d’une presse homosexuelle d’information libre dont la caution des intellectuels de gauche, homosexuels ou non, aura garanti une protection contre la censure. Désormais, les journaux modérés comme ’David et Jonathan’ ou ’Arcadie’, encore considérés comme subversifs dans les années 60 vont paraître comme bien innocents et à l’eau de rose pour une censure confrontée à d’autres périls. Si Arcadie obtient enfin l’autorisation d’être vendue en kiosque en 1975, elle le doit probablement aux excès des titres de la presse de charme ou révolutionnaire qu’elle ne cesse de combattre au nom de son respect de la dignité homophile.

Concernant la presse lesbienne, elle est totalement absente des kiosques dans les années 70. Si la presse féministe fait timidement son apparition, c’est en région, à Lyon, que paraît le premier journal qui se revendique clairement lesbien. Le groupe de lesbiennes du Centre des Femmes de Lyon édite le journal ’Quand les Femmes s’aiment’. Mais sa distribution est encore bien confidentielle, même si on commence à le trouver dans certaines librairies à travers la France. En juin 1979, une revue lesbienne ’Désormais’ est lancée par deux femmes en dehors de tout circuit officiel. Mais elle disparaîtra dès janvier 1980. Quant à la presse de charme qui met en valeur la nudité féminine, si elle peut être achetée par les lesbiennes, elle ne vit que par la libido des mâles hétérosexuels qui la trouvent abondamment en kiosque.

Pour aboutir à l’abrogation des articles 330 alinéa 2 et 332 alinéa 1, à la déclassification par l’OMS, il aura fallu une lutte militante, cachée puis au grand jour, de ceux que je me permets d’appeler, puisque je l’ai été aussi, les « malades délinquants », mes frères.

La lutte militante cachée se concrétisera dans le mouvement ARCADIE, né à Paris au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Club désuet aux accents moralisateurs qui sera la seule expression de ceux que l’on appelait les « invertis ». Réunis dans un salon parisien – le seul où les hommes pouvaient danser ensemble, les Arcadiens assistaient à des conférences sur le couple homophile (on disait homophile pour ne garder que le côté noble de l’amitié entre hommes, car la sexualité était profondément refoulée), se faisaient dédicacer des livres de M. Roger Peyrefitte ou écoutaient les sermons enflammés du fondateur du mouvement, M. André Baudry, professeur de philosophie qui avait failli rentrer dans les ordres. Arcadie fut certes un club obsédé par la respectabilité et la bienséance mais à une époque où les homosexuels étaient condamnés à l’opprobre et à la clandestinité, il fut aussi un lieu où il était possible de vivre son homosexualité à visage découvert. Malgré son extrême prudence, la revue Arcadie sera interdite de vente aux mineurs dès 1954, interdite d’affichage et privée des tarifs postaux préférentiels. L’année suivante elle est poursuivie pour outrages aux bonnes mœurs. Jusqu’aux années 70, Arcadie restera le seul mouvement homosexuel français.

Dans les années 70, de cachée, la lutte militante deviendra publique et provocante.

Le 10 mars 1971 verra la naissance du FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire).  C’est à l’occasion d’une émission radio sur RTL, intitulée par l’animatrice Mme Ménie Grégoire : ’l’Homosexualité ce douloureux problème’, que va se constituer en France le premier groupe homosexuel révolutionnaire, le FHAR. L’émission se déroule en direct de la salle Pleyel et les intervenants sont un psychanalyste, un curé, un journaliste et André Baudry, le Président du Club Arcadie.

Le psychanalyste reprend des idées éculées sur l’homosexualité héritées des positions de Freud considérant l’homosexualité comme une sexualité immature, une maladie dont on peut guérir. La salle intervient bruyamment à chaque parole blessante et en particulier lorsque Ménie Grégoire expose sa position personnelle et lorsqu’ André Baudry intervient, le chahut empêche de l’entendre. Après quelques échanges vifs, la foule envahit la tribune au cri de Liberté ! L’émission est interrompue.

Le FHAR est né de cette première action médiatique, et l’association sera créée peu de temps après. Elle tiendra des meetings hebdomadaires à l’Ecole des Beaux-arts, fera parler d’elle dans la presse parallèle comme ’Tout !’, ou dans ses propres publications : ’L’Antinorm’, ’Le Fléau Social’ ou ’le Doigt au Cul’ à Nice. ’Tout !’, la revue dont M. Jean-Paul Sartre est le Directeur de publication, consacrera un numéro entier à l’homosexualité et au féminisme (n°12) et quatre pages seront mises à l’entière disposition du FHAR pour s’exprimer librement. On pourra lire dans ces colonnes : ’Nous sommes plus de 343 salopes. Nous nous sommes fait enculer par des Arabes. Nous en sommes fiers et nous recommencerons...’ Ce numéro, qui sera saisi par la police, vaudra à M. Jean-Paul Sartre une plainte du maire homophobe de Tours, M. Jean Royer, et une inculpation pour ’outrage aux bonnes mœurs’, engagée par le ministre de l’intérieur, M. Raymond Marcellin.

Mais, le 16 juillet 1971, le Conseil Constitutionnel va donner raison à M. Jean-Paul Sartre au nom de la liberté de la presse. La procédure se terminera par l’acquittement. Cette décision, qui désavoue le ministre de l’Intérieur, va être un véritable tournant dans les rapports entre l’Etat et les revendications homosexuelles. En janvier 1972, c’est le Nouvel Observateur, hebdomadaire à sensibilité de gauche, qui accorde une interview à M.Guy Hockenghem, l’un des militants du mouvement.

Le FHAR va aussi multiplier les provocations. Lorsqu’il défile dans la rue avec les partis et syndicats de gauche lors du premier mai, c’est avec des pancartes comme ’Prolétaires de tous les pays, caressez-vous’. Cette présence va bousculer le monde syndical et ouvrier dont l’homophobie n’avait rien à envier à celle de la bourgeoisie ou des classes dirigeantes de l’époque. Le FHAR préfère le mot ’pédé’ au mot ’homosexuel’ qu’il oppose à ’hétéro-flic’. Il va combattre la cellule familiale hétérosexuelle, cause, selon lui, du rejet des pédés. Mais son message restera flou et parfois contradictoire en l’absence de ligne directrice et en raison d’un fonctionnement totalement anarchique. L’esprit de liberté créative du FHAR va aussi être une des raisons de sa disparition rapide, car il se laisse vite dépasser par les militants les plus extrêmes, y compris dans l’humour, comme celui des Gazolines, groupuscule de folles hystériques et de travestis.

Les Gazolines vont tourner en dérision tous les meetings avec des slogans comme : ’Il faut nationaliser les usines de paillettes !’. Les lesbiennes qui avaient été les plus actives dans la fondation du FHAR, vont être les premières à quitter le navire, dès novembre 1971, pour fonder ’les Gouines Rouges’. Elles reprochent aux réunions du FHAR de n’être plus qu’un lieu livré à la libido des mecs qui ne viennent que pour se rencontrer et baiser, ce qui, paraît-il, n’était pas éloigné de la réalité.

Le FHAR va néanmoins essaimer en région et sera à la base de l’émergence du mouvement associatif contestataire à Rennes, Lille, Marseille, Aix-en-Provence, Nice, Clermont-Ferrand et Tours. En février 1974, la police interdit les réunions du FHAR à l’Ecole des Beaux-arts et le mouvement va s’auto-dissoudre au cours de l’année. Même si le FHAR a été éphémère, il aura permis à un mouvement homosexuel contestataire et révolutionnaire de se faire entendre pour la première fois en France et cette parole, aux antipodes de la philosophie des associations plus anciennes comme Arcadie, ne va plus s’éteindre. Les excès verbaux du FHAR, les provocations des Gazolines ne changeront rien au comportement des personnes homophobes, mais ils vont permettre de réveiller une jeunesse sensible à un langage nouveau, vont mettre sur la place publique un sujet que tout le monde faisait semblant d’ignorer et obliger les partis politiques à se positionner par rapport à l’homosexualité. Il est incontestable que c’est à partir de cette époque que le curseur de l’homophobie va se déplacer dans le sens d’une plus grande acceptation de l’homosexualité par la société, ce que des années de militantisme discret et respectueux des conventions, à la façon d’Arcadie, n’avaient pas réussi à faire.

... Et puis survint le Sida

Hélas, en juin 1981 une nouvelle maladie, qui semble ne toucher que les homosexuels, fait son apparition aux États-Unis. C’est aussi en juin 1981 que le nouveau gouvernement français s’attaque aux lois discriminatoires envers les homosexuels. Ces deux événements apparemment sans rapport vont pourtant s’entrechoquer au début des années 80.

Après des siècles d’oppression, les homosexuels commencent à être considérés comme des citoyens à part entière et au même moment, une presse qui les avait au mieux ignorés, au pire condamnés, va, tout d’un coup, faire ses gros titres avec ’l’étrange cancer des homosexuels’, ’les homosexuels punis ... par le cancer’ (le Matin de Paris du 2 janvier 1982) ou ’ce mal étrange qui frappe les homosexuels’. Jusque fin 1982, on ignore tout de cette maladie et de son mode de transmission. Pourtant les articles de journaux accusent à la fois le vagabondage sexuel des homos ou le poppers, excitant sexuel, qu’ils inhalent dans les backrooms, ces lieux permettant une consommation sexuelle immédiate et anonyme. Les religieux américains parlent, eux, du châtiment de Dieu qui s’abat sur les homosexuels, argument couramment repris dans les conversations de bistrots.

On a souvent reproché au milieu homosexuel de n’avoir pas pris rapidement en compte l’apparition du Sida et d’avoir joué une politique de l’autruche face à une épidémie qui va le toucher très durement. On peut néanmoins comprendre cette attitude face à l’exploitation immédiate faite du Sida par une société conservatrice qui n’admet pas que la loi s’oriente vers une décriminalisation de l’homosexualité. Comment ne pas croire à un retour de l’ordre moral et à un complot médiatique, alors que l’extrême-droite et les religions, sans même connaître les causes du Sida, pointent vers les homosexuels un doigt accusateur. Comment ne pas imaginer que le Sida sert de prétexte aux homophobes lorsque les premières mesures de lutte contre le Sida vont être la fermeture des backrooms par la police (Paris février 84), voire l’attaque et la tentative d’interdiction des journaux gay comme Gai Pied (décision de M. Charles Pasqua en 1987 qui ne sera pas suivie d’effet) ? L’histoire ne peut pas accuser les homos de paranoïa, lorsqu’on égrène les violences dont ils ont fait l’objet durant des siècles et qu’à l’annonce de la dépénalisation de l’homosexualité, on ne parle que de leur responsabilité dans l’épidémie de Sida.

L’Association des Médecins Gais qui s’exprime dans le journal Gai Pied par la plume de son Président, Claude Lejeune, va d’abord relativiser l’importance de la maladie et déculpabiliser les homosexuels. En janvier 82, il écrira : ’Ne sommes-nous pas, une fois de plus, victimes de ce puritanisme qui nous colle aux chromosomes et dont les gays américains ne sont pas arrivés à se départir ?’ En avril 82, il conclut un article par ’Baiser est dangereux ? Et traverser la rue, alors...’ En novembre 1982, alors que l’origine virale de la maladie n’est encore qu’une hypothèse et son mode de transmission inconnu, il indique ’les poppers incriminés dans l’apparition du mal sont totalement blanchis. De même que le vagabondage sexuel. Ainsi, vous pouvez de nouveau, sans crainte, inhaler votre produit favori et passer de l’un à l’autre, vous attraperez autre chose que l’AIDS (!)

Mais devant l’ampleur de la contamination qui touche désormais la France, le 23 janvier 1984, c’est le Journal Gai Pied Hebdo qui organise avec l’Association des Médecins Gais le premier gala français au profit de la recherche contre le Sida. Et il va falloir attendre août 1984 pour qu’il reconnaisse enfin dans ses colonnes la gravité de la situation, le fait que cette maladie touche, à cette date-là, essentiellement les homosexuels et qu’elle est bien mortelle.

En 1984, on découvre les modes de transmissions du Sida et l’importance du préservatif pour lui faire échec. En 1985, on peut déterminer la séropositivité et en même temps s’apercevoir du gigantisme de la pandémie. 65% des malades du Sida sont des homosexuels. Le journal Gai Pied va reconnaître que les pratiques sexuelles des homos sont à risque et qu’il faut en changer en diminuant le nombre de partenaires et en se protégeant. Malheureusement, le revirement de Gai Pied ne fera pas l’unanimité auprès des militants gay qui vont encore mettre quelques années pour mesurer l’ampleur du désastre.

Le CUARH (Comité d’Urgence Anti-Répression Homosexuelle) va continuer à dénoncer la stigmatisation des homosexuels. Le deuxième journal gay, GI, sera aussi catégorique sous la plume de son directeur M. David Girard en décembre 1984 : ’Il est clair que nous subissons, à l’heure actuelle une belle campagne d’intoxication. Que la maladie existe, c’est évident. Qu’elle soit terrible, c’est tout aussi évident. Mais elle n’est pas plus terrible que l’infarctus ou que le cancer du foie. Et surtout, on voudrait nous faire gober qu’il s’agit d’une maladie spécifiquement pédé, ce qui est une imposture.’ ’Sachez dire MERDE au Sida et à ceux qui ont intérêt à trop en parler.’ M. David Girard sera l’une des nombreuses victimes du Sida quelques années plus tard. Seul le journal Samouraï traitera le sujet de manière factuelle, précise, sans exaltation, tout en dénonçant les interprétations prétextes à toutes les homophobies.

La multiplication des décès va non seulement décapiter la plupart des associations gay, mais aussi leur enlever toute légitimité devant leur dénégation de cette maladie. Ce sont les associations de lutte contre le Sida qui vont prendre le relais associatif et mettre le doigt sur les nouvelles discriminations que la maladie met au grand jour. Les discriminations face à la mort de son compagnon et la solitude des malades du Sida dont la famille apprend souvent leur homosexualité en même temps que leur maladie vont devenir des préoccupations. On va s’apercevoir que les couples homosexuels, même s’ils sont anciens, n’ont aucune légitimité vis-à-vis de la loi mais aussi de l’administration hospitalière ou sociale. On va s’apercevoir que le partenaire d’un malade du Sida n’a aucun droit de visite à l’hôpital, aucun droit d’information sur la maladie de son conjoint, et en cas de décès, aucun droit non seulement sur les biens de son compagnon décédé, mais aussi sur les biens acquis en commun. Des familles qui ignoraient l’homosexualité de leur fils et donc l’existence de son compagnon vont simplement l’expulser de l’appartement commun et lui refuser le droit à un deuil bien légitime.

Le Sida va aussi avoir des conséquences négatives sur la vitalité du secteur commercial homosexuel. Les ouvertures très nombreuses d’établissements gay, tant à Paris qu’en province au début des années 80, vont se ralentir sérieusement. L’heure n’est plus à la fête et à l’insouciance. De nombreuses discothèques vont fermer leurs portes et certaines villes de région n’auront plus un seul établissement gay. Le phénomène des backrooms, apparu à la fin des années 70, va aussi être remis en cause. Les cruising bars qui ne vont pas fermer leurs portes vont prendre conscience, lorsque les modes de transmissions seront connus, en 1984, de leur rôle d’information et de promotion du safer sex (sexe sans risque). Les bars homos seront les premiers à distribuer des plaquettes d’information conçues par les associations de lutte contre le sida, mais aussi à mettre gratuitement des préservatifs à disposition de leurs clients. Cela ne se fera d’ailleurs pas sans difficultés, car à l’époque, la distribution de préservatifs est tout simplement interdite et les bars qui s’y risquent peuvent faire l’objet d’une fermeture administrative. C’est une poignée de patrons de bars du Marais qui obtiendra du ministère de la santé l’autorisation de mettre des préservatifs en distribution libre ainsi que des flyers d’information. Leur mobilisation va permettre de toucher directement le ’cœur de cible’ du Sida, les noctambules gay à partenaires multiples. Ces commerçants militants et responsables seront les fondateurs du premier syndicat des entreprises gaies en 1990 : le SNEG.

L’État et le ministère de la santé vont tarder à communiquer sur la prévention puisque la publicité sur les préservatifs ne sera autorisée qu’en décembre 1986 et la loi votée le 27 janvier 1987 alors que l’on connaît depuis plus de deux ans les modes de contamination du HIV. Ce n’est qu’en avril 1987 que la première campagne de prévention contre le Sida est lancée par le gouvernement avec le spot TV et l’affiche ’le Sida, il ne passera pas par moi’. En novembre 1988, M. Claude Evin décide de la création de l’Agence Française de Lutte contre le Sida (AFLS), de l’Agence Nationale de Recherche sur le Sida (ANRS) et du Conseil National du Sida. La première campagne de l’AFLS en direction des homosexuels sera lancée en novembre 1989 : ’J’aime les hommes qui aiment les hommes qui aiment le safer sex’ et ’Dans safer sex, il y a avant tout le mot sexe’.

Paradoxalement, l’apparition du Sida, dont les militants homosexuels avaient craint qu’il ne soit exploité par les conservateurs pour les stigmatiser et les anéantir, va faire progresser les droits des homosexuels. Après la dépénalisation de l’homosexualité en 1982, suivie d’une démobilisation totale face à un fléau incontrôlable, la fin des années 1980 va dessiner les chemins du militantisme des années 90 : Légalisation du couple homosexuel par un contrat de partenariat (PACS), puis par le mariage, nécessité de rendre son homosexualité visible pour la faire accepter des administrations mais aussi des familles, le Coming Out ou sortie du placard, etc...

Une autre visibilité sera donnée par les Gays Prides qui depuis le 28 juin 1970 égayent les rues des grandes métropoles pour commémorer la révolte des gays new-yorkais de juin 1969 devant la descente de police au Stonewall Inn., un bar gay.

la lutte pour l’égalité des droits pour toutes les orientations sexuelles.

La lutte entre les lesbiennes, gays, bisexuels, transsexuels et la police anti-émeute fit rage pendant plusieurs jours. Ces émeutes sont considérées comme le début de la lutte pour l’égalité des droits pour toutes les orientations sexuelles.

En France, la première participation à une marche a lieu le 1er mai 1971, lorsque des militants d’associations d’homosexuels s’invitent au traditionnel défilé des travailleurs malgré l’opposition machiste de la CGT pour laquelle l’homosexualité est une tradition étrangère à la lutte des classes, un vice de petits bourgeois dégénérés qui n’a jamais touché le prolétariat.

Le 25 juin 1977 est organisée la première manifestation « indépendante » à l’appel du Mouvement de Libération des Femmes (le MLF) et du GLH (le Groupe de Libération Homosexuelle) de la République à la Place des Fêtes. Un millier de manifestants suivront celles de 1979 et 1980 à l’appel du Comité d’Urgence Anti-Répression Homosexuelle (le CUARH).

C’est à partir du 4 avril 1981 que l’on peut parler de véritable marche, car 10 000 personnes défileront à l’appel du CUARH et le candidat à l’élection présidentielle François Mitterrand déclarera quelques jours après cette manifestation : « Personnellement je n’accepte pas que les attentats à la pudeur homosexuels soient réprimés plus sévèrement que les autres. »

En 1987, tous les participants à la Gay Pride auront en tête les paroles de M. Jean-Marie Le Pen qui propose l’ouverture de « sidatoriums », comme pour les pestiférés au Moyen-âge. L’association « Vaincre le Sida » participe à la Marche avec parmi ces slogans celui-ci : « Nous avons été les premiers atteints, nous serons les premiers à mourir ».

Pour mémoire, si 87% des français pensent aujourd’hui que l’homosexualité est une manière comme une autre de vivre sa sexualité, ils n’étaient que 54% en 1986.

Il faudra attendre 1993 pour retrouver 10 000 manifestants contre le SIDA et pour le projet de Contrat d’Union Civile (le CUC). Les premières marches commencent à s’organiser en province. 80 000 en 1995, 300 000 en 1997 avec l’Europride, 800 000 en 2006… la Marche des Fiertés de Paris, du dernier samedi de juin, est devenue une des marches les plus suivies et les plus festives du monde.

Militantisme, manifestations, visibilités, permettront une évolution de la société qui depuis 1997 verra la Communauté européenne lutter contre les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle par l’adoption de l’article 13 du Traité d’Amsterdam.

L’interdiction de la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle a été incluse en 2000 dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Par une directive cadre, l’interdiction de la discrimination est active sur l’emploi et la formation depuis 2000 ; l’égalité de traitement est un droit fondamental de l’UE. Une directive du Conseil de 2008 vise à mettre en œuvre une égalité de traitement entre personnes, au-delà du domaine de l’emploi.

En 2001, les discriminations homophobes sont pénalisées en France. Dommage que pendant les débats parlementaires de 1999 pour le PACS et de 2012 – 2013, concernant le « Mariage pour tous », le législateur ait oublié ces dispositions au nom de la liberté d’expression, de la liberté de penser, de la liberté religieuse, de la liberté de conscience, toutes libertés derrière lesquelles ne se cachait qu’une seule, la liberté d’insulter en toute impunité.

Non, Monsieur le Juge, l’homophobie n’est pas une opinion, c’est un délit.

On n’aura jamais de paroles assez dures contre ceux qui étaient prêts à mettre en place des clauses de conscience devant l’atroce souffrance morale qui allait s’abattre sur certains Maires devant prononcer des mariages homosexuels sans vomir…

Et la souffrance des jeunes homosexuels qui ont tenté de mettre fin à leur vie devant les propos homophobes tenus par ces mêmes Maires qui n’hésitaient pas à les comparer à des animaux, qu’en faites-vous ?

Depuis 2003, le Code pénal français aggrave la pénalisation des crimes homophobes. Les menaces ou violences sont punies plus lourdement si elles ont été commises à raison de l’orientation sexuelle vraie ou supposée de la personne. Le Code pénal aggrave également les punitions pour les actes de violences (article 222-8), de torture (article 222-3) ou de viol (article 222-24) s’ils sont été commis à raison de l’orientation sexuelle (vingt ans de réclusion criminelle). Le meurtre homophobe est puni de réclusion criminelle à perpétuité (article 221-4).

L’orientation sexuelle est incluse en France parmi les motifs de discrimination prohibés en droit du travail et toute discrimination caractérisée au niveau économique (fourniture d’un bien ou d’un service, exercice d’une activité) et professionnel est sanctionnable en vertu de l’article 225 du Code pénal.

Le 30 décembre 2004, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité est créée en France pour lutter contre les discriminations, parmi lesquelles l’orientation sexuelle, en les décelant, en aidant à les combattre et en faisant évoluer le droit. La Halde peut être saisie pour mettre en cause des actes ou des situations relevant de l’homophobie.

Le 17 mai 2005, la première journée mondiale de lutte contre l’homophobie a lieu dans quarante pays dont la France.

En juin 2008, M. Xavier Darcos s’est engagé à lutter contre l’homophobie dans les lycées de France grâce à des campagnes de préventions. Les infirmières et infirmiers scolaires du collège seront, quant à eux, formés pour l’écoute des jeunes gays et lesbiennes.

La fin de l’homophobie ?

Est-ce pour autant la fin de l’homophobie en France ? Sûrement pas. Il faudra un long travail éducatif mené par la Nation, les familles et les enseignants. Si peu de familles continuent de considérer, en France, que l’homosexualité justifie la déportation ou le classement comme fléau social, nombreuses sont celles qui considèrent encore qu’elle doit se vivre cachée, qu’elle peut influencer les adolescents, qu’elle relève d’un dérèglement psychique qui doit être soigné, ou d’une perversion qui doit être combattue. Les jugements des crimes homophobes sont là pour nous rappeler cette réalité qui diffère selon les origines familiales, religieuses ou territoriales. En refusant jusqu’en 2013 l’accès au mariage, l’Etat et ses institutions ont accrédité dans l’imaginaire collectif que les lesbiennes et les gays sont des citoyens de seconde zone : ils n’avaient pas accès aux mêmes droits et aux mêmes devoirs.

La souffrance ressentie à cause de l’exclusion due à l’homosexualité fait de l’homophobie une des causes principales du suicide des jeunes de 15 à 35. Un jeune homosexuel a entre quatre et sept fois plus de risques d’attenter à sa vie qu’un jeune hétérosexuel. Parmi les adolescents qui ont réalisé une tentative de suicide, un quart est homosexuelle alors que la proportion d’homosexuels est estimée à 10% dans la population. Un jour peut-être aurons-nous accès à un étude sur une éventuelle augmentation des chiffres de T.S. (tentatives de suicide) pendant la campagne homophobe qui a accompagné le débat sur le mariage pour tous , campagne complaisamment relayée par les médias pour qui le scandale fait vendre , en oubliant que pour un jeune homosexuel qui découvre sa sexualité, il peut aussi faire mourir.

Cependant, la longue marche vers la reconnaissance de l’existence des homosexuels et de leur passage de citoyens de seconde zone à celle de citoyens naissant et demeurant égaux en droit comme le proclame l’article 1 de la Déclaration des Droits de l’Homme est en marche, surtout en Europe.

Le 1er octobre 1989, la Loi sur le partenariat entre en vigueur au Danemark qui devient ainsi le premier pays dans l’histoire à autoriser l’union civile entre deux personnes majeures du même sexe (si l’une est citoyenne danoise ou vit au Danemark). Un rituel religieux pour couples de même sexe y est accepté en 1997, mais très peu officié.

Le 15 novembre 1999 en France, le Parlement vote la loi sur le PACS, forme d’union civile accordant certains droits et devoirs aux couples aussi bien homosexuels qu’hétérosexuels, malgré les larmes de Mme Christine Boutin brandissant une Bible à l’Assemblée nationale.

Dans une résolution votée le 5 juillet 2001 (à la suite du rapport Cornillet de 2000), le Parlement européen recommande aux États membres de l’Union européenne « la modification de leur législation dans le sens d’une reconnaissance des relations non maritales entre personnes du même sexe ou de sexes différents et l’attribution de droits égaux à ces personnes » ainsi que « l’inscription à l’ordre du jour de l’Union européenne de la question de la reconnaissance mutuelle des relations non maritales reconnues légalement ».

Dans un rapport adopté fin 2002, le Parlement recommande de reconnaître les relations non maritales, tant entre personnes de sexe différent qu’entre personnes du même sexe, et d’associer à ce type de relations des droits égaux à ceux qui découlent du mariage, tout en inscrivant « à l’agenda politique la reconnaissance mutuelle des relations non maritales et du mariage entre personnes du même sexe ».

Enfin, dans une résolution de 2003, le Parlement européen réitère sa demande « d’abolir toute forme de discrimination — législatives ou de facto — dont sont encore victimes les homosexuels, notamment en matière de droit au mariage et d’adoption d’enfants ».

Le 10 novembre 2000, le Bundestag adopte en Allemagne la loi sur le partenariat enregistré, dit partenariat de vie ou communauté de vie déclarée ouvert aux couples homosexuels.

En 2001, les Pays-Bas reconnaissent le mariage homosexuel, suivi, en février 2003, de la Belgique, en 2004, du Canada, en 2005 de l’Espagne qui devient le premier pays du sud de l’Europe à le reconnaître et, le 15 novembre 2006, de l’Afrique du Sud.

Le 5 décembre 2005, l’entrée en vigueur de la Loi sur le Civil Partnership ouvre l’union civile aux couples homosexuels au Royaume-Uni

Le 19 décembre 2005, la première union homosexuelle est célébrée en Irlande du Nord. Cette union civile donne les mêmes droits aux couples hétérosexuels et homosexuels.

En 2007, à la suite d’une loi adoptée le 18 juin 2004 et acceptée par référendum le 5 juin 2005, entre en vigueur en Suisse la Loi fédérale sur le partenariat enregistré entre personnes du même sexe.

Le 15 mai 2008, la Cour Suprême de Californie a légalisé le mariage homosexuel dans cet État. Elle a mis en valeur « la discrimination entre les couples homosexuels et hétérosexuels » étant anticonstitutionnelle.

Le 1er mai 2009, le mariage homosexuel entre en vigueur en Suède. La même année, l’Église luthérienne de Suède a accepté de célébrer des mariages homosexuels. En 2009, le mariage a été ouvert aux couples du même sexe en Norvège.

Le 17 mai 2010, le Portugal ouvre à son tour le mariage aux personnes homosexuelles.

En juin 2010, l’Islande a autorisé le mariage homosexuel. Première à en profiter : Johanna Sigurdardottir, la Première ministre.

En juillet 2010, c’est au tour de l’Argentine de modifier son Code civil en remplaçant l’expression « un homme et une femme » par « deux contractants ».

En 2012, le Danemark ouvre le mariage à tous les couples dans l’Église de l’État.

Le 6 novembre 2012, aux États-Unis, l’État de Washington, le Maine et le Maryland ont autorisé le mariage gay lors de référendums organisés parallèlement à l’élection présidentielle américaine ; le mariage homosexuel était déjà reconnu dans six autres États américains (Connecticut, Iowa, Massachusetts, New Hampshire, New York et le district de Columbia de la capitale, Washington).

Le 17 mai 2013, la France ouvre le mariage civil aux couples de même sexe.

avec l’Église, une vaste croisade se met en place

Cette ouverture ne s’est pas faite sans mal. L’Église s’est sentie menacée dans ses fondements et a lancé une véritable croisade, croisade sans armes, car leur port est heureusement interdit en France.

Le cardinal André Vingt-Trois a invité les fidèles catholiques à écrire aux élus. Quand on sait que la Bible ignore tout de l’amour homosexuel et ne connaît que des actes charnels qu’elle punit de mort, on peut imaginer le contenu des courriers. En 1999, les évêques de France avaient déjà déclaré la guerre au projet d’union civile et suivit strictement l’instruction vaticane de 1992 condamnant l’homosexualité comme « un comportement pour lequel nul ne peut revendiquer un droit quelconque » et rejetant toute législation civile de nature à la protéger.

Cette condamnation sera réitérée par le Saint Siège en 2003. L’instruction de 1992, toujours en vigueur, veut interdire aux homosexuels les emplois d’enseignants, d’entraîneur sportif et de militaire. Pour mémoire, le catéchisme des évêques de France a déclaré malade toute société qui prétend reconnaître l’homosexualité comme une chose normale. S’appuyant sur la Sainte Ecriture qui les présente comme des dépravations graves, la Tradition a toujours déclaré que les actes homosexuels sont intrinsèquement désordonnés. Ils sont contraires à la loi naturelle. En 2005, en totale contradiction avec le précepte pastoral distinguant entre les actes et les personnes, le Vatican a refusé le sacerdoce aux homosexuels, fussent-ils vierges et chastes. En 2008, le Vatican a été le seul État occidental à ne pas signer la déclaration soumise par la France à l’ONU qui demandait que les droits de l’homme s’appliquent de la même manière à chaque être humain, indépendamment de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre.

En 2011, les évêques américains se sont élevés contre la suppression de la loi « Don’t ask, don’t tell » qui faisait obligation, depuis 1993, aux militaires de cacher leur orientation homosexuelle sous peine de renvoi de l’armée. Au Cameroun, où l’homosexualité est encore considérée comme un délit, l’épiscopat continue de s’opposer à sa dépénalisation malgré les crimes et arrestations sordides dont y sont victimes les homosexuels. L’Église ne tolère que des homosexuels réduits au silence, condamnés à la continence, vivant dans la plus totale solitude et le mensonge le plus complet. Sinon, comme disait si bien Monseigneur Barbarin, primat des Gaules, « après ils vont vouloir faire des couples à trois ou quatre. Après, un jour peut-être, l’interdiction de l’inceste tombera. »

Faut-il rappeler que l’Eglise est le seul employeur qui affiche fièrement une discrimination homophobe à l’embauche, au mépris du droit ? Discrimination acceptée de fait par l’Etat qui rémunère uniquement des prêtres exclusivement hétérosexuels recrutés en Alsace-Moselle au titre du Concordat… La soumission des séminaristes à l’Église est telle que nous ne verrons peut-être jamais un séminariste alsacien homosexuel porter plainte contre son employeur pour homophobie au motif du refus de la prêtrise qui lui sera opposé dès la découverte de ses penchants…

Les autres religions ne sont pas restées sur la touche, mais peu reprises par les médias, elles n’ont pas ébranlé le Français moyen. Il n’en demeure pas moins que le Grand Rabbin a publié 25 pages contre le mariage gay le 19 octobre 2012 ; que le 6 novembre 2012, le Président du Conseil du culte musulman en a rajouté une couche allant même jusqu’à placer des liens sur son site internet vers les déclarations des autres cultes dans un œcuménisme soudain. Dans une pétition signée par la Fédération protestante de France, des Ministres des Églises luthériennes, grecques, anglicanes et arménienne, on pourra lire que le mariage gay « n’est pas un cadeau à faire aux générations futures. » Et si on s’occupait des générations présentes ?

Dans la croisade contre le mariage pour tous, sans doute effrayée par l’ampleur des propos homophobes entendus, et s’apercevant que, selon les sondages, pour neuf personnes sur dix, le mariage est la célébration sociale de l’amour, l’Église concentrera son argumentation sur la place de l’enfant dans l’homoparentalité, l’incapacité pour des individus aux comportements désordonnés à élever correctement un enfant et le fantasme de la pédophilie dont elle a une parfaite connaissance par ailleurs.

Face à ces déchaînements de violences verbales, le 27 janvier 2013 une Marche de soutien au Mariage pour tous aura lieu à Paris. A cette occasion, le 24 janvier 2013, Les Enfants de Cambacérès, Fraternelle maçonnique inter-obédientielle publiera un encart dans le journal Le Monde, dont je vous donne lecture car elle rappelle tout ce que la société doit aux travaux maçonniques : « Liberté, égalité, fraternité, laïcité.

Républicains, indignons-nous quand certains s’opposent à l’égalité des droits de tous les citoyens.

Indignons-nous quand la manipulation de quelques-uns vise à rompre le pacte républicain !

Républicains, n’ayons pas peur.

Opposons l’intelligence et le progrès à des préjugés qui ont déjà voulu empêcher le divorce, la contraception, l’IVG, et le PACS.

Opposons-nous au refus des différences.

Soutenons une loi qui protège tous les enfants de la même façon, une loi qui permet à toutes les femmes et à tous les hommes, de jouir pleinement de leurs droits de citoyens.

Républicains, manifestons pour défendre la laïcité. Ne laissons pas des institutions religieuses nous imposer leurs lois avec des arguments que l’anthropologie et l’histoire réfutent aisément. Les formes sociales ne sont ni dans la nature ni dans les cieux : c’est la grandeur de l’homme de choisir le contrat social avec lequel il veut vivre. Insurgeons-nous contre le recours systématique à l’argument de la biologie quand tout progrès vise à s’en affranchir.

Républicains, marchons ensemble le dimanche 27 janvier (2013) pour défendre la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité pour tous. »

Je vous disais en avant-propos que la réponse à la question initiale était parce que je vis ici et maintenant. Si j’espère vous avoir fait comprendre l’importance du vivre aujourd’hui pour un homosexuel, il me reste à vous faire découvrir pourquoi ici plutôt qu’ailleurs.

Les actes homosexuels sont passibles de peine de mort dans neuf pays de nos jours : Afghanistan, Arabie saoudite, Iran, Nigeria, Qatar, Mauritanie, Somalie et Soudan et Yémen. Et ces législations sont effectivement appliquées. Ils sont aussi condamnés par des châtiments physiques, ainsi que des peines d’emprisonnements dans plus de 63 pays par le monde.

L’homosexualité est illégale dans plus de 100 pays et les homosexuels s’exposent à des procès systématiques. En Arabie saoudite, tout acte de sodomie commis par un non-musulman avec un musulman est passible de la lapidation. En Iran, la loi condamne durement les actes homosexuels, ceux qui s’y adonnent encourent la flagellation et même la peine de mort, dans le cas de trois récidives. Au Sénégal, les actes homosexuels sont passibles de cinq ans de prison et d’une amende de 100 000 à 1 500 000 francs CFA, selon le Code pénal sénégalais.

Si l’Etat français à peu d’influence sur ces pays pour faire évoluer leurs lois, reste en suspens un problème sur lequel il peut agir. Les mariages gays entre un ressortissant français et un ressortissant des onze pays suivants : Pologne, Bosnie, Monténégro, Serbie, Kossovo, Slovénie, Maroc, Tunisie, Algérie, Cambodge et Laos sont tout simplement impossibles, car la France a signé des conventions bilatérales, négociées depuis 1950, pour certaines dans le cadre de la décolonisation, les empêchant. Mariage impossible. La seule porte de sortie est la Chambre civile du Tribunal de Grande Instance. Ce qu’un couple homosexuel a dû faire en saisissant celle de Chambéry qui a reconnu que la loi Taubira a implicitement, mais nécessairement modifié l’ordre public international français ce qui justifie l’éviction de l’article 5 de la convention franco-marocaine.

La loi dite loi TAUBIRA autorisant le mariage homosexuel a été votée. Depuis le 29 mai 2013, 7000 mariages gays ont été célébrés dans 3000 communes sans faire de vagues, mais : Tant que des réceptionnistes dans les hôtels auront un regard accusateur, parce que je leur demanderai une chambre avec un grand lit,

tant que j’entendrai Mme Christine Boutin, affirmer sans rire, comme le 24 décembre 2013 sur iTélé, que « les homosexuels peuvent se marier, naturellement, mais il faut qu’ils se marient avec une personne d’un autre sexe »,

tant que l’Etat français n’aura pas renégocié ses onze accords bilatéraux interdisant pour certains le mariage prétendu pour tous en France,

tant que des communes, comme celle de Fontgombault dans l’Indre, adopteront en toute illégalité une délibération refusant le mariage homosexuel au nom d’une « loi naturelle supérieure aux lois humaines »,

tant que des maires, comme ceux d’Arcangues (Pyrénées Orientales) et Bollène (Vaucluse), pourront confier à leurs adjoints le soin de célébrer un mariage gay au motif que la célébration est contraire à leur croyance,

tant que je serai exclu du cercle des donneurs de sang simplement parce qu’homosexuel,

tant que des propos homophobes pourront être tenus et diffusés sans que leurs auteurs en soient inquiétés,

tant que l’association Le Refuge verra des jeunes frapper à sa porte, car ils viennent d’être jetés à la rue par leur famille qui vient de découvrir leur homosexualité,

tant que les cadavres séropositifs ne pourront bénéficier de soins mortuaires,

tant que des individus ou des députés se sentiront l’obligation de crier en toute impunité « les pédés au bûcher », comme le fit M. Renaud Donnadieu De Vabres lors de la manifestation anti-PACS du 31 janvier 1999, pour tenter de cacher son homosexualité, en exhibant toute sa haine pour ce vice,

tant que des adolescents homosexuels seront quatre fois plus nombreux que les hétérosexuels à se suicider,

tant que des homosexuels seront insultés, battus, pendus à travers le monde,

alors, je ne me sentirai pas tout à fait guéri, à moins que ce ne soit la société qui m’entoure qui ne soit gravement malade, voire criminelle.

Jean-Pierre Castello

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