La Libre Pensée sur France culture dimanche 9 février 2014

La Libre Pensée reçoit l’AFIS
lundi 17 février 2014
par  libre pensee2
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Emission du dimanche 9 février 2014 animée par Jean-Sébastien Pierre, membre de la Commission Sciences de la FNLP. Invités : Louis-Marie Houdebine, Président de l’AFIS et Roger Lepeix, le secrétaire général.

JS Pierre : Bonjour. J’ai le plaisir aujourd’hui de vous présenter l’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS), qui représente pour nous une source d’information indépendante extrêmement importante. Pour vous présenter l’AFIS j’accueille son Président Louis-Marie Houdebine et son secrétaire général Roger Lepeix.

R. Lepeix  : Bonjour. L’AFIS est surtout connue pour sa revue qui s’appelle « Science et pseudo-sciences ». C’est une revue qui est déjà assez ancienne puisqu’elle a 45 ans. Elle a été fondée en 1968 par un journaliste scientifique qui s’appelait Michel Rouzé et ensuite a été créée une association qui a été longtemps confondue avec la revue mais qui, depuis 1999, est une association à part entière, loi 1901, avec un conseil d’administration et une activité.
C’est une association qui continue donc l’édition de cette revue « Science et pseudo-sciences » et qui intervient aussi dans la société pour expliquer la démarche scientifique, pour débusquer les fausses sciences et pour mettre un peu de clarté dans les débats de société, surtout ceux qui incluent des questions liées au développement des connaissances scientifiques et techniques.
L’AFIS a aujourd’hui un petit millier d’adhérents et elle est en croissance assez importante. Notre revue se vend par abonnement et en kiosque, entre 4 000 et 5 000 à chaque numéro, avec 4 n° par un plus un n° spécial.

JS Pierre : Je me tourne maintenant vers Louis-Marie Houdebine qui va nous parler des axes principaux de l’activité de l’association.

LM Houdebine  : Lorsque l’on regarde la raison d’être de l’AFIS, on voit qu’au départ on parlait beaucoup de la promotion dans le grand public de l’information scientifique et plus généralement de l’esprit des méthodes de la science. C’est toujours le cas sauf qu’avec le temps l’AFIS s’intéresse de plus en plus aux relations entre la science, qui fait controverse, et les répercussions dans la société. Ce mot société fait que l’on ne traite pas du Boson de Higgs par exemple car se sont des controverses de science pure qui n’ont pas de conséquences sur la société, par contre à quoi est ce que l’on s’intéresse ? Voici un certain nombre de sujets traités au fil de l’actualité : créationnisme, évolution, énergie nucléaire, vaccination, ondes électromagnétiques, changement de climat, biotechnologie, OGM, sciences occultes, astrologie, OVNI, sectes, médecines alternatives ...

JS Pierre : Peut-être quelques mots sur les OGM et ce que vous avez écrit là-dessus ?

LM Houdebine : Les OGM c’est une très vieille histoire. Cela fait 20 ans qu’il y a un débat là-dessus et on n’est toujours pas arrivés à s’entendre. On rabâche désormais, les uns et les autres, exactement les mêmes arguments. C’est assez calamiteux et je crois que la société, là, s’est perdue. On est dans des combats que l’on juge, nous, indignes car on ne suit pas les règles minimum de la raison. L’exemple des vignes arrachées en Alsace, il y a deux ans, est assez effrayant car le problème à traiter était extrêmement simple. Il a fait l’objet de discussions pendant deux ans entre l’INRA et les différents acteurs, ONG locales et nationales, pour définir des conditions de travail sans aucun risque. Au moment où l’on commençait à voir des résultats, ces vignes ont été arrachées.
Il n’y a plus de bonne foi, de bonne volonté, de conscience. On ne peut plus continuer comme cela !
Je vais prendre un autre exemple beaucoup plus récent : le riz doré. Cela fait 15 ans que ce projet existe et il a pour but d’apporter de la vitamine A à ceux qui en manquent et ne peuvent pas en recevoir par leur alimentation normale. Ce riz a été dopé en vitamine A ce qui fait qu’il a une couleur de carotte (le béta-carotène). Les essais qui ont été faits sont parfaitement concluants : il suffit qu’un enfant mange 50 g de riz, non cuit, par jour et il a sa ration quasi suffisante pour la journée. Les quantités sont satisfaisantes et n’obligent pas les gens à manger des quantités astronomiques de riz contrairement à ce qui a été clamé et qui l’est encore !
D’ultimes travaux on été faits aux Philippines pour voir si ce riz se comportait bien dans les champs, en grandeur réelle, et il y a eu à nouveau un saccage des champs. C’est grave car il y a 3 000 enfants par jour qui tombent aveugles par manque de vitamine A et entre 600 000 et 800 000 personnes par an qui meurent car une carence en vitamine A provoque un disfonctionnement du système immunitaire.
On ne peut pas se taire lorsque l’on voit ça ! Et pourtant en Europe et surtout en France on ne voit aucun commentaire des médias sur cette destruction. Le moindre arrachage en Alsace on en parle, mais lorsqu’il s’agit de dire du bien d’un OGM c’est l’omerta !
Il faudrait tout de même, dans notre société, que l’on puisse sortir de cette bataille stérile.

JS Pierre : Après l’épisode de Colmar et l’arrachage des vignes, l’INRA a annoncé son intention d’arrêter toute recherche sur les OGM. 

LM Houdebine  : Oui. Moi qui ai fait beaucoup d’OGM animaux dans mon laboratoire, tout ce qui était pour de la recherche fondamentale il n’y a pas de problèmes ; je suis co-créateur d’une entreprise qui fabrique des médicaments protéiques dans le lait d’animaux transgéniques – ce n’est pas contesté ; dès qu’il s’agit d’alimentation c’est contesté. On ne peut pas faire d’animaux transgéniques qui serviraient à l’alimentation humaine, et pas de plantes non plus. On est en train de passer, en Europe et en France en particulier, à côté de choses très importantes parce que dans le monde ces OGM se développent avec un bonheur vraiment impressionnant. On est complètement en dehors du jeu et cela va nous coûter fort cher.
Je ne suis pas un adepte du progrès à tout prix mais il faut savoir reconnaître les choses importantes.

JS Pierre  : Vous avez dit entre autres que cette controverse durait depuis plus de vingt ans. Est-ce que vous avez un commentaire à faire sur l’expérience qui s’est réalisée de la culture des OGM dans le monde depuis ces vingt dernières années ? On avait annoncé beaucoup de choses et finalement assez peu se sont produites.

LM Houdebine  : C’est l’impression que l’on a peut être en France et en Europe mais ce n’est pas vrai. Il y a maintenant 27 ou 28 pays qui utilisent les OGM avec un bonheur absolument incontestable. En particulier les gens qui font du coton, en Inde, au Burkina-Faso, en Egypte, aux Etats-Unis, car ils n’utilisent plus autant d’insecticides, qui sont des produits chers, polluants et toxiques pour ceux qui les utilisent. Le rendement est nettement meilleur en particulier dans les pays pauvres où la culture n’était pas optimisée, et cela augmente leurs revenus ce qui n’est pas rien. Un récent rapport de l’OCDE disait que si l’on voulait combattre la faim dans le monde et la malnutrition il fallait donner plus de revenus aux pauvres car ils pourraient s’acheter de la nourriture. La nourriture est là mais ils ne peuvent pas se la payer.

JS Pierre : Est-ce que ce qui est en train de se faire risque de poser de nouveaux problèmes ? Qu’est ce qui se profile dans ce domaine ?

LM Houdebine : Pas de problèmes insolubles. Ce qui se profile se sont ce que l’on appelle les OGM de deuxième génération qui ne sont plus pour faire une résistance à un herbicide, un pesticide mais des choses plus sophistiquées comme la sécheresse, le sel, le froid, l’eau, et toutes les supplémentations comme le riz doré que j’ai cité tout à l’heure qui est un cas typique mais on peut supplémenter des plantes avec du fer, du zinc ou autres minéraux, et des protéines. On dénombre actuellement une centaine de projets en cours sur ces OGM de deuxième génération qui sont dirigés vers l’augmentation de la qualité des produits, donc vers les consommateurs. Parmi ces 100 projets, 10 sont en cours de finalisation aux Etats-Unis, 1 en Chine et zéro en Europe.

JS Pierre : Pour changer un peu de sujet, il y a eu récemment au Parlement un débat sur les ondes électromagnétiques, et je sais que l’AFIS a consacré beaucoup d’articles sur cette question dans sa revue.

LM Houdebine : Là on est dans la confusion maximum. Tout le monde veut interdire les ondes électromagnétiques, on supprime la WIFI dans les écoles, on fait retirer des antennes qui n’ont même pas été branchées car les gens se plaignent d’être malades alors que l’antenne n’est pas branchée !
On dit il ne faut pas mettre les antennes sur les toits des écoles car les enfants sont en dessous, ce qui est une imbécillité car les ondes ne traverseront pas le béton alors que si vous les mettez à 300 mètres elles passeront par les fenêtres.
Dans toutes les études qui ont été faites, et nous avons au moins une spécialiste dans l’AFIS, nous ne voyons pas de problèmes. Une petite réserve a été formulée par l’ANSES en particulier, disant que telle fréquence de telle puissance fait des perturbations cellulaires un peu plus fortes, qui pourraient éventuellement amener à des cancers. Il n’y a pas de quoi s’affoler et pourtant les gens perdent la tête, s’enferment dans des cavernes ou dans des cages de Faraday pour qu’aucune onde ne leur arrive ! Ils sont probablement malades mais je ne pense pas que se soit à cause des ondes.

JS Pierre : En dépit de cela l’utilisation des ondes électromagnétiques se développe de façon relativement incroyable car pratiquement tout le monde à un téléphone portable.

LM Houdebine : Oui, les téléphones, les souris sans fil, les équipements en WIFI etc... S’il n’y a pas de danger pourquoi s’alarmer ?

JS Pierre : Comment est-ce que vous analysez les publications scientifiques sur le sujet, comment vous avez un œil un peu critique sur les expertises, dans les déclarations ...

LM Houdebine : J’ai été amené à parler un petit peu sur l’huile de palme dans un petit colloque où des spécialistes ont été invités à parler sur l’huile de palme qui est soi-disant quelque chose d’extrêmement mauvais pour la santé. On m’a demandé de faire une conférence introductive et qu’est-ce que j’ai fait. J’ai pris Google, j’ai regardé les trois premières pages et j’ai découvert des choses inimaginables disant que l’huile de palme était un poison violent ! Nous entrons dans une confusion complète ! Vous ne pouvez même plus discuter avec ça. J’ai pris un ton ironique pour parler de cela et le colloque, sérieux, a eu lieu ensuite. Cela m’a valu une lettre de menaces très violente.

JS Pierre : Roger Lepeix voulait réagir sur ces sujets.

R. Lepeix : Je voulais dire que sur tous ces sujets et ces questions l’AFIS a un rôle de rappel de l’état de la science, de l’état des connaissances mais pas seulement. Généralement les discussions de société ont un aspect irrationnel parce qu’il y a des peurs qui sont créées, parce qu’il y a des associations qui s’amusent à effrayer le monde etc. Un des rôles principaux de l’AFIS c’est de trier ce qui est du domaine de la propagande et ce qui est du domaine de la connaissance scientifique et en particulier ne pas mélanger, et faire que l’on ne mélange pas, ce qui est d’un côté la démarche scientifique (l’accumulation des connaissances, la recherche, la validation par les pairs) et de l’autre côté ce qui relève de la gestion des sociétés, du processus de décision politique supposé être démocratique, qui relève d’un fonctionnement tout à fait différent avec des votes, des majorités, des confrontations d’opinion.
Il y a une confusion volontaire, entretenue au niveau des gouvernements, des opinions publiques, entre les deux démarches qui sont incompatibles. On ne peut pas être à la fois dans une démarche de recherche scientifique, de progrès des connaissances et à la fois dans un domaine de gestion d’une structure, d’une ville, d’un pays. Les politiques ont besoin de connaissances scientifiques, mais en aucun cas ils n’ont le droit de s’appuyer sur ce qu’ils pensent être des acquis de la science pour pouvoir prendre des décisions qui relèvent en fait uniquement de leur volonté politique.

JS Pierre : Merci. Peut-être un mot sur vos initiatives publiques ?

R. Lepeix  : Je voudrais rappeler qu’outre la revue, nous avons un site internet (pseudo-sciences.org). Nous avons des initiatives publiques : notre assemblée générale a lieu le 17 mai et il y aura une conférence l’après-midi. Nous avons aussi des conférences régionales : le 11 février à AgroParisTech et en province (Nantes le 20 mars).

JS Pierre  : Merci beaucoup pour toutes ces informations. Je vais terminer en annonçant deux colloques dans lesquels la Commission Science de la Libre Pensée est très impliquée :
- 16 et 17 mai à Lille (Villeneuve d’Ascq) sur les problèmes de la liberté de la science en Europe
- 8 juillet à Nancy : bilan de 25 ans d’interdiction de recherches sur l’embryon



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